‹ Le chateau d'Angers, au temps du rois RenéChapitre 23 sur 36 · Sortie du cloître · texte numérisé non relu

Sortie du cloître

V Godard-Faultrier.

StPULTlIRE DU ROI RENÉ

Dans sa séance du 14 mai 1866, la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers, après avoir entendu la lecture de M. Godard, décida, sur la proposition de celui-ci, qu'une commission spéciale se transporterait à la cathédrale pour visiter remplacement du tombeau du roi René, et vérifier :

lo Si la scène de la mort en habit royal, qui existait autrefois, avait été peinte sur la muraille ;

2o S'il serait possible de trouver le moyen de pénétrer sans grands frais dans le caveau renfermant les cercueils de René, d'Isabelle et de Marguerite.

3° Si deux statuettes, présentement déposées au Musée diocésain, provenaient des deux petites niches situées à droite et à gauche de l'arcade qui protégeait le mausolée en question.

Le lendemain 45 mai, vers l'heure de midi et demi, se trouvèrent à la cathédrale : MM. l'abbé Joubert, ancien custode, Prévost, commandant du génie, Dainville, architecte. Rondeau, trésorier de la Société, de Farcy, nouveau membre, et Godard-Faultrier, chargé de la rédaction du rapport.

Passant derrière la boiserie du chœur (côté vers nord), nous pûmes, éclairés par des bougies, très-bien voir les lieux, et sans entrer dans plus de détails qu'il ne faut, voici le résultat de nos observations.

Sur la première question, il nous parut qu'il n'était pas aisé de se prononcer, car, si d'un côté, un petit coin de mortier, coloré, au sommet du fond de l'arcade, pouvait faire croire que ce fond avait été peint, de l'autre l'inégalité de l'enduit de la muraille devait nous laisser dans le doute. En outre, des trous à droite et à gauche du même fond et en haut, nous disposaient à penser qu'ils avaient bien pu servir de moyens d'attache pour la suspension d'un tableau. Plusieurs d'entre nous essayèrent de tout concilier en disant que le sujet de la mort en habit royal pouvait avoir été primitivement peint sur le mur et plus tard lors de sa réfection au xvie siècle, peint sur bois ou sur toile. Conclusion : Adhuc sub judice lis est.

Sur la seconde question, on tomba d'accord qu'à l'aide de deux sondages (pardon du mot qui n'est guère français), l'un derrière la boiserie, et l'autre devant, à nn point marqué d'une croix gravée sur une pierre, il serait facile et peu coûteux de se rendre compte de la situation du caveau sépulcral qui doit être en avant de l'arcade de l'ex-mausolée, sous les marches mêmes de la boiserie, faisant face à la sacristie. M. Prévost nous assura qu'après ces sondages, au moyen de trous de mineur obliquement pratiqués, l'on pourrait, sans déranger la boiserie, pénétrer dans le caveau.

Une somme de 80 à 100 francs suffirait à cet effet. Il fut entendu que l'autorisation d'effectuer cette re-

cherche serait demandée à ti^ Angebault, ainsi qu'à M. Joly-Leterme, architecte diocésain.

Sur la troisième question, examen fait des deux statuettes que Ton alla voir au Musée diocésain, dans la Cité, à la Psallette, il fut reconnu que par leur style et leur taille, elles n'avaient pu provenir des niches de l'arcade de Tex-tombeau de René.

La Commission, avant de se séparer, constata que plusieurs des fameuses chaufferettes qui se voient dans les dessins de Gaignières, présentés par M. Godard à la séance du 14 mai, existent encore , les unes peintes et les autres légèrement sculptées sur les deux colonnes de l'arcade, toujours derrière la boiserie du chœur.

Cet emblème de l'amour de René pour Isabelle se reproduit en outre deux fois, sur une troisième colonne, voisine de l'ancien trésor ou sacrarium.

M. de Farcy nous a promis de dessiner ces chaufferettes dont l'une porte encore la devise en lettres romaines : d'ardant désir. A cette occasion M. Prévost nous fît remarquer que la forme de ces caractères, ne pouvant pas remonter au delà du xvi^ siècle, fortifiait nos conjectures sur le remaniement à cette époque des peintures du tombeau de René. J'ajoutai que cette même forme qui se reproduit aussi dans les dessins de Gaignières, certifiait l'authenticité de ceux-ci.

La Commission visita également les orgues de la cathédrale, où M. de Farcy nous signala deux pieds droits en bois très-bien sculptés de l'époque de François P'; il nous montra aussi deux grandes fleurs de lis peintes contre la muraille, derrière Je buffet d'orgue, elles provenaient sans doute d'une ancienne litre.

Le 16 mai, vers midi, M. Prévost et moi, avant la séance de la Commission des bâtiments civils à la préfecture, nous fîmes part à M. Joly du projet de la Société. Il nous répondit qu'il fallait absolument obtenir de S. Exe. le Ministre des cultes l'autorisation de faire nos recherches projetées, qu'il allait en conséquence lui écrire à ce sujet avec l'agrément de Monseigneur.

Nous en sommes là.

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