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Le château d'Anet

Los grands monuments du passé nous parviennent en général, riches de belles œuvres toujours vivantes, mais aussi plus ou moins mutilés el transformés par le temps et par les hommes. Ayant participé à l'âme d'un temps et d'un pays, conservant encore une part de leur beauté, ils ne livrent la vraie signification de ce (ju'ils furenl et le véritable intérêt de ce (ju'ils demeurent (ju'à ceux qui ne se contentent pas de les regarder a la hâte mais prennent le loisir de les étudier.

C'est ce qui arrive pour le château d'Anel. Aussi — et comme d'ailleurs il a marqué une dale très

\ \ \ \ i-hiiirii^

importante dans I histoire de notre art . pour le connaître il faut mieux qu'une simple visite

C'esl pourquoi cette monographie n été écrite et c'est pourquoi on ;i adopté le plan sur lequel elle esl composée. L<' château \ est étudié non point d'après le procédé pratique d'un guide conduisant de salle en salle mais d'après la méthode logique qui permet de se pendre compte de l'effort dont il porte Je témoignage. De la sorte, on voit le château se construire et s'orner, puis, plus tard, se transformer, enfin, après une période lamentable de démolitions, sauver quelques-uns de ses chefs-d'œuvre et se reconstituer en partie.

C'est donc un essai de restitution explicative, de commentaire artistique et de description pittoresque que s'efforce de présenter ce petit ouvrage.

Toutefois, cette monographie n'est pas seulement conçue pour faire connaître le rôle et la valeur artistique du château. Elle voudrait ne pas être sans utilité immédiate pour le visiteur non préparé. Aussi le chapitre iv [Etat actuel) présente, en raccourci, le tableau de ce qu'on peut voir aujourd'hui encore du château de Diane de Poitiers.

LE

L'ANCIENNE CHATELLENIE

Il se pourrait qu'Anet comptât, sans qu'aujourd'hui il y paraisse grand'chose, parmi les plus vieux bourgs de France. Peut-être même faut-il remonter jusqu'à l'époque gallo-romaine. Mais les premières traces de son primitif château ne se retrouvent qu'aux environs de l'an iooo, époque où, sur les confins de la Normandie et de l'Ile de France, en bordure du pays des anciens Carnutes, il gardait déjà les rives de l'Eure. Cette vieille forteresse, qui s'élevait sur l'emplacement des écuries actuelles, passa au XIVe siècle entre les mains de Charles le Mauvais, comte d'Evreux, puis roi de Navarre. A la fin du siècle, de ce château il ne restait guère que des ruines. Celles-ci tombèrent dans le domaine royal de France jusqu'au jour où, en 1 444 > Charles VII en fit don à Pierre de Brézé, pour les services rendus par ce dernier, en Normandie, dans ses combats contre les Anglais. Voilà donc le château d'Anet dans cette famille de

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Brézé que va, cent ans plus tard, illustrer à sa manière Diane de Poitiers, seconde femme de Louis de Brézé.

De ces premières constructions rien ne reste ci ue quelques souvenirs dans de raies documents H que la gravure de Claude Chastillon. Toutefois, à l'est, des jardins actuels, une porte sur les fossés s'appelle encore porte de Charles !<' Mauvais. Que >a substructure date du xive siècle, c'esl possible; mais celle construction n'accuse aucun caractère gothique.

Rien non plus ne demeure des bâtiments du xve siècle élevés par les Brézé. Ceux-ci cependant n'avaient pas disparu pour faire place au château actuel puisque, en son Traité de V Architecture, Philibert de l'Orme se plaint de la gène qu'il éprouva en un détail de ses plans à cause du « vieil logis qui estoit faict ». Dans la gravure du recueil d'A. Du Cerceau, cette construction se distingue très nettement ; ce n'est plus elle qu'on voit dans la gravure de Riffaud, au xvme siècle. C'était un édifice du xve siècle, à droite du château nouveau, auquel il se raccordait. On retrouverait sans doute les fondements î\ remplacement que marquerait l'intersection de deux perpendiculaires dont l'une partirait de la chapelle et l'autre de l'extrémité de l'aile actuelle qui regarde vers le parc. L'intérêt artistique de cette demeure ne paraît pas avoir été très grand et, à en croire Diane de Poitiers, ses agréments étaient insuffisants. Il s'agissait d'un château seigneurial, nous allons voir s'élever une demeure quasiment royale.

Photo Broull-Dhidi

11 EUKTOIK ET VERKOUS

(Collection G. Champagne).

Diane de Poitiers. — L'histoire et la légende se sont chargées de nous transmettre le souvenir de Diane de Poitiers. Quant à son portrait, il nousesl parvenu sous de multiples formes, le plus souvent fantaisistes d'attribution sinon tout à fait fausses1. A la condition de procéder avec prudence, Ton peut cependant reconstituer, ce semble, sa vraie

1 Le portrait que l'on voit aujourd'hui au-dessus de la cheminée de la Bibliothèque du château, et qui est une copie de celui du musée de Dijon, appartient à celte dernière catégorie.

LE CIIATKA1 I) ANKT

physionomie. Elle fut, sans platonisme, quoi qu'en disent quelques-uns de ses défenseurs, la favorile <lr Henri II. mais c i I <* ne lui pas la cour-

Pohïrait dh Diane di; Poitiers, désignée ici sous le nom de mm<- d estampes (D'après le crayon du Musée Gondé. à Chantilly.)

tisane qu'ont voulu voir en elle certains écrivains. Elle n'a jamais non plus joué le rôle de vie-

LK CHATEAU DE DIANE DE POITIERS i i

lime, offerte à François Ier, que Victor Hugo lui a attribué.

En réalité très inlelligenle, éclairée en matière d'art, fort ambitieuse et non moins habile, assez peu sensuelle, riche d'une énergie peu commune, qui lui permettait d'exercer son influence sur une volonté faible, et douée dune beauté saine, forte, sans grâce quoique assez impressionnante du fait dune harmonieuse majesté, elle possédait les qualités et les défauts nécessaires pour agir sur le futur dauphin Henri. Celui-ci, timide par nature et tenu en vague dédain à la cour, se réfugia sous sa protection et lui voua son amour, dès sa quinzième année. Il avait environ seize ans de moins qu'elle. Il était donc assez jeune pour se laisser prendre ; le talent de Diane fut de le conserver.

Des morts successives ayant fait du prince Henri, dès 1 54y, le roi de France, la veuve1, mûrissante, car elle était née en 1 499 (ancien style), qu'étail Diane atteignit au comble de sa faveur. Le cadeau du château de Chenonceanx, dès iThj, en fournil déjà une preuve. Mieux encore, en i548, Henri 11 faisait don à Diane de la grosse somme (pie lui rapportait le « droit de confirmation ». Cette magnifique largesse, que bien d'autres suivirent, permit à la duchesse de faire élever le nouveau château.

1 Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie, étail mort, soixante-douze ans, en i53i, au vieux château d'Anel et avail été inhumé dans la Cathédrale de Rouen.

I ' 1.1. (Il \ I I \ l II Wl I

Le Temps et le Milieu Ce n'est |»;i^ assez de

dire du château d'Anel qu'il date de la Renaissance, car l'expression esl trop vague. Pour bien comprendre Le château d And. el sans entrer cependant (huis les détails de l'histoire de l'art, il est nécessaire de se rappeler rapidement ce que fui noire Renaissance. Elle s'est marquée par une marche continue el s'est caractérisée par des tendances, des efforts el des résultats différents. A Chaumont, par exemple, qui date de la fin du XVe siècle, le gros œuvre esl encore pure nie ni féodal, tandis qu'à Azay-le-Rideau, quelque peu postérieur, « l'appareil de défense s'est réduit a un rôle décoratif, et partout, dans le détail, l'arabesque italienne s'est substituée au décor gothique ' )). Voilà déjà deux étapes. Le château de Blois les montrerait réunies et y ajouterait bien d'autres nouveautés. Dans la nombreuse série de ce qu'on appelle « les châteaux de la Loire », les uns sont des adaptations d'anciens édifices à la mode nouvelle du style franco-italien ; les autres accusent avec plus de précision le goût récent pour la symétrie dans les plans et surtout la luxuriance décorative dans les frises, les rinceaux, les chapiteaux de pilastres, les bandes d'arabesques, les coquilles, les couronnements de portes ou de lucarnes, en somme plus de fantaisie dans la décoration.

Voilà ce qu'un architecte, avait sous les yeux,

1 P. Vitrv : l'ours et les châteaux de la Touraine .

en i54^, quand Diane de Poitiers chargea Philiberl de l'Orme du soin d'élever son château d'Anel Nous verrons combien peu ces exemples servirenl de modèles. Les classiques du reste ne s'y trompèrent pas. M. L. Dimier a pu écrire en effet : « Le style du temps de François Ie1 et en général tous les styles (jui précèdent Henri II et Philibert de l'Orme ont été taxés de « gothiques » jusqu'à la veille de la Révolution. » On avait tort d'employer le mot de gothique, mais on vit justement qu'avec Philibert de l'Orme un art nouveau était né. A vrai dire l'on donne couramment la date de i546 comme celle de la reconstruction du Louvre par Lescot. Il y aurait donc priorité pour celui-ci en ce qui concerne le style Henri II l. Mais de récents travaux de M. L. Battifol incitent à étudier de nouveau la question. Le Louvre de Henri II est sans doute postérieur à Anet d'au moins un an J.

1 Malgré la différence qui sépare l'architecture de Philibert de l'Orme et celle de Lescot on peut réunir ces deux hommes pour les opposer aux architectes de la pré-Renaissance et du règne de François Ier.

e La question est assez importante au sujet d'Anet pour qu'on y insiste. C'est bien en [54fi que Lescot est chargé de travaux au Louvre, mais il s'agit simplement de faire bâtir « un grand corps d'hostel au lieu où est de présent la grande salle » (de Laborde : Comptes des Bâtiments du roi, t. I.) En i ri 4 7 , Henri II maintient Lescol pour achever l'œuvre commandée par François 1er. Mais le 10 juillet i:")49, Henri II modifie sa décision. Il écrit à Lescot : Noua avons « depuis trouvé que pour grande commodité et aisance dudit bastiment, il était besoin de le parachever autrement et. pour cel effet, faire quelque démolition de ce qui estait jà faict et commencé ; et ce suivant un nouvel devis et dessin que vous en avez Fait dresser par nos commandements que voulons être ■suivi » (de Laborde : loc. cit.). Or, à Anet, dès le 2;) février ID49 (nouveau style) non- trouvons déjà un « toisé de pierres fournies pour la construction de la chapelle »

i j LE CHATEA1 I» \ NI i

M. BattifoJ ii hésite même \>,\> ;i \ reconnaître l'influence <lu « groupe de la favorite dont le château d\Ane1 révéla assez l<- sens des arts <•! la passion de l'architecture ! ». De plus en plus l'impor lance du château d'Anel se manifeste.

l'architecture

Le Plan de Philibert de l'Orme. — François I' mourut le 3i mars 1 547 ; nous avons vu qu'au 25 lévrier 1 549 on s'occupait déjà de construire la

chapelle. C'est donc vers le début sans doute de i548 (jue Philibert de l'Orme lit commencer les travaux au château d'Anet2.

Jamais mieux qu'en ce lieu de l'Orme ne donna carrière à son talent. Il avait l'espace devant lui. et une seule condition lui avait été imposée, celle de respecter le vieux château de Brézé auquel tenait, tout étrange que cela nous paraisse, la veuve du m*and Sénéchal. Malsré certaines

(Coll. Benjamin Fillon. — Cité par M H. Clouzot : Philibert de i Orme). C'est donc que le château sérail déjà en construction, quand le nouveau Louvre était encore en projet.

1 En fait les signataires des lettres patentes du 10 juillet i.*>4y sont le Connétable Anne de Montmorency, ami de Diane et le duc d'Aumale, gendre de celle-ci. (Cf. L. Battifol : Le Louvre et les plans de Lescot. Gazette des Beaux-Arts, avril i<)io.)

* C'est lui-même qui nous apprend son arrivée postérieure aux premiers travaux en nous parlant des o murs », dit-il, « que l'on avait commencés premier que j'y fusse ». Philibert de l'Orme: de l'architecture.) En son absence, son frère, Jean de l'Orme, dont le mérite est trop oublié, le suppléait.

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plaintes <lr Philibert <l<' l'Orme qui, d'humeur difficile, récrimina souvenl en sa vie, celui-ci ne rencontra de ce l'ail que de petites difficultés. Il éleva en effet le nouveau château à la gauche (pour qui entre par la grande porte <'l un peu en avant du vieux manoir auquel il le raccorda tout en laissant ce dernier en hors-d'œuvre.

Le plan adopté, tant pour le château à proprement parler que pour l'ensemble des constructions, cours el jardins, était rectangulaire. Un fossé large et profond, qui existe encore en partie, circonscrivait le dessin général.

Le château se composait de trois corps de bâtiments formant les trois cotés est, nord, ouest de la cour d'honneur. Le quatrième coté était fermé par le grand portail et la galerie sans étage au centre de laquelle celui-ci est placé. Cette cour représentait approximativement un carré un peu allongé d'environ 38 mètres de coté. L'épaisseur de chaque corps mesurait à peu près 9 mètres *.

A droite de la cour d'honneur, derrière l'aile droite du château, une première cour de forme très irrégulière se dessinait, bordée par cette aile augmentée de la chapelle en saillie, par les vieux bâtiments, le mur d'enceinte, la porte de Charles le Mauvais, enfin, vers le village, par différentes dépendances, notamment les cuisines. Une grande

1 11 ne reste rien du bâtiment central ni de l'aile droite (chapelle à parti. L'aile gauche a été fortement retouchée. La chapelle et le grand portail avec ses dépendances ont peu souffert.

fontaine eu marquait In centre. Sa superficie diffé rait peu de celle de la cour d'honneur.

A ô'auche de celle dernière, une troisième

cour, symétrique à la précédente, niais plus régu-

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lière, car elle formait un carré allongé, étail comprise cuire l'aile gauche, l orangerie, les communs, le; pavillon du gouvernement et les ter rasses qui dominaient, comme à droite, les fossés

delà façade '. Au centre de celle cour s'élevait la Fameuse fontaine de Diane, aujourd'hui au Louvre.

Vers le Nord, les jardins, en contrebas de quelques mètres et réunis au terre-plein du château par un bel escalier en forme de croissant, occupaient une surface égale, en largeur, a celle des trois cours, mais moins longue que large Il> étaient entourés d'une galerie « rustique », comme dit Du Cerceau. Les deux angles exlrêmes de leur clôture étaient marqués par deux pavillons carie». Entre ces deux pavillons, v\n bâtiment qui avait « environ 38 pieds de large et 23 de long » y devait servir de cellier. Mais l'œuvre « fui trouvée si belle » (c'est toujours de l'Orme qui parle qu'on chercha à remployer à des usages moins vulgaires, comme « faire festins et donner passetemps... jouer, bal 1er ou faire autres choses de plaisir ». Au centre des parterres, régulièrement dessinés, ce qui les harmonisait à la galerie et à ses ouvertures, surmontées de frontons arrondis et triangulaires, deux fontaines s'élevaient.

Enfin, par delà les murs, un vaste parc, traversé par l'Eure et planté d'arbres d'essences variées continuait, mais avec plus de fantaisie, les jardins

1 La chapelle funéraire, aujourd'hui au sud de cet emplacement. n'avait pas été prévue dans le plan de Philihert de l'Orme.

LK CHATEAU DE DIANE DE POITIERS i<)

du château. C'est dans ce parc que Diane avail chargé son architecte d'élever, sur le côlé gauche, un « hostel-dieu » pour les pauvres.

M. M. Lemonnier dit des châteaux du style François Ier qu'ils conservent la forme de ceux du xvc siècle. Et voici comment il décrit leur aspect : « Le plan de ces châteaux présente généralement une cour quadrangulaire, entourée de bâtiments sur trois côtés et fermée sur le quatrième par une galerie ou une construction à rez-de-chaussée, où se trouve un portail d'entrée. » Tel est bien en effet leur aspect général ; Philibert de l'Orme ne l'a pas transformé, mais il en a tiré un parti nouveau par [\\i plus grand souci de régularité et de symétrie qu'il avait emprunté à l'étude directe des monuments non point italiens mais romains. G'esl d'ailleurs ce double caractère français et traditionnaliste d'une part, antique et novateur d'autre pari qui pratiquement, et surtout à Anet, caractérise Ph. de l'Orme. Nous allons nous en convaincre par l'étude même de In demeure qu'il éleva sur ce plan.

Le grand portail ' — ('/est sur le côté qui Fait face au bourg que de l'Orme établit l'entrée principale du château. Elle se compose, derrière le fossé que traverse un pont, jadis en bois, de deux galeries sans étages, couvertes en terrasses ei cou-

1 Pour tout ce qui concerne la description du château, le livre de M. 1). Roussel, qui a consciencieusement lu tous si s devanciers el bien regardé la demeure, ne peut que rendre de grands servie.-

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ronnées d'une balustrade dont le motif décoratif csi formé | > m i- 1rs chiffres de Diane mêlés à des deltas, des croissants et des palmes sculptés à jour. Le plein <\<^ murailles el Les deux pavillons d'angles sonl construits en briques. Un appareil lage de pierres blanches les encadre l'ai- ce mélange de briques et de pierres, Philibert de l'Orme est l raditionnaliste.

Au ('entre, le porlail figure une sorte d'are de triomphe. Son auteur, (|iii nous a fréquemment et en détail parlé d'Anet, qu'il considérait avec raison comme son œuvre principale, le décrit ainsi en son Traité de V Architecture : « La principale porte et entrée... est de Tordre dorique, estant ornée de quatre colonnes fondées sur les talus et pentes (\\\ mur du fossé. La dicte porte est accompagnée de deux autres petites portes par les eostez, comme de poternes, et tout le porlail faict de pierre de Vernon1, enrichie de marbres, porphyres, serpentins et de bronse, signamment sur les portes et aux tables d'attente. Les métopes qui sont entre les triglyphes et tous les triglyphes, mesmes ceux qui sontjsur l'arceau de la porte sont de marbre noir : tous les bouillons de Cueilles et fruicts se voient de bronse entre les triglyphes estant fort bien faicts. La Diane avec les cerfs, sangliers et autres animaux.

1 Cette pierre, qui contient de loin en loin un silex noir, fut très employée pour les principaux édifices dans toute la région, notamment à Dreux, ainsi que la pierre de Saint-Leu qu'on retrouve aussi à Anet (Cf. Procès-verbaux de l'Académie d Architecture , publiés par M. Lemonnier dans les Archives de l'Art français) (sous presse).

LK CHATEAU DK ÎHW'K 1>K INHTIKItS

(jue vous voyez au-dessus de la porte, sont de cuivre et bronse, labourez d'un ouvrage et sculpture fort

Photo des Monuments historiques.

( 'lllMI.NI.I. DU CHATEAU

excellente et très bien l'aicte l. Aux costez, par le

C'est non la Diane, mais la Nymphe de Benvenuto Cellini.

'!•?. LE CHATKA1 II Wlï

dessus des ^cilles portes, sont terrasses enrichies à L'entour de tables d'attente, estants de marbre

noir avec leurs enlrelas. an lieu de balllStreS qu'on

a accoustumé de mettre aux terrasses pour servir

d'appuis. Vous voyez, par le dessus de La grande porte au plus haut un ornement toul fatcrl de belle pierre blanche de Vernon el de marbre noir aux tables d'attente. » Continuant complaisauunent sa description, Philibert de l'Orme décrit la fameuse horlogedouble qui surmontait la porte et ou. en plus du cadran des heures, il y avait « une face et heure d'astralabe et. planisphère avecques son zodiaque estant accompagné des douze signes et du mouvement journel de la lune par iceux comme aussi des estoilles errantes ou planètes ». Tous les quarts d'heures, par un ingénieux mécanisme, les chiens qui la surmontaient aboyaient et le cerf frappait du pied le nombre de coups nécessaires. C'était ingénieux et compliqué ; qualité et défaut se rencontrent chez de l'Orme.

Face à la cour d'honneur, sur la voûte, une niche porte la date de if)02, ce qui fixe le moment où la construction était assez avancée pour qu'on s'occupât déjà du portail.

A l'extrémité des terrasses latérales se trouvent quatre souches de cheminées dont l'originalité attire l'attention, car elles se terminent par un large vaisseau en forme de sarcophage, richement orné de sculptures et de plaques en marbre noir. C'est évidemment Diane plutôt que son architecte qui eut la pensée de cette décoration symbolique.

La veuve de Louis de Brézé avait tenu à multiplier les allusions à son veuvage. Elle avail

adopté les couleurs noires et blanches et, par suite, avait marié en son château la pierre blanche

'I LE CHATEA1 HWi i

avec le marbre noir. Cela n'empêchai! pas qu'audessus de lu porte d'entrée, sur une tablette de marbre mais il étail noir s'ioscrivil l<- dis-

tique suivant :

Phœbo sacratu esl aimas do m us ampla Diana1, \ Ci'um accepta cui cuncta Diana refert.

« Phébus consacra celle majestueuse demeure a la bienfaisante Diane qui, a son tour, lui rapporte tout i'c quelle en a reçu » Nous comprenons aisément que Phébus n'est autre qu'Henri \

Du reste, comme nous le venons encore mieux parla suite, toute la décoration du château trahissait cette « consécration » à Diane. Mais, a la faveur de ce nom et des allusions qu'il permettait, nous assistons à tout un retour vers L'antiquité. L'idée même de ce portail monumental a dû venir à Philibert de l'Orme en souvenir des arcs de triomphe romains qu'il connaissait bien. Les seules lignes de construction qu'il y emploie sont celles que les Anciens lui offraient, l'arc de cercle et la plate-bande. Les détails même sont antiques, depuis les colonnes doriques, très pures de style, jusqu'aux triglyphes non moins exacts dans leurs proportions. Et cependant il n'y a point ici de pastiche, car si Philibert de l'Orme renonce aux arcs entiers-point ou même aux « anses de panier », il ne transporte chez nous ni l'Arc de Septime Sévère ni celui de

1 Philibert de l'Orme nous apprend qu'Henri II « était plus curieux de savoir ce qu'on y Faisait [à Anet] qu'en ses maisons ». [De Tardittecture : Introduction.]

Constantin. Dés maintenant nous pouvons nous rendre compte de L'originalité de l'architecte d'Anet, que nous verrons se préciser de plus en plus. M. II. Clouzot a bien dégagé ce qifétail le tempérament artistique de Philiberl de l'Orme. Sa doc trine, dit-il « est une application rigoureuse des lois esthétiques de l'ancienne Rome. Mais chez lui la force du tempéramentde praticien est telle que nous la voyons percer sous l'enveloppe classique, et que le théoricien donne sans s'en douter autant de place à la technique traditionnelle du moyen âge qu'aux règles de Vitruve et de ses rénovateurs ' » Il y a là une tendance sans doute exagérée à romaniser de l'Orme, niais il est intéressant de constater en ces lignes ce qu'on doit malgré tout trouver de Français en lui .

Les trois corps de bâtiments - - L'aspect général des trois corps de bâtiments qui encadraient la cour d'honneur donnait une impression de régularité, mêlée de variété, par conséquent exempte de monotonie. Le rez-de-chaussée, légèrement surélevé, était surmonté d'un unique étage. Le tout était recouvert par des toits à la française (pie Philibert de l'Orme, génie éminemment pratique, tenait pour seuls naturels en ce pays assez humide. La toiture de droite s'élevait moins haut afin de dégager suffisamment le sommet des deux pyramides de la chapelle. Toutefois, encadrant la perspective des

1 H. Clouzot. Philibert de l'Orme.

>() LE CHATEA1 i> \ M. i

pyramides, deux parties1 du toit se surélevaient et formaient de chaque côté une couverture de combles à pente rapide sur ses quatre faces. Sur le faîtage courait une crête formée de croissants. De grandes cheminées se dressaient, ainsi que d'assc/ nombreuses lucarnes décoratives.

Au premier étage, sur les trois faces, des ouvertures étaient percées, régulières el symétriques, surmontées d'un fronton alternativement triangulaire et en are de cercle, et coupées de meneaux doubles ou simples. In cordon de pierre continuait chacun des meneaux et faisait ainsi le tour du château.

Le rez-de-chaussée offrait moins de régularité. Alors que l'aile gauche dressait sa face a plat sur un plan unique, l'aile droite et le corps de bâtiment central présentaient chacun une galerie, mais de style différent. L'aile était plus sobre que la grande façade. Point de colonne ni de motif monumental ; mais trois grandes ouvertures rectangulaires, accompagnées de chaque côté par quatre plus petites, voûtées en plein cintre, donnaient accès dans le péristyle de la chapelle.

L'effort principal de de l'Orme s'était reporté sur la façade centrale. Une galerie, décorée de vingtquatre colonnes d'ordre dorique accouplées, précédait le rez-de-chaussée et s'y appuyait. Au milieu, le beau portail à trois « ordres », qui se trouve (en

1 Si l'un des dessins de Du Cerceau contredit celte hypothèse, une autre la légitime. D'autre part, deux planches de Ph . de l'Orme, insérées dans l'édition de 1626, la justifient encore.

Pholo Le Deley.

Entrée du principal corps m logis

Paris. Ecole des Beaux-Arts. (Le buste et les statues

sont étrangers à Vœu\ ve.

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partie restauré ;> l'Ecole <l<'s Beaux-Arts .1 Paris, se dressait jusqu'à 21 mètres de hauteur, élevant audessus <l<'s combles son architecture très décora live. M . Il Clouzot voit en lui « un véritable monument romain1)). Il ajoute du reste : «Les trois ordres s'y étaient dans un dessin parfait de o:oûl el de proportions. » Bien que Tare de triomphe soit un sujel architectural romain, je crois qu'il \ ;i ici exagération. C'est encore la même tendance ;i Paire de Ph. de l'Orme on simple vitruvien L'harmonie et le sens des proportions sont d'ailleurs qualités plus grecques que romaines. Les ares de triomphe encore debout dans le vieux monde latin ne préparent guère à la porte monumentale de cette façade. Quoi qu'il en soit, les trois étages de la porte présentent, chacun en ses quatre colonnes, groupées deux à deux, les trois grands styles grecs. Au rezde-chaussée le dorique, plus solide et plus mâle ; au premier étage l'ionique plus gracieux, au deuxième le corinthien plus riche. C'était une innovation ; elle resta longtemps classique. L'ensemble était surmonté d'un triple motif ornemental, aux armes de Diane et d'Henri, à son tour couronné par un cartouche aux armes de Louis de Brézé. Des statues et des bas-reliefs garnissaientles niches des entre-colonnements ou les écoinçons du troisième étage. La polychromie du marbre et les diverses saillies de la pierre ajoutaient à l'effet décoratif. Comme il devait être toujours bien en-

1 H. Clouzot : Philibert de ('Orme.

tendu qu'àAnel on était chez les de Brézé, la statue du grand sénéchal, au rapport de Lemarquant ', occupait le troisième étage, et, au-dessus, une inscription disait :

Braezeo haec statuit pergrata Diana Marito Ut diuturna sui sint monumenta Viri.

« A Brézé, la très reconnaissante Diane sa femme a élevé ce monument pour que durable soit le souvenir de son mari.» Décidément lorsque Henri II venait à Anet il n'était qu'un invité, mais un invité particulièrement bien accueilli.

Les façades sur les cours intérieures ou sur les jardins reproduisaient, avec moins de richesse, la physionomie de celles de la cour d'honneur. A droite cependant la chapelle modifiait l'aspect général. Quant à la façade du bâtiment principal, elle précédait une assez étroite terrasse par laquelle on descendait dans les jardins, à l'aide d'un double escalier « sous la forme d'un croissant », comme dit l'architecte Elle se trouvait encadrée par les deux ailes qui la dépassaient légèrement.

C'est sur cette façade, dans l'angle gauche, que Philibert de l'Orme avait construit la fameuse trompe de l'appartement du roi dont il était si fier, et qui devait servir à aménager un cabinet où le roi pût se retirer en son «privé, dit-il, et particu-

1 Lemarquanl était capitaine des chasses du duc de Ponthiè> re, à la lin du xviii0 siècle. 11 a laisse une copieuse et précise Description du château d'Anet, parue sans signature en 1777 C'est par tradition directe qu'il parle de cette statue déjà détruite de son temps

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lièrement, soii pour écrire, <>u traiter des affaires en secrel ou autrement». La difficulté était grande car le château étail déjà en partie construit: a Je fus rédigé en grande perplexité, ajoute-1 il en effet, carje ne pouvais trouver ledit cabinet s;ms gaster le logis et les chambres '. » L'architecte entre en de nombreux el savants détails techniques à ce sujet, car il voyait en ce travail un chef-d'œuvre. Il s'agissait en somme de suspendre une tourelle d'angle rentrant, à la hauteur du premier étage, el sur une voûte rampante où toutes les poussées allaienl se reunir en un point de l'angle, ce qui dispensait de conduire la construction jusqu'au sol.

La chapelle. - La chapelle est ce qui a le moins souffert de tout le château. On la voit à peu prè» telle que l'a construite Philibert de l'Orme M. II. Clott-

zot lappelle un «bijou », ce qui me parait exact, mais il v voit an «véritable temple antique». M. Lemonnier me parait plus près de la vérité quand il y retrouve l'imitation des églises italiennes contemporaines.

La chapelle était apptiquée contre l aile droite du château, de sorte qu'elle avait été conçue sans façade. On y pénétrait par trois portes s'ouvrant sur un péristyle dans l'aile même. Le seuil s'ornait

1 11 y avait deux trompes à Anet. L'une dans chaque angle de la façade sur les jardins. Lemarquant qui les a sous les yeux écrit : « ...aux deux côtés du principal corps du château, et dans chacun des angles que forment les pavillons collatéraux, les deux trompes d'Anet. qui l'ont à juste titre l'admiration des connaisseurs. » Lemarquant. toc. cit.)

de marbres noirs et blancs en forme d'H el de croissants. Des inscriptions religieuses, en latin,

Photo communiquée par le comte de Leusse. La chapelle

je détachaient sur le linteau des portes. Par celles les cotés on accédait à un palier qui permettait rentrer dans la chapelle ou de monter vers le

.') 2 II. CHATEAl d'aNET

dôme. Celui-ci, très élégant de Ion ne. est un chefd'œuvre d'exécution tant il est resté ferme en ses lignes, s;uis qu'aucunjeu, aucun tassement, aucune altération se soient produits. Philibert <le I Orme en était 1res fier car c'élaii une nouveauté. Rompanl avec la voûte a la « mode française » [c'est-à-dire gothique), faite «en façon d'ogives, liernes, Mènerons ou autres », il construisit la « voûte sphérique ». Il renvoyait à la chapelle d'Anet ceux qui voulaient en savoir plus long sur le^ mérites et surtout sur les avantages architecturaux de celle-ci. Par-dessus ce dôme, une lanterne à jour, constituée par des colonnettes supportant une petite coupole. sert de supporta une grande croix en fer forgé el doré. En avant, deux pyramides pleines et destinées a n'apparaître qu'en partie par-dessus la toiture remplaçaient les clochers inutiles.

Le plan général affectait une forme de circonférence (la nef), flanquée de trois chapelles a murs de clôture en arc de cercle, cl de l'entrée, surmontée de la tribune, à face plane. C'est, en somme, une croix grecque, à bras très courts et dont trois de ceux-ci seraient arrondis à leur extrémité.

L'intérieur avait été conçu très clair, (marinant en la blancheur de sa pierre éclatante, rehaussée par des plaques de marbre noir, il offre un mélange d'élégance moderne et de sereine harmonie antique. Il ne faut pourtant pas hésiter à reconnaître que c'est au détriment du sentiment religieux. La décoration en était très riche, puisque, indépendamment de ses pilastres, de ses frises, de ses

verrières, de ses émaux, de ses autels, <le son ori-

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