III. TOMBEAU DE LÀ NOURRICE THIÉPHAINE
C'est encore à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford que nous devons la conservation du dessin de ce tombeau détruit pendant les guerres civiles du xvf siècle. L'épitaphe seule fut conservée sous un blanc de chaux et remise en lumière par Bodin \ Elle est en vers et de la composition de René. L'auteur des Recherches l'a publiée en 4814, mais elle diffère de celle d'Oxford au onzième vers. Bodin l'écrit ainsi :
« De la nourrice dessus dicte, » tandis que sur l'inscription d'Oxford on lit : « De l'un à l'autre du devoir s'acquitte, » Rien ne sera plus facile que de vérifier sur la pierre elle-même la véritable lecture, et rien ne sera
^ Saumur, t. I, pag. i&OO.
plus aisé que de rétablir à Nantilly, d'après notre dessin, ce modeste tombeau que toutes les révolutions auraient du respecter, tant le sujet en est naturel et touchant. On y reconnaît bien les douces affections de René, son âme tendre et son esprit reconnaissant; je ne sais pas s'il existe en sculpture quelque chose de plus naïvement simple et de plus émouvant. C'est tout un petit drame entre trois cœurs dévoués. Ne nous en étonnons pas : si le frère s'appelait René, la sœur se nommait Marie d'Anjou, et Thiéphaine était leur seconde mère.
Puis, comme ces vers sont bien l'expression d'une vive sympathie :
<( La magine qui ot grand peine à nourrir de let en enfance Marie d'Anjou, reine de France, et après son frère René. »
Notez, messieurs, que Marie était née en 1404, René en 1408, et que Thiéphaine mourut en 1458. Un demi-siècle ne put donc attiédir leur reconnaissance envers la bonne nourrice. Et ils se font représenter, sur sa tombe, en poupons qu'elle serre affectueusement dans ses bras, comme pour lui dire : nous n'avons point vieilli, nous sommes toujours tes petits enfants. Cette délicatesse de sentiment est la vraie signature de René au bas de ce tombeau ; il n'est aucunement besoin d'une autre pour nous prouver que cette composition émane de lui.
Ne soyons plus surpris de l'amour vraiment irrésistible que lui porta son peuple, car il ne le traita jamais autrement qu'il n'avait traité la chère Thiéphaine. Je vous laisse, messieurs, sous l'empire de cette délicate image qui m'a séduit comme elle vous séduira. On ne
résiste pas à ces doux exemples qui n'ont d'autre tort que celui d'être trop rares dans l'histoire.