‹ Le chariot d'orChapitre 37 sur 41 · LES POETES · texte numérisé non relu

LES POETES

Nous allons, promenant nos songes par le monde, Ivres de visions et ruisselants d'aveux. Le vent de l'infini souffle dans nos cheveux. Inspirés nous chantons ; et sous nos doigts nerveux L'âme humaine s'éveille et résonne, profonde.

Noire Rêve immobile enfante l'Action.

C'est nous qui fiançons en rites g-randioses Le mystère du Verbe au mystère des choses; Et sous nos fronts taillés pour les apothéoses Germe, palpite et souffre une création.

Nous volons au delà des astres entassés Baig-ner dans l'azur vierge une aile familière ; Nous en redescendons, la flamme à la paupière ;

Et cette foule, où nous versons de ]a lumière, lledevient de la nnit, quand nous sommes passés.

Penchés sur la douleur et sur Tamour, sans trêve, Nous changeons les sang-lots du monde en diamants. Nos cœurs passionnés sont des trépieds fumanfs, Et des siècles passés, va.stes écroulements, Rien ne reste que la splendeur de notre rêve.

Nous sommes les Puissants exécrés ou bénis.

Mais notre race antique est à présent lassée,

Et la terre est bien vieille, et vieille la pensée.

Les cieux trop bas ont fait Pâme rapetissée,

Et l'air manque aux aig-lons étouffant dans leurs nids.

Le monde qui portait nos vastes destinées Sombre, vaisseau perdu qu'affole un désarroi.

SYMPHONIE HEROIQUIÎ 211

Tous les feux sont éteints au vieux port de la Foi. Nul ne croit plus au ciel qui faisait croire en soi... O vent de deuil sur les âmes déracinées !

On dirait qu'un grand mort dans l'ombre est étendu, Autour duquel en chœur pleurent les Ag^onies. Le temps n'est plus de nos superbes tyrannies, les g-laives sont rouilles : les légendes finies... Et dans les bois déserts le cor sonne, éperdu !

Le cor sonne pour la suprême chevauchée Des Chasseurs d'Idéal au galop fulgurant. 0 solitude, en ton silence dévorant, L'écho seul a hurlé l'appel désespérant Sous la lune, dans les branches effarouchée !...

Voici venir le vol augurai des corbeaux,

Des corbeaux dépeceurs sinistres des vieux mondes.

Tout l'avenir est noir de leurs ailes immondes...

La mer moate d'en bas avec des voix profondes, Qui demain passera par-dessus nos tombeaux.

Et plus tard, sur la nier plate des âges calmes, Seuls parfois, pris d'un mal étrang-e à définir, Des enfants tout à coup pâliront de sentir Leur g-ranJ cœur visité par un grand souvenir, Et mourront du regret héroïque des palmes.

Juin iS88.

SYMPHONIE HÉROiyUB 2l3

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