LOUISE DE LORRAINE
REINE DE FRANCE
Louise de Lorraine, reine de France, fille de Nicolas, comte de Vaudémont, et de Marguerite d’Egmont, sa première femme; naquit le 3o avril 1 553. Sa beauté séduisit le duc d’Anjou (depuis Henri III) lorsque, se rendant en Pologne, il s’arrêta à la cour de Lorraine; mais Catherine de Médicis s’opposait secrètement à cette union, dans la crainte que cette princesse, devenue reine, ne l’éloignât des affaires à la sollicitation du cardinal de Lorraine , son oncle. Après la mort de ce prélat, elle fut la première à presser ce mariage, de peur que le roi ne préférât mademoiselle d’Elbeuf, dont les attraits et l’esprit vif avaient fait quelque impression sur son cœur. « La reine-mère, dit un » historien du temps, espéroit que de si belle et » sage princesse de Vaudémont le roi pouvoit tost
» avoir belle lignée; ce qui lui fit surtout envie, » ce fut son esprit doux et dévot, qu’elle jugea » plus propre et adonné à prier Dieu qu’à se mes- » 1er des affaires. » Louise aimait le prince Paul de Salm ; mais
« L’amour ne règle pas le sort d’uue princesse. »
Henri III lui offrit sa main et sa couronne; et elle vint s’asseoir sur le trône de France; son mariage fut célébré à Reims le i5 février 1 5^5. On raconte que François de Luxembourg, comte de Brienne, qui avait aussi demandé la main de la princesse de Vaudémont, s’étant rendu à cette cérémonie, le roi lui dit : « Mon cousin , j’ai épousé votre maîtresse , » mais je veux en contre-change que vous épou- » siezla mienne , » entendant mademoiselle de Châteauneuf, qui avait été sa favorite. Luxembourg le pria de l’en excuser. « Non, non, reprit le roi, je » veux que vous l’épousiez tout à l’heure. » Le comte ayant obtenu trois jours de patience, il monta à cheval , et se retira de la cour en toute diligence.
Henri III, dominé par d’autres goûts, n’aima pas long-temps sa nouvelle épouse, mais il l’honora toute sa vie; c’est un hommage que le vice fut contraint de rendre à la vertu. La reine était aussi simple dans ses vèlemens que le roi était recherché
dans sa toilette. Elle ne partageait , de la bizarrerie de ses caprices , que sa passion pour les petits chiens *et les singes. « Lorsque, le i4 juillet 1576, elle re- » vint de Normandie, son coche était tout garni de » guenons , petits chiens et perroquets. » Elle gémissait des désordres de son époux, sans chercher jamais à se venger de ses scandaleuses infidélités. « Je sais, dit Brantôme, qu’une fois une de ses » dames les plus privées fut un jour si présomp- » tueuse de lui remontrer, en riant et gaudissant, » que, puisqu’elle ne pouvoit avoir d’enfans du » roi (1), elle feroit bien emprunter quelque aide, » filtre ou secret pour s’en faire avoir, afin que, si » le cas advenoit que le roi vînt à mourir, elle pust » être un jour reine mère du roi, et tenir même » rang et grandeur que la reine sa belle-mère; mais » elle rejeta bien loing ce conseil bouffonesque , et » oncques plus n’aima cette bonne dame conseil- » 1ère. »
Des actes de dévotion et de charité remplissaient sa vie tranquille et régulière; elle visitait les hôpitaux , pansait elle-même les malades , et portait ce
(1) « Au mois de janvier 1579, le roi alla faire la fête de la Chandeleur en » l’église de Chartres, et y prit deux chemises de Notre-Dame, une pour lui, » l’autre pour la reine sa femme, en espérance d’avoir un enfant par la grâce » de Dieu et des chemises. » ( Journal de Henri III. )
pieux courage jusqu’à ensevelir les morts. Elle fonda les messes des prisons, et donna la première idée de l’illumination régulière de la capitale, en faisant établir dans tous les coins de rue des luminaires qui s’allumaient devant les images des saints.
Après l’assassinat de son mari par Jacques Clément, elle remit à Henri IV cette requête pour demander la punition des meurtriers : « Sire, je ne » vous représente point l’affliction commune, ni le » devoir d’un légitime successeur; mais une dou- » leur qui m’est particulièrement sensible par- » dessus toutes les angoisses qui se peuvent ima- » giner, et qui ne peut recevoir allégeance que par » une pleine justice du parricide commis en la per- » sonne du roi, mon seigneur et mon époux; et » pour ce, d’autant que vous tenez, sire, le prieur » des jacobins de Paris, principal autheur et insti- » gateur d’un meurtre si détestable. Je supplie V. M. » me faire justice au châtiment des coupables, prin- » cipalement de cettui-cy, afin que, votre règne » commençant par un tel devoir de piété, Dieu » donne si bon succès à vos entreprises, que vous » ayez victoire sur vos ennemis et l’accroissement » de votre gloire. »
Cette requête, « lue en présence de S. M., des
» princes, maréchaux et principaux seigneurs de » la cour, émut tous les cœurs. ». Henri IV prodigua à l’auguste veuve les plus nobles consolations; mais il évita prudemment d’élever un procès qui ne pouvait qu’ajouter aux troubles dont la France était déchirée. La veuve de Henri III conserva son ressentiment contre les princes lorrains, qu’elle accusait du meurtre du roi; et, à la réconciliation de Mayenne avec Henri IV, on la vit s’opposer à ce que l’acte d’amnistie, où se trouvaient compris les chefs de la ligue, fût enregistré par le parlement.
Retirée à Chenonceaux, en Touraine, elle y passa deux ans dans le plus grand deuil ; elle s’y renfermait dans un cabinet tendu de drap noir tout parsemé de larmes; et là, elle passait des jours entiers à pleurer Henri III. Quekpies historiens prétendent que le souvenir du prince Paul de Salm se mêlait quelquefois à ses regrets. De Chenonceaux, elle se retira au château de Moulins, où elle consacra aux pratiques de la religion les dernières années de sa vie. Elle mourut le 29 janvier 1601.
Cette princesse, dans son testament, rempli de legs pieux, laissa une somme destinée à bâtir un couvent de capucines à Bourges, où elle désirait être enterrée. Ce vœu ne fut point accompli : Henri IV
ordonna que ce couvent fût bâti au faubourg Saint- Honoré à Paris : il occupait l’emplacement où se trouve aujourd’hui la rue de la Paix. C’est là que le corps de la reine Louise reçut la sépulture.
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LE MÊME