LE BERCEAU
Dans la chambre paisible où tout bas la veilleuse Palpite comme une âme humble et mystérieuse, Le père, en étouffant ses pas, s'est approché Du petit lit candide où l'enfant est couché ; Et sur cette faiblesse et ces douceurs de neige Pose un reg-ard profond qui couve et qui protège. Un souffle imperceptible aux lèvres l'enfant dort, Penchant la tête ainsi qu'un petit oiseau mort, Et, les doigts repliés aux creux de ses mains closes. Laisse à travers le lit traîner ses bras de roses.
60 l.E CHARIOT d'or
D'un fin poudroiement d'or ses cheveux l'ont nimbé ;
Un peu de moiteur perle à son beau front bombé,
Ses pieds ont repoussé les draps, la couverture,
Et, libre maintenant, nu jusqu'à la ceinture.
Il laisse voir, ainsi qu'un lys éblouissant,
La pure nudité de sa chair d'innocent.
Le père le contemple, ému jusqu'aux entrailles...
La veilleuse agrandit les ombres aux murailles ;
Et soudain, dans le calme immense de la nuit,
Sous un souffle venu des siècles jusqu'à lui,
Il sent, plein d'un bonheur que nul verbe ne nomme.
Le g-rand frisson du sangpasserdansson cœurd'homme.
LES ROSES DANS L\ COUPE 6l
Devant la mer, un soir, un beau soir d'Italie, Nous rêvions... Toi, câline et d'amour amollie, Tu reg-ardais, bercée au cœur de ton amant, Le ciel qui s'allumait d'astres splendidement.
Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance ; Là-bas, d'un bal lointain, à travers le silence, Douces comme un sanglot qu'on exhale à g'enoux, Des valses d'Allemag-ne arrivaient jusqu'à nous.
Incliné sur ton cou, j'aspirais à pleine âme Ta vie intense et tes secrets parfums de femme, Et je posais, comme une extase^ par instants. Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants !
Des arbres parfumés encensaient la terrasse, Et la mer, comme un monstre apaisé par ta grâce, La mer jusqu'à tes pieds allongeait son velours. La mer. . .
Tu te taisais ; sous tes teaux cheveux lourds Ta tête à Tabandon, lasse, s'était penchée. Et l'indéfinissable douceur épanchée A travers le ciel tiède et le parfum amer De la grève noyait ton cœur d'une autre mer.
Si bien que, lentement, sur ta main pâle et chaude, Une larme tomba de tes yeux d'émeraude. Pauvre, comme une enfant tu te mis à pleurer. Souffrante de n'avoir nul mot à proférer.
Or, dans le même instant, à travers les espaces
Les étoiles tombaient, on eût dit, comme lasses,
Et je sentis mon cœur, tout mon cœur fondre en moi
Devant le ciel mourant qui pleurait comme toi...
C'était devant la mer, un beau soir d'Italie, Un soir de volupté suprême, où tout s'oublie, 0 Ange de faiblesse et de mélancolie.