INSTINCT DE CONSERVATION
Si l'instinct de tous les animaux cause souvent un vif étonnement, celui des insectes est le sujet d'une véritable admiration. Ces petits animaux ont reçu de la nature des facultés spéciales par-' feitement en harmonie avec leur organisation et qui les portent vers ce qui peut leur être bon, de même qu'elles les mettent à Fabri de ce qui peut leur être nuisible.
Chez les mammifères., on conçoit que les jeunes individus reçoivent un commencement d'éducation, que leur mère puisse leur apprendre à chercher et à choisir leur nourriture, à éviter leurs ennemis, et à construire des retraites sûres et
commodes, qu^elle leur serve d'exemple e( les habitue à une sorte d'imitation ; mais |1 n'en est pas ainsi chez les insectes dpnt les œufs ont été abandonnés, qui n'ont jamais connu leurs parents, et qui cependant agissent comme eux et qui semblent devirfer ce qui n'a pu leur être enseigné.
Cet instinct est donc le résultat de l'organisation plus ou moins complète et toujours en rapport avec la plus du moins grande complication des organes, a On dirait, comme l'a observé Bory de Saint- Vincent, de petites machines montées* à telle ou telle fin déterminée, comme une montre qui n'étant composée que pour marquer les heures, ne pourrait marquer les minutes, les secondes, les joms de la semaine et les phases de la lune, les rouages nécessaires pour de tels résidtats ne lui ayant pas été donnés. » •
L'ipstinct varie selon la disposition du système nerveux et les changements qui se manifestent dans l'organisation des êtres ; ainsi, une larve qui rampe ignoblement dans la fange et se nourrit de chairs corrompues et des substances les plus dégoûtantes, se change bientôt en insecte élégant, et en changeant de forme elle change d'instinct, s'élance de fleur en fleur pour y recueillir les sucs les phis purs et les plus suaves.
Je ne m^étendrai p^sici sur la combinaison des
facultés instinctives des insectes ^ mais j'offrirai des exemples qui suffiront pour en faire connaître les prodiges^ et prouveront combien il faut étudier ces animaux pour savoir les chercher avec fruit et les trouver dans les différents lieux qui leur servent d^habitation ou de retraite.
Lorsque VJchneumon, espèce de mouche svelte et très-vive , veut faire sa ponte, elle cherche ime chenille, se pose sur son corps, et, à Taide d'une longue tarière dont elle est arQiée lui ouvre' la peau, y introduit ses œufs, puis s'éloigne et périt bientôt.
La chenille, sans éprouver aucune incommodité, transporte partout avec elle les germes qui lui ont été confiés ; les œufs ne tardent pas àéclore, et il en sort de petits vers (larves) qui se nourrissent de la matière graisseuse de cette chenille, mais sans jamais attaquer aucune des parties vitales ; lorsque les jeunes larves ont acquis tout leur accroissement, elles sortent de leur demeuré animale, s'attachent à la surface de la peau qui les a protégées, et y forment leur coque sans se séparer de l'être vivant qui les a nourries.
Si la chenille se transforme en chrysalide avant que les larves d'ichneumon soient assez fortes, ces dernières s'y enferment avec elle et la dévorent entièrement, de sorte qu'une chrysalide de
laquelle devait sortir un papillon déterminé^ produit à sa place un essaim de mouches^ qui plus tard vont à leur tour chercher d'autres chenilles pour y déposer d'autres oeufs.
Ce qui est ^ut-être le plus étonnant, c'est que les Ichneumons ne déposent pas ainsi leurs œufs sous la peau de la première chenille venue ; chaque espèce d'Ichneumon s'adresse à une espèce particulière d'insectes en rapport avec son volume, et les plus petites logent leur progéniture dans le corps des pucerons,
On connaît les travaux des aheilles^ leur admirable gouvernement et leur étonnante industrie ; mais ces mouches, ainsi que les fourmis, qui ne sont pas moins curieuses, sont des exceptions, car elles reçoivent une éducation réelle, et tout ce qu'elles savent faire leur a été enseigné dans leur jeunesse.
C'est surtout pour se mettre à l'abri des attaqués de leurs nombreux ennemis que les insectes emploient les stratagèmes les plus singuliers, opposant la ruse à la force et utilisant les moyens bizarres de défense qui leur ont été donnés par la nature.
Les uns, lourds et peu agiles, comme les Opatres, par exemple, se couvrent le coi-ps des particules les plus fines du sol qu'ils habitent, en
prennent ainsi la couleur^ et par ce moyen cessent d'être visibles h Foeil qui ne les distingue plus que difficilement. D'autres, comme les Taupins et les Plines, gardent Pimmobilité de la mort dès qu'on le^ touche, ou même qu'on les approche ; rien ne pouvant les déterminer alors à remuer, ils sê laissent percer par une aiguille, et même brôler en partie, sans faire aucun mouvement.
a Les larves des Coléoptères aquatiques -emploient la même ruse. Aussitôt que Fune d'elles se sent saisie par quelque oiseau, ou par quelque poisson, son corps, dont les anneaux étaient distincts et tapprochés par les muscles, devient flasque et mollasse, il s'allonge, sa peau âpre, coriace et couverte de boue, s'abandonne aux inflexions diverses, cède aux tiraillements, résiste imperturbablement aux piqûres, aux déchirures légères, sans manifester le moindre signe de vie, et ressemble à celle d'un cadavre dans une demiputréfaction, probablement dans le but de dégoiiter la convoitise des animaux qui ne dévorent que des proies vivantes. »
La Malachiey chassée par une certaine espèce d'oiseaux, fait saillir de son corps, quand on le touche, des appendices gonflés, colorés et enduits d'une matière acre, amère et odorante, qui dégoûte et repousse aussitôt son ravisseur.
Beaucoup d'autres insectes sécrètent ainsi à volonté des liqueurs qui sortent, au moment du danger, de diverses parties de leurs corps et exhalent des odeurs qui éloignent les ennemis.
A cette faculté de répandre une exhalaison rer poussante, pour se garantir du danger, le Stafilien joint encore Tavantage d'une conformation particulière dont il sait profiter habilement ; est-il poursuivi? il relève son abdomen très-prolongé et semble eti menacer son ennemi. Il s'éloigne dans cette attitude intrépide sans manifester de crainte, mais il en inspire aux autres et même à l'homme ; et cependant cette queue menaçante n'est aucunement dangereuse, .et le Stafilien ressemble assez au poltron qui crie bien haut pour cacher sa faiblesse.
La Punorpe, ou mouche scorpion, se sert aussi de sa queue longue et fourchue pour épouvanter •ux qui l'approchent ; elle la redresse , la recourbe, l'agite, la darde ; mais cette queue terrible ne peut cependant faire aucun mal.
Les larves molles et craintives des Criocères serviraient de pâtures à un gi-and nombre d'animaux si elles n'avaient le soin de se couvrir de leurs excréments, qui les mettent aussi h l'abri des intempérie» do l'atmosphère.
Le Brachyn a reçu de la nature un singulier moyen de défense ; est-il inquiété^ il fait sortir de dessous ses ailes ^ et avec une assez forte dëtimation^ une fumée bleuâtre d'une odeur acide et pénétrante, et lorsque la crainte se communique à toute une tribu de Brachyns, on ne peut mieux la comparer qu'à un peloton de tirailleurs.
Mais si Tinstinct permet aux insectes d'employer tant de moyens divers pour défendre leiir existence contre de nombreux et redoutables ennemis, il les porte aussi souvent à les prémimir de la disette ; et la prévoyance de certaines espèces qui forment des provisions d'hiver pour elles et leur progéniture à venir est une des choses les plus curieuses.
Un assez grand nombre de ces animaux, quoique très-voraces, commencent toujours par cacher leur nourriture avant de s'en repaître.
Un cadavre de mulot, de taupe ou de grenouille gît-il dans un champ, vous voyea bientôt voltiger autour quelques Néorophores, qui s'en approchent, se réunissent, creusent le sol et disparaissent. En peu de temps le cadavre s'affaisse à son tour et tombe dans un trou creusé sous lui par ces insectes fossoyeurs, qui reparaissent bientôt et travaillent en commun pour le recouvrir entièrement
de terre, puis s^enfouissent de nouveau pour dévorer leut proie ou pour y déposer leurs œufs^ afin que les larves qui doivent sortir trouvent en naissant une nourriture assurée.