‹ Le chateau d'Angers, au temps du rois RenéChapitre 4 sur 36 · Estude du roy · texte numérisé non relu

Estude du roy

Il est ici des choses qui s'expliquent d'çlles-mémes, mais il en est d'autres pour lesquelles une interprétation me paraît nécessaire. Et d'abord que doil-on entendre par salle de parement? Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture, nous apprend qu'on appelait chambre de parement la pièce où était placé le dais sous lequel s'asseyait le seigneur, lorsqu'il exerçait ses droits de justicier; celle du château d'Angers renfermait en effet un grand charlit de parement (lit de parade) garni de couette, traversin, etc., et entouré

d'un treillis de boys pour garder que les chiens se couchent dessus (fol. 7, verso de la copie dudit inventaire).

Quid de la chambre des estuves?

La chambre des estuves était un lieu où Ton disposait des cuves remplies d'eau tiède, au moyen de conduits. Avant le xvi' et le xvii' siècle, la plupart des châteaux possédaient une chambre des estuves; l'usage des bains fut beaucoup plus en usage au moyen âge, qu'à l'époque delà Renaissance et que sous Louis XIII. Les baignoires étaient le plus ordinairement en bois. On se baignait quelquefois plusieurs dans une même cuve, témoin ce passage du Roman de la Rose :

Puis revont entr'eus as estuves,

Et se baignent ensemble es cuves

Qu'ils ont es chambres toutes prestes,

Les chapelès (chapeaux) de flors (fleurs) es testes.

Les estuves du château d'Angers possédaient deux cuves baignouaires.

Que dirons-nous de la chambre des crochets? C'était un lieu où des crochets en fer, fixés symétriquement, soit au plafond, soit à la voûte, permettaient de suspendre dans des sacs de toile des liasses de papier, afin de les conserver et de les préserver de l'humidité.

La panneterie doit s'entendre de l'office où chez le roi de Sicile, comme chez les autres souverains, l'on distribuait le pain. Les panetiers étaient des officiers de la couronne chargés de cette distribution.

L'eschansonnerie était le lieu destiné à la boisson des princes.

Le jeu de paume s'entend d'une salle très-vaste où

les joueurs avec une raquette, un battoir, ou même avec la paume de la main, chassaient et se renvoyaient une balle. Au château d'Angers, l'inventaire nous apprend que cette salle regardait la rivière.

J'ignore ce que signifie la dénomination de bourjoisie, appliquée à Tune des pièces.

Vous avez sans doute remarqué, Messieurs, que les principaux appartements du château avaient emprunté leurs noms aux personnes qui les habitaient : chambres du roi, de la reine, de M"' de Saux, de Jebanne Bierdelle, de W^ Margerie, de la Jaille, de Vaudemont, de M" de Parnay, de Beauvau, de Loe, de la Boessière et de M. de Calabre. Ces personnes, dont plusieurs portent des noms historiques, composaient la petite cour du duc d'Anjou.

M. de Calabre, notamment, est Jean d'Anjou, duc de Calabre et de Lorraine, mort à Barcelone en décembre 1470; il était l'espérance et la gloire du roi René, son père. D'autres pièces tiraient leurs noms de leur destination : chambres du petit palais, du conseil, la grant salle, salle de parement, chambre des estuves, salle du jeu de paume, etc.

A quelques-unes on avait affecté des noms qui rappelaient alors leur récente construction, savoir : Galerie neuve, sur le petit jardin, contre l'oratoire du roi, portai neuf, etc.

Il en est une, dite chambre de la tapicerié, qui indique suffisamment qu'elle devait être ornée de Tune de ces magnifiques étoffes de laine à personnages, comme on savait les faire au xv* siècle.

De tout cet ensemble qu'environnaient les vastes

fossés, les courtines et nos dix-sept tours du château, il ne reste guère que la chapelle (présentement l'arsenal); la chambre du portail des champs, du côté de la place de TAcadémie; les chambres dites du portai neuf, c'est-à-dire ce petit logis ou donjon au pignon accoté de deux tourelles près le flanc méridional de la cha* pelle. Là naquit René, le 40 janvier 1408.

Les bâtiments qui faisaient face à la rivière, existaient encore au xv© siècle; de ce côté se trouvaient la chambre du conseil, la grande salle du jeu de paume contigue, et la chambre de M. de Loe.

Ce que Ton nommait la galerie neuve, sur le petit jardin, contre l'oratoire du roi, était placée sur le flanc méridional de la chapelle. L'oratoire du roi, dont les petites fenêtres ogivales avec claires-voies, furent découvertes vers 1844, existait aussi du même côté.

Nous venons de dire que la chambre du portail des champs, vers la place de l'Académie, peut se voir encore; en eflet, on la nomme présentement chambre des orgues. Par ce terme, l'on ne doit pas entendre qu'il s'agisse dé l'un de ces grands instruments dont la voix remplit si majestueusement l'enceinte de nos églises. Les orgues dont il est question ici, sont en termes de fortifications < des pièces de bois suspendues à un moulinet, sous le milieu des portes, et qu'on peut faire tomber pour fermer promptement l'entrée, en cas de surprise. On a substitué les orgues aux herses, parce qu'on pouvait empêcher la herse de tomber et que les orgues n'ont pas le même inconvénient. » (Encyclopédie du XVIII* siècle.)

Notre château avait donc, au xv« siècle, deux issues ;

Tune où elle est encore vers nord, et l'autre dite porte des champs, vers l'est.

N'attendez pas de moi, Messieurs, que j'entreprenne d'écrire une monographie du château, travail qui va de droit à notre nouveau et savant collègue, M. le commandant du génie Prévost; je me borne uniquement à vous parler de ce qui a trait à nos inventaires. Et cependant qu'il me soit permis de vous citer une inscrip' tion qui se trouve à la voûte en saule pleureur, d'un petit escalier à tige du xV siècle, situé près de la chapelle, vers nord : je crois qu'il n'a pas encore été démoli. Or, en 1844, on lisait, au sommet, ces quatre mots divisés par des espaces en six syllabes : en di eu EN co IT, c'est-à-dire en Dieu en coit. J'avoue que ce dernier mot fut pour moi longtemps inintelligble. Enfin la lumière se fit, en lisant un travail de M. H. Faugeron, alors élève de l'École des chartes, sur une légende rimée de sainte Marguerite, de l'époque du xiv© siècle et insérée dans votre Répertoire archéologique de février 1861 . Or, à la page 49, je lis dans le texte de la légende :

( Moût {muUumj beaucoup) commença Dieu à amer.

<r Et son corage coiement^ etc. i>

Puis en note : « Coiementy nous disons encore : Se tenir coi, de quietus, coiement, quietâ mente. t>

Il suit de là que le coit embarrassant signifie repos. Notre inscription peut donc se traduire ainsi : en Dieu, en repos. Cette devise, appropriée à la voûte d'un escalier, est pieuse et charmante; en effet, que trouvet-on au sommet de toutes choses? Dieu I et au sommet d'un escalier? la dernière marche, c'est*à-dire le com-

mencement du repos. Et voilà comment nos pères savaient donner aux pierres un langage, chmabit lapis a pariete.

Revenons maintenant à notre inventaire.

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