‹ Le chateau d'Angers, au temps du rois RenéChapitre 19 sur 36 · IL TOMBEAU DIT DE JEANNE DE LAVAL · texte numérisé non relu

IL TOMBEAU DIT DE JEANNE DE LAVAL

La copie que nous vous remettons, messieurs, est conforme au calque qui fait partie des collections de la Bibliothèque impériale (Gaignières, Oxford).

Ce dessin représente sur un dé de marbre noir, un édicule gothique entourant une femme, horizontalement étendue, enveloppée d'unlong manteau à collet rabattu, les mains jointes, la tête ornée d'une couronne ouverte et appuyée sur un coussin , deux écussons muets paraissent à droite et à gauche.

Ce tombeau, d'après Gaignières, était situé derrière le grand autel de Saint-Maurice d'Angers, Ce qui prouve que le dessin qui en a été fait par les ordres dudit Gaignières, fut exécuté postérieurement à l'année 1699, époque où le grand autel, de temps immémorial, placé sous le premier arc-doubleau à partir du fond de l'ab-

* Ces huit vers sont imprimés dans les Œuvres du roi René, t. I, pag. i53, avec une variante à la fin du sixième vers. On lit en effet recludit au lieu de reeondit»

soc. D'AG. 9

side, fut reporté plus en avant, sous le second arcdoubleau, toujours à partir du fond de ladite abside.

Il suit de cette explication, que le tombeau dont il s'agit, se trouvait être à peu près sous la clef de voûte de la travée placée entre le transsept et la corde de Tabside, soit en face de la porte de la sacristie, derrière le grand autel actuel ; six petites croix rouges sur le dallage en accusent remplacement précis.

Ceci duement établi, ouvrons le testament de Jeanne de Laval \ et nous y trouverons cette clause : « Item, nous voulons et ordonnons que notre corps soit ensépulturé en l'église de Saint-Maurice d'Angers, avec la reine Marie, de bonne mémoire, espouse du roy Loys, premier de ce nom, duc d'Anjou, et qu'il n'y soit fait aultre sépulture que celle qui y est.

L'ordre de cette duchesse fut-il exécuté ? Legouvello ne le croit point, car il n'hésite pas à dire, p. 37, qu'on mit cette princesse dans le caveau de René en 1498, avec les corps qui y étaient déjà, d'Isabelle de Lorraine, en 1453, et de la célèbre Marguerite d'Anjou, dès 1482.

D'un autre côté, lorsqu'on découvrit au mois de décembre 1850 la sépulture de Marie, femme de Louis I^r, à l'endroit du chœur où depuis ont été gravées les six petites croix rouges, on n'y trouva qu'un très-petit caveau et un seul corps de femme; Jeanne de Laval ne pouvait donc pas y être avec la reine Marie.

Bourdigné place également le corps de Jeanne près de celui de René ^.

* Œuvres du roi René, t. I, pag. 106.

«Fol. i 83.

Cependant il résulte d'un travail fait par M. de Beauregard en 4839 , et inséré dans les Mémoires de notre Société (4© vol., l™ livr.), qu'en 1783, lors du posage de la boiserie du chœur, des ouvriers ouvrirent le caveau de René et n'y aperçurent que trois cercueils sur des tréteaux de fer. Et M. de Beauregard ajoute que ces trois cercueils étaient, sans doute, ceux de René, d'Isabelle et de Marguerite.

Mais si Jeanne n'était ni avec René, ni avec Marie, où pouvait-elle être ?

M. T. Grille, cité par M. Chanlouineau (même vol. des Mémoires de notre Société, page 44), nous apprend qu'elle avait été inhumée séparément au pied du mausolée de René et d'Isabelle.

Ce point établi, l'emplacement qu'occupait la tombe noire dont vous avez le dessin sous les yeux, ne peut convenir à Jeanne de Laval, mais bien à Marie de Bretagne, femme de Louis 1er et grand'mère du roi René, morte en 1404. Cette tombe noire ne peut donc vraisemblablement représenter en effigie que ladite reine Marie.

L'archéologie toute seule nous donnerait au besoin raison, car si nous comparons les statues de René et d'Isabelle avec l'effigie noire, quelle différence de style! Comme les deux premières sont sculptées avec art et comme, au contraire, la troisième est négligée et, j'oserais dire, de forme barbare! et cependant, si cette dernière représentait Jeanne de Laval, décédée en 1498, il faudrait admettre que l'art eût rétrogradé à l'instant précis où les délicatesses de la sculpture faisaient, dès la fin du xv^ siècle, pressentir les finesses, les subtilités et les grâces de la Renaissance.

Non, l'effigie noire ne peut être de la fin du xv^ siècle; elle est trop fermement accentuée pour cela, conséquemment elle ne peut représenter Jeanne de Laval.

Ces difficultés d'interprétation ne se reproduiront pas à la vue du dessin de la nourrice Thiéphaine, car les deux charmants petits poupons qu'elle porte si amoureusement sur son sein, ne laissent aucun doute sur sa personnalité.

Mais, sans abandonner la mémoire du roi René que nous allons retrouver ici, avec toute sa candeur, il nous faut cependant quitter la cathédrale d'Angers, afin de nous rendre à Saumur, dans l'église de Notre-Dame de Nantilly, où repose l'excellente nourrice.

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