CONCLUSION
Deux mois et demi après leur mariage, et trois mois après la mort de Thomas Langot, Alain Montplet, sa femme et le petit Jean-Marie, faisaient leur rentrée à la ferme de la Cochardière, où les attendait un splendide festin donné en l'honneur de maître Hénin, de Louison et des onze enfants, et auquel avaient été conviés tous les amis du village de Maisy, de Grand -Camp et de Saint-Pierre- du-Mont.
Voici ce qui s'était passé pendant ces trois mois :
Non-seulement la mort de Thomas Langot avait mis la réclamation de Richard à néant, mais encore elle avait mis Richard à la disposition de Montplet, qui, maître des billets déjà rentrés entre les mains de Langot, força facilement l'avocat à lui remettre les autres.
Ces billets furent soumis à l'examen d'experts qui reconnurent que la somme réelle empruntée par Alain
Montplet était de trente- sept mille cinq cents francs.
Alain Montplet se trouva donc créancier de la succession Langot, d'une somme qui dépassait soixante mille francs.
Jeanne-Marie, héritière directe du vieux coquin, était propriétaire du reste, ,
Mais le reste se composait de créances toutes sujettes fc contestation.
On réunit les débiteurs, et chacun, sous la foi du serment, fut sommé de déclarer sa véritable dette.
Chacun fit serment et déclara.
Il se trouva qu'il restait à la Jeanne-Marie une quarantaine de mille francs, plus la ferme de la Cocliardière.
Seulement, sur le tout, il était dû soixante à soixante et dix mille francs à Alain Montplet.
Le mariage donna quittance.
Aujourd'hui, Alain Montplet a remis la ferme de la Cochardière sur le pied où elle était du temps du vieux Jean Montplet ; Jeanne-Marie est la plus jolie fermière du canton de Saint -Lô, et Jean -Marie, qui a vingtquatre ans, est, avec sa sœur, qui n'en a encore que treize, un des bons partis du département du Calvados.
Dans ses moments perdus, Alain Montplet redevient deux ou trois fois par an le chasseur de sauvagine que vous avez connu sautant de rocher en rocher et fuyant devant la marée.
Pavillon a vécu âge de chien, est mort tranquillement de sa belle mort, et a été pieusement enterré, par
son ami Jean- Marie, près de son ancien maître le père Gabion.
Lisa Jousselin a épousé un agent de change qui, ayant oublié de payer ses différences au bout dv mois, est parti pour l'étranger, la laissant à Paris avec trois enfants.
Elle est revenue à Isigny, où elle a repris le commerce de beurre abandonné par son père.
Elle espère apprendre, un jour ou l'autre, la mort de son époux ; ce qui lui permettra de se remarier, attendu qu'elle est encore jeune, belle et coquette.
Ainsi soit-ilî