‹ Le chariot d'orChapitre 38 sur 41 · FORETS · texte numérisé non relu

FORETS

Vastes Forêts, Forêts magnifiques et fortes, Quel infaillible instinct nous ramène toujours Vers vos vieux troncs drapés de mousses de velours Et vos étroits sentiers feutrés de feuilles mortes ?

Le murmure éternel de vos larges rameaux Réveille encore en nous, comme une voix profonde, L'émoi divin de l'homme aux premiers jours du monde, Dans l'ivresse du ciel, de la terre, et des eaux.

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Grands bois, VOUS nous rendez à la Sainte Nature. Et notre cœur retrouve, à votre âme exalté. Avec le jeune amour l'antique liberté.

Grands bois g-risants et forts comme une chevelure !

Vos chênes org"ueilIeux sont plus durs que le fer ; Dans vos halliers profonds nul soleil ne rayonne; L'horreur des lieux sacrés au loin vous environne, Et vous vous lamentez aussi haut que la mer !

Quand le vent frais de l'anbe aux feuillag-es circule, Vous frémissez aux cris de mille oiseaux joyeux ; Et rien n'est plus superbe et plus relig-ieux Que votre grand silence, au fond du crépuscule...

Autrefois vous étiez habités par les dieux ; Vos étang-s miroitaient de seins nus et d'épaule«. Et le Faune amoureux, qui guettait dans les sauies. Sous son front bestial sentait flamber ses yeux.

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La Nymphe crasse et rousse ondoyait aux clairières On l'herbe était foulée aux pieds lourds des Silvains, Kt, dans le vent nocturne, au long" des noirs ravins, Le Centaure au galop faisait rouler des pierres.

Votre âme est pleine encor des songes anciens; Et la flûte de Pan, dans les campagnes veuves, Les beaux soirs où la lune argenté Teau des fleuves. Fait tressaillir encor vos grands chênes païens.

Les Muses, d'un doigt pur soulevant leurs longs voiles A l'heure où le silence emplit le bois sacré, Pensives, se tournaient vers le croissant doré, Et regardaient la mer soupirer aux étoiles...

Nobles Forêts, Forêts d'automne aux feuilles d'or, Avec ce soleil rouge au fond des avenues, Et ce grand air d'adieu qui flotte aux branches nues Vers l'étang solitaire, où meurt le son du cor.

Forêts d'avril : chansons des pinsons et des merles ; Frissons d'ailes, frissons de feuilles, souille pur; Lumière d'argent clair, d'émeraude et d'azur ; Avril!... Pluie et soleil sur la forêt en perles !...

0 vertes profondeurs, pleinas d'enchantements, Bancs de mousse, rochers, sources, bruyères roses, Avec votre mystère, et vos retraites closes. Gomme vous répondez à l'âme des amants !

Dans le creux de sa main l'amante a mis des mûres ; Sa robe est claire encore au sentier déjà noir; De lég-ères vapeurs montent dans l'air du soir. Et la forêt s'endort dans les derniers murmures.

La hutte au toit noirci se dresse par endroits ;

Un cerf, tendant son cou, brame au bord de la mare

Et le rêve éternel de notre cœur s'ég-are

Vers la maison d'amour cachée au fond des bois.

SYMPHONIE HEROÏQUE 21 7

O calme I... Tremblement des étoiles lointaines!... Sur la nappe s'écroule une coupe de fruits ; Et l'amante tressaille au silence des nuits, Sentant sur ses bras nus la fraîcheur des fontaines.

Forêts d'amour, Forêts de tristesse et de deuil, Comme vous endormez nos secrètes blessures, Comme vous éventez de vos lentes ramures Nos cœurs toujours brûlants de soufl'rance ou d'orç;'ueil.

Tous ceux qu'un sig-ne au front marque pour être rois, Pâles s'en vont errer sous vos sombres portiques, Et, frissonnant au bruit des rameaux prophétiques, Ecoutent dans la nuit parler de grandes voix.

Tous ceux que visita la Douleur solennelle, Et que n'émeuvent plus les soirs niies matins, Piêvent de s'enfoncer au cœur des vieux sapins, Et de coucher leur vie à leur ombre éternelle.

Salut à VOUS, grands bois à la cime sonore, Vous où, la nuit, s'atteste une divinité, Vous qu'un frisson parcourt sous le ciel argenté, En entendant hennir les chevaux de l'Aurore.

Salut à vous, grands bois profonds et gémissants. Fils très bons et très doux et très beaux de la Terre, Vous par qui le vieux cœur humain se régénère, Ivre de croire encore à ses instincts puissants :

Hêtres,charmes,bouleaux,vieux troncs couverts d'écaillés Piliers géants tordant des hydres à vos pieds, Vous qui tentez la foudre avec vos fronts altiers. Chênes de cinq cents ans tout labourés d'entailles,

Vivez toujours puissants et toujours rajeunis; Déployez vos rameaux, accroissez votre écorce Et versez-nous la paix, la sagesse et la force, Grands ancêtres par qui les hommes sont bénis.

Octobre 4896.

SYMPHONIK HÉHOIQUE 219

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