DES INSECTES PARFAITS
On comprend, comme nous venons de le dire, sous la dénomination générale d 'Insectes, tous les animaux articulés ayant pour caractères : une tête distincte, munie d'une paire d ’ antennes ; des yeux composés , immobiles et quelquefois en meme temps des yeux simples, ou stemmates ; une bouche pourvue ordinairement de trois pièces paires opposées ; le corps divisé en plusieurs segments ou anneaux munis de, pattes , le plus souvent au nombre de six, et alors des ailes; quelquefois un grand nombre de pieds ( myriapodes ).
l/enveloppe extérieure, ou squelette des insectes à l'état parfait, est formée d'un nombre déter-
miné de pièces distinctes ou soudées intimement entre elles ; dans plusieurs cas, les unes diminuent ou disparaissent entièrement, tandis que les autres prennent un développement excessif.
Les différences qu'on remarque entre les espèces de chaque ordre; de chaque famille et de chaque genre; peuvent toutes s'expliquer par l'accroissement ou l'état rudimentaire de telles ou telles pièces.
La connaissance du système solide des insectes est indispensable et de la plus haute importance; puisque étant tout à fait extérieur; il constitue à lui seul le faciès des individus; et sert de hase à leur classification.
On distingue dans l'insecte parfait trois parties principales : la tête; A (fig. 18 et 19) ; le tronc. B; et l'abdomen, G.
La tête forme une masse généralement arrondie, plus ou moins développée tantôt transversalement, tantôt dans le sens de la longueur ; les parties principales qui la composent ou qui s'v rattachent sont :
Les antennes , a a (fig. 18 et 19), appendices articulés mobiles, plus ou moins développés, le plus souvent au nombre de deux, quelquefois de quatre ; elles sont situées dans le voisinage des yeux, et composées de petits cylindres ou articles ,
ajustés les uns à la suite des autres, et extrêmement variables pour la forme, la grosseur et la longueur.
La base des antennes (scapus) offre toujours quelques particularités de longueur, grosseur ou couleur qui les distingue des articles suivants. La tige droite (fig. 20), ou brisée (fig. 21), a des formes très-variables ; on la dit filiforme quand tous les articles ont la même grosseur (fig. 22), sètiforme , si elle est terminée en pointe (fig. 23), massue si son extrémité est renflée (fig. 24).
L'usage des antennes n'est pas encore bien connu ; l'opinion la plus générale est que ces singuliers appendices servent d'organe au tact.
Le front , 6, (fig. 18 et 25), est la partie la plus élevée de la tête.
La face, c, se continue avec le front.
Les joues, d, s'observent sur les côtés ; leurs limites ne sont pas très-bien déterminées.
Le chaperon ou epistome , e, est une pièce bien distincte qui s'articule d'une part avec le front ou la face, et de l'autre avec la lèvre supérieure qu'il recouvre et remplace plus d'une fois.
Les yeux, f f, de la plupart des insectes sont aussi bien déterminés : on en compte de deux sortes, les uns sont composés ou chagrinés, les.
autres simples ou lisses, ou encore stemmates * Ces derniers manquent souvent.
Les yeux composés sont placés , en général, sur les parties latérales de la tête ; ils sont entiers, échancrés ou même entièrement divisés par une petite tige cornée, de manière à figurer, de chaque côté, deux yeux parfaitement distincts ; la cornée est d'autant plus convexe que l'animal est plus carnassier ; transparente, dure, épaisse, enchâssée dans une sorte de rainure des parties de la tête, et offrant plusieurs milliers de facettes hexagonales disposées régulièrement ; chaque facette constitue un œil pourvu de toutes ses parties.
Les yeux lisses, au nombre de trois, sont ordinairement situés sur le sommet de la tête (fig. 26), entre les yeux composés.
La bouche termine la tête en avant ; elle est composée de six parties : la lèvre supérieure ou labre, g (fig. 25) ; les deux mandibules , h h ; les deux mâchoires , i i ; la lèvre inférieure, j (fig. 26). Ces parties subissent de grandes modifications dans leurs formes, et constituent les organes de la mastication ou des appareils de succion qui portent les noms de bec, de trompe et de suçoir .
Ils sont appropriés à la manière de vivre et à la nature des aliments, et varient ainsi de mode ou de structure. La théorie générale des organes de
manducation des insectes a été appliquée à tout l’ensemble de l'entomologie, et sert principalement aujourd'hui de point de comparaison pour la clas sification des genres.
La lèvre supérieure ou labre , g, consiste sim plement en une pièce plate, le plus souvent coriace ou presque membraneuse, extérieure ou découverte, carrée ou demi-circulaire, soit entière , soit échancrée ou bifide , et tenant au bord antérieur de la tête au moyen d'une très-courte articulation.
La lèvre inférieure représente, en quelque sorte, deux mâchoires réunies, portant deux palpes , k k , et souvent recouverte par une dilatation, en forme de bouclier, de la portion coriace ou cornée et antérieure de la base, partie appelée d'abord ganache et maintenant menton , l (fig. 26). La portion découverte de la lèvre, ou celle qui dépasse son support forme la languette, m (fig. 26).
Les mandibules , h h , placées horizontalement, et souvent recouvertes en partie par la lèvre supérieure, sont formées d'une substance cornée très-dure, d'une seule pièee, sans articulation, dépourvue de tout appendice et ressemblant à une dent forte et aiguë.
Les mâchoires , i i, naissent de la partie inférieure et interne de la cavité buccale, près de
l’origine de la lèvre inférieure ; elles se dirigent d’abord obliquement et en arrière, puis présentent une articulation et un coude ; elles remontent ensuite longitudinalement, en se rapprochant l’une de l’autre ou en convergeant, offrant près du bout, et sur le côté intérieur, un petit filet articulé appelé palpe ou antennule , k k, et se terminant ordinairement par une portion plus membraneuse, distinguée de la tige par une articulation et garnie de poils ou cils; très-souvent encore la même extrémité fait intérieurement une saillie en manière de lobe aigu ou dent.
Lorsqu’il y a deux palpes, l’une est la palpe maxillaire extérieure, et l’autre la palpe maxillaire interne ; dans un très-grand nombre d’insectes broyeurs, à chaque côté antérieur de la languette, est adossée une petite pièce en manière de support ou d’article, prenant naissance un peu au-dessus du pharynx, et terminée par un appendice saillant, ordinairement rétréci en pointe, et qui paraît représenter la langue des vertébrés. Des palpes sont insérées sur les côtés antérieurs de la languette et distinguées des autres par la dénomination de labiales; elles n’ont jamais plus de quatre articles, tandis que les palpes maxillaires extérieures en ont communément de quatre à six.
On appelle galettes les deux parties larges et
membraneuses placées à la partie externe des mâchoires.
En arriéré, la tête est jointe, soit par un prolongement ou col, soit à l'aide d'une cavité arrondie, profonde et creusée en entonnoir, soit enfin au moyen d'une simple membrane, avec le premier anneau du thorax.
Le thorax , ou tronc , B (iig. 18 et 19), est la partie du corps qui se trouve entre là tête et l'abdomen ; elle supporte constamment les membres, tels que les pattes et les ailes. On divise le thorax en trois segments :
Le prothorax ou corcelet ou collier , le mésôtho rax et le métathorax ; ses segments sont composés d'un assez grand nombre de pièces qu'il n'entre pas dans notre plan de décrire; nous signalons seulement le sternum , pièce unique, qui constitue la partie inférieure : la partie supérieure présente le scutum ou écu , qui est souvent très -développé et s'articule toujours avec les ailes, lorsqu'elles existent ; le scutellum ou écusson qui affecte souvent une forme triangulaire.
U abdomen ou ventre ÿ C, partie du corps faisant suite au thorax; il est composé d'anneaux, variant de un à quinze, constamment dépourvus d'appendices, et qui forment une série de cylindres creux, souvent très-courts, réunis entre eux par une sou-
dure intime ou bien par une articulation; ils jouissent quelquefois d’une assez grande mobilité, et peuvent, dans certains cas, rentrer les uns dans les autres comme les tubes d’une lunette.
La plupart des anneaux de l’abdomen portent un trou nommé stigmate , li (Fig. 19), qui est l’orifice d’une trachée, et sert à la respiration. L’abdomen est articulé avec le mésothorax dans la région postérieure, tantôt par une large surface, il est alors dit sessile ; tantôt, au contraire, l’articulation offre un rétrécissement marqué qu’on nomme pétiole ou pédicule.
L’extrémité postérieure de l’abdomen est le plus souvent percée par l’anus ; le dernier anneau varie beaucoup pour la forme; il est disposé de manière à favoriser le rapprochement des sexes, ou à faciliter la ponte ou l’introduction des œufs dans les matières qui doivent les recevoir. Souvent encore il est organisé de manière à devenir une arme offensive ou défensive ; les crochets, les tarières, les aiguillons, les pinces, les lames, les scies, les queues, les filières et autres instruments font souvent partie de cette région du corps des insectes.
Les ailes , appendices membraneux, de formes très-variées, diaphanes ou opaques, nues ou couvertes de poils et d’écailles, plus ou moins développées, toujours si (uées sur les parties latérales et
supérieures du thorax, et ayant ordinairement pour fonction d'exécuter le vol. Il n'en existe jamais plus de deux paires ; souvent on n'en trouve qu'une seule ; et dans plus d'un cas elles sont rudimentaires, ou même disparaissent complètement.
On a distingué les ailes d'après leur position, en premières, antérieures ou supérieures, et en secondes, postérieures ou inférieures.
L'aile d'un insecte paraît formée de deux feuillets superposés, membraneux, très-minces et transparents, constituant à eux seuls, dans certains cas, assez rares, l'aile toute entière, et occupant le plus souvent des intervalles que laissent entre elles des lignes de consistance cornée, saillantes, auxquelles on a donné le nom de nervures .
La base de l'aile, 1 (fig. 27, 28 et 29), est la partie qui s'articule au thorax.
Le bout , 2, que l'on nomme aussi sommet , angle interne , angle antérieur , est opposé à la base.
Le bord externe , 3, ou bord antérieur , ou bord d’en haut y ou enfin la côte ,. s'étend depuis la base jusqu'au bout.
L' angle postérieur , ou angle interne , 4, ou angle annal y est formé par la réunion du bord postérieur et du bord interne.
Le bord interne , 5, s'étend depuis l'angle postérieur jusqu'à la base de l'aile.
Le bord postérieur , 6, commence aussi à l’angle postérieur de l’aile et finit à son bout.
Le disque, 7, est toute la partie de l’aile comprise entre les bords.
Elytres ou étuis (fig. 30) ', premières ailes cornées des insectes; elles sont souvent dures, recouvrent la seconde paire d’ailes et abritent la partie supérieure du corps. Elles présentent aussi plusieurs parties ;
La base, 1 (fig. 30) , qui est fixée au mésothorax.
1 1 extrémité ou sommet, 2, opposé à la base.
Le bord antérieur , 3.
Le bord postérieur ou interne , nommé aussi suture, 4.
Les deux faces, l’une supérieure, l’autre inférieure.
Les élytres ont des formes et des proportions assez variées qui leur ont valu plusieurs dénominations importantes pour la classification.
Elles sont quelquefois soudées intimement entre elles par leurs bords postérieurs et protègent alors efficacement le corps de l’insecte ; dans ce cas les ailes manquent et n’offrent plus que des rudiments; lorsqu’elles sont libres, on voit les élytres s’ouvrir quand l’insecte prend son vol, et elles favorisent la locomotion aérienne.
Les patte§ servent à la marche, au saut ou à la natation; quelquefois cependant l’animal ne s'en sert que pour soutenir son corps, alors elles sont excessivement longues et grêles.
La paire de pattes antérieures est convertie dans certains cas en un organe de préhension; elle présente dans plusieurs insectes une sorte de délation au tarse , qui est propre au sexe mâle; dans d'autres espèces, .ce sont les parties postérieures qui diffèrent essentiellement de toutes les autres, et dont la forme est adaptée à certaines fonctions.
La patte d'un insecte est composée (fig. 31) : de la hanche , m, de la cuisse , o, de la jambe, p, et du tarse , q , qui est lui-même formé du ne suite de petits articles, qui, par leur variété numérique et par leur figure, aident beaucoup à la classification ; le dernier article est ordinairement terminé par une petite pièce conique ou écailleuse portant deux crochets mobiles.
Le trochanter est une petite pièce, n, qui est située entre la hanche et la cuisse, et s'articule avec tous deux.