‹ Le chariot d'orChapitre 9 sur 41 · NOCTURNE PROVINCIAL · texte numérisé non relu

NOCTURNE PROVINCIAL

La petite ville sans bruit

Dort profondément dans la nuit.

Aux vieux réverbères à branches Agonise un g-az indigent ; Mais soudain la lune émergeant Fait tout au long des maisons blanches Resplendir des vitres d'arg'ent.

La nuit tiède s'évente au long" des marronniers... La nuit tardive, où flotte encor de la lumière. Tout est noir et désert aux anciens quartiers ; Mon âme, accoude-toi sur le vieux pont de pierre, Et respire la bonne odeur de la rivière.

Le silence est si (grand que mon cœur en frissonne. Seul, le bruit de mes pas sur le pavé résonne. Le silence tressaille au cœur, et minuit sonne !

Au lono' des grands murs d'un couvent Des feuilles bruissent au vent.

Pensionnaires... Orphelines...

Rubans bleus sur les pèlerines...

C'est le jardin des IJrsulines.

Une brise à travers les g-rilles Passe aussi douce qu'un soupir.

Et cette étoile aux feux tranquilles.

Là-bas, semble, au fond des charmilles. Une veilleuse de saphir.

Oh! sous les toits d'ardoise à la lune pâlis,

Les vierg-es et leur pur sommeil aux chambres claires,

Et leurs petits cous ronds noués de scapulaires,

Et leurs corps sans péché dans la blancheur des lits I...

D'une heure ég-ale ici Theure ég-ale est suivie, Et l'Innocence en paix dort au bord de la vie.

Triste et déserte infiniment Sous le clair de lune électrique.

Voici que la place historique Alig'ne solennellement Ses vieux hôtels du Parlement

A l'angle, une fenêtre est éclairée encor. Une lampe est là-haut, qui veille quand tout dort f Sous le frêle tissu, qui tamise sa flamme, Furtive, par instants, glisse une omhre de femme.

52 LE CHARIOT d'oU

La fenêtre s'entr'oiivre un peu ;

Et la femme, poig'nant aveu,

Tord ses beaux bras nus dans l'air bleu...

0 secrètes ardeurs des nuits provinciales ! Cœurs qui brûlent ! Cheveux en désordre épandus ! Beaux seins lourds de désirs, pétris par des mains pâles! Grands appels suppliants, et jamais entendus !

Je vous évoque, ô vous, amantes ig-norées, Dont la chair se consume ainsi qu'un vain flambeau. Et qui sur vos beaux corps pleurez, désespérées, Et, faites pour l'amour et d'amour dévorées, Vous coucherez, un soir, vierges dans le tombeau !

Et, mon âme pensive, à l'ang-le de la place. Fixe toujours là-bas la vitre où l'ombre passe.

Le rideau frêle au vent frissonne...

La lampe meurt... Une heure sonne.

Personne, personne, personne.

LES KOSfiS DANS LA COUPE

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