CHAPITRE TROISIÈME
François s'instruit, en voyageant, dans une nouvelle manière de chasser.
Le voyage a pied ne lut pas malsain
pour notre jeune peintre. Il marchait
bravement au cœur de l'air, il s'enivrait
à respirer la saine odeur des champs et
des forêts. Là, il voyait à travers les ri- 1 5
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deaux d'alisiers et de trembles tourbillonner la fumée des énormes brasiers allumés par les charbonniers ; ici , il s'égarait dans les sentiers de mousse où il n'entendait que les martellements cadencés du pivert , l'allègre chanson de la bergeronnette ou le susurrement plaintif de l'eau parmi les glaïeuls.
Plus loin, le tic-lac d'un moulin le ramenait dans la bonne voie, et il regardait bouillonner l'écluse où , par une nuit de brouillard , il eût couru grand risque de se noyer. Souvent il suivait le chemin de hallage de la Saône, et il écoutait avec joie les cris perçants des mariniers entraînant, à grand renfort de chevaux,
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dans les eaux Lassos, de pesants bachots encombrés de futailles.
Il parvint ainsi aux environs de la ville forte de P**'.
— Jolie petite ville, Dieu soit loué!
s'écria François ; quelle plaisante figure Clle fait au milieu des zig-zag de murailles, de bastions, de tourelles et de créneaux dont elle est festonnée ! Ce haut clocher, pointu comme un fer de lance, la rend semblable à un nid de cigognes au-dessus duquel se profile dans l'air le long bec de la mère. Heureuse ressemblance! carie toit où se colle le nid d'une cigogne abrite toujours , selon
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le vieux proverbe, un logis heureux et paisible.
Ce disant, il jeta à terre son gourdin noueux, qui eût mérité le nom de massue chez les Algonquins, et se coucha sans façon à côté de ce digne compagnon de voyage.
Le jour finissait; le soleil dont l'ardeur avait mis à l'épreuve l'énergie du jeune piéton ne lançait plus que des rayons obliques par dessus les toits de la ville forte. Sur le canal glissaient silencieusement les barques des paysans qui , le malin, avaient apporté !cs fruits et les légumes au marché. L'accoutrement un
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pou singulier do François attirait l'attention de ces derniers et des passants, niais il paraissait peu s'en soucier. Ses yeux bleus s'égaraient insouciamment çà et là comme ceux d'un dogue au repos.
D'ailleurs, si son justaucorps brun était râpé et blanchi aux coulures, il était gracieusement coupé et brodé aux parements. Si ses haut-de-chausses bouffants avaient été taillés dans une modeste pièce de coutil gris, un collet de chemise blanc comme neige et de toile fine était rabattu sur ses larges épaules; si ses bas bleus et ses souliers à lourdes semelles dénonçaient le campagnard, son chapeau de feutre clair et à larges bords retrous-
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ses, auquel flottait fièrement une aile d'aigle, accusait l'artiste, l'étudiant ou le chasseur.
A une large courroie, qui passait par dessus son épaule droite et sur laquelle il avait peint toutes sortes de grotesques figures , ballottait un flacon clisse et un sac de voyage renfermant son attirail de peintre. Enfin, l'écharpe orange, qui serrait son justaucorps, soutenait un large couteau de chasse à manche de corne de cerf. Or, il était aisé à ceux qui remarquaient la taille souple et sveîte du voyageur, ses épaules carrées, son cou nerveux ombragé de cheveux blonds et bouclés, de deviner qu'il était homme à
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se servir bravement de son gourdin et de son couteau de chasse contre tout ennemi.
Cependant, François jeta son chapeau à côté de lui , vida en quelques rasades son flacon, mangea un morceau de pain blanc tiré de son sac et se recoucha sur l'herbe avec la béatitude paresseuse de l'homme qui a enfin atteint son but. 11 se mit à rêver à la réception que lui réservait cet oncle terrible qu'il ne connaissait que par tradition, et, il faut l'avouer, la tradition n'était pas rassurante. Mais en ce monde, François Perrîer ne craignait que Dieu.
En ce moment ses regards erraient
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sur une colline qui s'élevait en face de lui, couverte de bouquets de bois. Tout à coup il vit déboucher d'un de ces taillis un homme de haute stature, d'un embonpoint inquiétant, étranglé dans un surtout gris à basques raides, chaussé de bottes de cheval en cuir non corroyé , et coiffé d'une lourde loque de velours violet à laquelle pendillait un gland d'or.
Ce respectable personnage était précédé, entouré et suivi d'une meute de gros chiens aboyant, hurlant, sautant et se culbutant les uns les autres avec une ardeur féroce et presque convulsive.
Aussi , à peine les gens qui chemi-
naieut sur la grande route l'curcnt-ils aperçu, qu'une étrange agitation se révéla parmi eux. Ceux qui se dirigeaient vers la ville pressèrent le pas au point d'avoir Pair de courir comme s'ils fuyaient un danger imminent. Les autres s'éparpillèrent comme un troupeau de daims surpris par un coup de fusil , et gagnèrent les chemins de traverse du pas d'un criminel qui se sauverait de la potence.
François se mit à rire de tout son cœur en regardant cette déroute, mais il ne tarda pas à en comprendre parfaitement la cause.
Le chasseur à la toque violette n'avait
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pas encore atteint la grande route que ses chiens éclatèrent en abois furieux comme s'ils traquaient un sanglier dans sa bauge, se dispersèrent et sautèrent sur les passants en bêtes bien dressées à assaillir des créatures humaines. L'un faisait rouler des enfants sur le sable avec ses pattes maladroites; l'autre enfonçait ses crocs dans le mollet d'un portefaix courbé sous un lourd fardeau et le renversait effrayé, saignant et se débattant comme une tortue dans sa carapace; un troisième s'élançait aux flancs du cheval d'un bourgeois et le mordait a le faire cabrer et courir au grand galop jusqu'au bord du canal, tandis que ïe
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cavalier, suspendu au pommeau de la selle, invoquait lamentablement Dieu et les saints.
Tout stupéfait de cette scène à la fois grotesque et cruelle, le fils du batteur d'or se frottait les yeux comme s'il se réveillait d'un songe bizarre et inexplicable. Il se tourna vers le maître de ces cbiens féroces pour voir s'il ne les rappellerait pas; mais ce chasseur de nouvelle espèce riait à se tenir les côtes et paraissait éprouver une jouissance suprême, voisine de l'extase, à entendre les cris de détresse et à voir la fuite éperdue de tous ces pauvres gens.
François commença donc à croire que
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cet homme était un hobereau maniaque dont la famille avait oublié de réclamer l'interdiction, — et qui venait d'improviser ce passe-temps brutal et puéril ; mais quelle ne fut pas son indignation en le voyant montrer du doigt à ses chiens deux dames voilées et enveloppées de mantilles noires, qui côtoyaient le bord du canal , suivies à distance par un jeune page vêtu de deuil.
Les malheureuses femmes qui tout d'abord avaient voulu fuir, s'étaient bientôt arrêtées tremblantes , essoufflées et se sentant défaillir; d'ailleurs en quelques bonds les chiens les avaient atteintes et formaient autour d'elles un cercle
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menaçant d'yeux Irrités et de crocs avides.
La plus âgée jeta un regard effaré derrière el!e; mais le canal, avec son eau calme comme un miroir où se reflétaient les trembles, lui barrait le passage. Alors elle cria aux bateliers qui ramaient vigoureusement afin de gagner l'autre bord : — Pour l'amour de Dieu , bonnes gens, venez-nous en aide! passez-nous du côté opposé.
Mais quelque déchirante que fût la voix de la pauvre dame, les bateliers semblaient sourds , — et s'ils n'étaient pas aveugles , leurs regards, du moins,
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évitaient soigneusement de se tourner vers la cruelle chasse, car ils ne virent ni les gestes désespérés de celle qui les implorait , ni ses mains suppliantes tendues vers eux.
— Les lâches! murmura le jeune Bourguignon. Ont-ils donc peur de ces maudites bêtes ! comme s'ils ne pouvaient pas leur casser les reins à bons coups de raines! mais peut-être aussi la pauvre dame a-t-elle eu tort de les supplier pour l'amour de Dieu! cette promesse les fait nager comme des dorades! si elle leur avait montré une bourse garnie de florins , sans doute ils y auraient vu plus clair !
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Cependant la compagne de la dame, que sa taille svelte et élancée faisait reconnaître pour une jeune fille , s'était jetée au devant de la suppliante, en s'écriant : — Ma mère I ma pauvre mère ! comme si elle eût espéré pouvoir la défendre ou lui servir de bouclier, et par un geste de dévouement irréfléchi et involontaire, elle essaya d'écarter les chiens furieux en agitant devant eux les plis de son voile.
Mais les damnées bêtes de plus en plus irritées sautèrent sur le voile malencontreux et le déchirèrent à belles dents ainsi que la mantille.
François resta ébloui en apercevant le
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visage de la jeune fille. Jamais plus radieuse vision n'avait glissé devant ses yeux. En effet, un peintre devait remercier Dieu d'avoir créé une fille d'Eve si charmante. Les cheveux noirs de cette enfant de seize ans, réunis eu (resses brillantes au sommet de sa tête , couronnaient comme le plus reluisant diadème son front blanc aussi étroit que celui de la Vénus antique. Ses grands yeux dilatés par l'effroi ressemblaient à deux émeraudes vivantes et animaient singulièrement sa figure séraphique , au teint d'une blancheur transparente et rosée, aux lèvres mignonnes et vermeilles , aux paupières frangées de cils de velours. Celait
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la beauté humaine dans toute sa perfection , la grâce dans toute son innocence , la piété filiale dans tout son courage et tout son sacrifice.
Elle ne reculait pas , la pauvre enfant , et cependant tous ses membres frissonnaient et le réseau bleu de ses veines pâlissait sur sa peau satinée; mais tant qu'elle croyait préserver sa mère, elle résistait à son épouvante , elle bravait ces bêtes furieuses , elle leur offrait son corps angélique ; — hélas ! elle ferma les yeux pour ne pas les voir plus longtemps, car son dévouement de chrétienne et de fille n'eût pu l'empêcher de tomber pâmée de faiblesse et de peur,
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Tout ceci s'était passé avec la rapidité du vol d'une flèche. Le jeune page s'était bien élancé au secours de ses maîtresses et avait essayé de frapper les chiens avec son chapeau galonné; mais ils le lui arrachèrent, le déchirèrent en morceaux et chacun d'eux courut en rapporter un fragment au colosse à la toque violette , en gambadant d'une façon plus ou moins disgracieuse.
Les deux dames y gagnèrent un instant de répit.
La mère en profita aussitôt pour appeler de nouveau les bateliers. La jeune fille fit glisser précipitamment une bague de
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ses doigts mignons, détacha de son bras gauche deux bracelets d'or et les fit briller aux yeux de ces sourds volontaires , en disant d'une voix douce et sonore qui vibra au cœur du jeune peintre comme le rhylhme d'une chanson d'enfance longtemps oubliée :
— Approchez, braves gens! voici votre salaire !
— Sauvez-nous! laissez-nous monter sur vos barques, criait la mère, — et vous serez noblement récompensés.
Mais François vit, à son grand étonnement, les mariniers hocher la tête négativement, et ceux même dont les bar-
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ques clormaieni au milieu du canal, se rapprocher insensiblement du bord opposé , comme s'ils craignaient d'être pris à l'abordage par les chiens du chasseur.
Quand la dame la plus âgée se vit ainsi abandonnée , elle se tordit les mains en murmurant :
— Vierge Marie ! protégez-nous.
— N'est-il donc aucun secours humain à espérer! dit la jeune fille en promenant autour d'elle des regards troublés.
— Monseigneur, retenez vos chiens !
s'écria alors la mère en tournant vers le
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chasseur sa figure décomposée. Ne vous laites pas un jeu de nos larmes.
— Pourquoi prier cette statue de pierre? reprit avec une sorte de mépris indigné la belle enfant.
— Ah ! la petite rebelle dédaigne de nous implorer, dit le géant d'une voix tonnante. Allons hop ! hop ! Roland !
apporte le voile. J'aime a voir les prudes à découvert, ma belle précieuse.
La mère fut saisie à ces mots d'un tressaillement convuisif , et si sa fdle ne l'eût pas retenue clans ses bras , elle fut certainement tombée à terre. Roland, grand chien noir d'une force colossale, s'élança
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en aboyant vers le groupe condamné si brutalement par son maître , et celui-ci s'apprêtait à augmenter la somme de ses distractions de la soirée , lorsque sa joie fut troublée par un incident tout à fait inattendu.
François Perrier s'était tout à coup levé, trouvant que le jeu avait déjà trop duré et qu'il était temps de faire tourner la chance.
Il ne savait pas quel était ce tyranneau butor qui bravait ainsi les règles les plus élémentaires de l'humanité , mais puisque nul n'osait l'arrêter ni le punir, le premier venu avait bien le droit de lui don-
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ner une leçon. Il enfonça son chapeau sur sa tête , saisit son gourdin et cria à la jeune fille :
— Acceptez-moi pour champion, mademoiselle, et je vous promets de faire bravement mon devoir.
Au même instant l'aboyeur noir vint se heurter contre ses jambes en bondissant, — mais il recula en voyant tournoyer et entendant siffler la lourde massue.
La pose calme et déterminée de l'étranger annonçait, du reste, à l'intelligent animal un rude adversaire.
— Hop ! hop î le voile ! le voile, Roland ! répéta la voix enrouée du chasseur
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plus surpris qu'irrité, au premier abord, de cette intervention.
Le chien n'hésita plus et bondit de côté , afin d'éviter son ennemi et de courir à sa proie, — mais aussitôt un coup de gourdin vaillamment asséné lui brisa les dents. 11 tomba à terre tout étourdi ; puis il s'enfuit en hurlant, la langue pendante et la gueule ensanglantée.
— Ho ! ho ! cria alors le maître de la meute, véritablement courroucé; sus au mendiant , sus au Bohême , mes agneaux !
Et François eut à peine le temps de se réfugier contre le tronc d'un vieux chêne
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avant d'être assailli par la troupe entière qui, exaspérée de son agression, s'élança sur lui en poussant des hurlements de rage.
Le peintre semblait perdu , et la jeune fille , oubliant son propre danger, dit au petit page :
— Perhson, courez à l'aide de ce brave étranger !
Perhson, plus mort que vif, se garda bien de bouger. Sa maîtresse se hasarda alors à faire quelques pas en avant vers le brutal chasseur afin d'implorer sa pitié en faveur de ce champion qui se dévouait pour elle.
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— N'allez point de ce côté! lui cria alors François. Profitez plutôt de la distraction t que je procure à ces chiens fanfarons pour regagner la ville...
— Et vous abandonner, courageux jeune homme! répondit- elle d'une voix émue.
— Vous ne pouvez me secourir et je me tirerai fort bien seul de ce mauvais pas, répliqua-t-il. D'ailleurs, pensez à votre mère, mademoiselle.
La jeune fille regarda la pauvre dame dont la figure était toujours blême et qui semblait encore hors d'état de faire un pas pour se sauver.
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Cependant, François s'était adossé au tronc noueux et puissant du chêne, les pieds cloués au sable , la jambe gauche tendue en avant dans l'attitude d'un gladiateur gaulois.
Sa main gauche se collait au manche de son couteau de chasse tandis que de la droite il brandissait son gourdin avec une dextérité inouïe contre ces bêtes enragées.
Son visage restait calme , serein , souriant même ; celui du maître de la meute se gonflait au contraire et rougeoyait de colère.
Flexible comme la canne du plus
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adroit tambour-major, sa pesante massue voltigeait et coupait l'air en sifflant, tantôt haute et tantôt basse , mais couvrant toujours le corps, elle rompait à coups redoublés l'échiné ou la gueule des assaillants.
Leur maître colossal contempla plus ou moins patiemment pendant quelques minutes ce combat inégal et inattendu ; mais quand un de ses mignons blessé à la tête, culbuta en arrière, — et qu'un autre, la patte brisée, tourna honteusement la queue au champ-clos , boitant et gémissant , — alors il siffla de toute la force de ses poumons.
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Les chiens obéissant avec une visiblo satisfaction dans l'attente d'une prompte vengeance, se réfugièrent derrière leur prolecteur.
— Dieu soit loué ! vous êtes sauvé , bon jeune homme ? ne put s'empêcher de s'écrier la belle fille.
— Pas encore ! répliqua le colosse en descendant à grands pas du coteau et se dirigeant vers le batouniste essoufflé.
— Pauvre garçon , ne l'attendez pas !
dit d'une voix altérée la plus âgée des deux dames. Ne lui laissez pas le temps
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de reconnaître votre visage! gagnez la frontière !
— Voici un joli conseil dont vous aurez à rendre compte, belle dame! cria le chasseur; puis se tournant vers François , il ajouta :
— Maudit gueux, as-tu perdu la tête pour oser toucher ainsi à mes fidèles gardes-du-corps ?
Le peintre regarda d'abord son interlocuteur d'un air étonné, puis il haussa les épaules en accompagnant ce geste dédaigneux d'un sourire qui semblait répondre :
— Croyez-vous donc que je vous crai-
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gnc plus que vos chiens et avez-vous envie d'être traité comme eux ?
Et il s'appuya nonchalamment sur son redoutable gourdin comme un berger fatigué.