‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 20 sur 68 · DUCHESSE DE GUISE, COMTESSE D*>E U · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE GUISE, COMTESSE D*>E U

Catherine de Clèves , duchesse de Guise , comtesse d’Eu, naquit, en i548, de François de Clèves, duc de Nevers et comte d’Eu , et de Marguerite de Bourbon-Vendôme. Elle épousa en premières noces Antoine de Cr'oy, prince de Porcien , dont elle fut tendrement aimée. S’il faut en croire les mémoires du temps, son amour pour son mari ne fut ni aussi vif ni aussi fidèle : elle ne se montrait pas insensible au mérite de Henri de Lorraine, duc de Guise. Le prince de Porcien, qui soupçonnait cette inclination, en conçut une violente jalousie : saisi, en sortant des Tuileries, d’une fièvre chaude qui l’emporta en i564, à l’âge de vingt-six ans, il appela sa femme à son lit de mort : « Vous êtes jeune et belle , » lui dit-il ; j’ approuvé que vous soyez remariée: je

» vous laisse le choix entre tous les partis, et de tout » le royaume : je n’excepte qu’un seul homme, c’est » le duc de Guise ; c’est l’homme du monde que je » hais le plus, et je vous demande en grâce que » mon plus grand ennemi ne soit pas héritier de ce » que j’ai le plus aimé de tous mes biens. » L’amour parla plus haut que cette exhortation. Varillas rapporte que le duc de Guise ayant été averti que Charles IX voulait le faire périr, consulta la duchesse de Guise et de Nemours, sa mère, qui lui repartit qu’il ne pouvait éviter le coup qui le menaçait qu’en se remariant la même nuit : « Elle se » chargea de lui trouver une femme : elle manda la » princesse de Porcien , qui ne jugea pas à propos » de refuser le parti qui se présentait. iUnsi le rna- » riage fut proposé, négocié, conclu, consommé, » et la duchesse se trouva grosse; et le tout arriva » dans l’espace de quatre heures. Le roi, l’ayant » appris à son réveil, révoqua l’ordre qu’il avait » donné à Latour-Gondy. » Quelques critiques ont élevé des doutes sur cette brusque union : quoi qu’il en soit, Catherine de Clèves, après six années de veuvage, épousa, en 1670, Henri le Balafré, qu’elle aimait depuis long-temps.

Elle avait du penchant à la galanterie; et, se fai-

saut peut-être une excuse des infidélités de son mari, elle parut accueillir avec bienveillance les hommages de Saint-Mégrin. Les parens et les amis du duc de Guise le sollicitèrent de punir les assiduités de ce favori du roi, qu’ils haïssaient. Leduc promit de se venger. Un jour, dès les quatre heures du matin , il entre dans la chambre de la duchesse, tenant un poignard d’une main et de l’autre une écuelle d’argent remplie d’une liqueur noirâtre, et lui dit :« Choisissez ! » La duchesse prend l’écuelle, avale ce qu’elle contenait, et se met à genoux devant son oratoire pour recommander son âme â Dieu; mais, comme le prétendu poison était un excellent consommé, elle n’éprouve, à sa grande surprise, aucun mal : son mari revient une heure après , et lui avoue en riant sa ruse. Cette raillerie, où perçait l’orgueil de Guise , qui , comme César, ne voulait pas même que sa femme fût soupçonnée, ne désarma point la fureur de sa famille contre Saint-Mégrin. « Ils l’attendirent au nombre de vingt » cavaliers au sortir du Louvre à minuit, et lui don- » nèrent trente-trois coups d’épée ou de pistolet, » presque tous mortels. Le roi n’en témoigna rien, » parce qu’on lui rapporta que Ton croyoit avoir » remarqué parmi les assassins un homme qui, à

« sa taille extraordinairement haute, et à ses mains » faites en épaules de mouton , paroissoit être le duc » de Mayenne. »

Lorsqu’on 1 588 Catherine devint veuve par l’assassinat du duc de Guise aux états de Blois , « elle » pleura luctueusement son mari, qu’elle appelait » le non- pair du monde. » Elle devint l’objet de l’adoration des Parisiens; on la vénérait comme une sainte. Elle porta plainte en justice contre Henri III : voici en partie la teneur de la requête bien remarquable qui fut présentée et accueillie au parlement, en 1^89 :

« Le peuple et les héritiers des défunts duc et » cardinal de Guise, contre Henri de Valois, jadis » roi de France et de Pologne , disent que ledit Henri » de Valois sera condamné à faire amende hono- » rable, nu en chemise, la tête nue et pieds nus, » la corde au col , assisté de l’exécuteur de la haute » justice, tenant en sa main une torche ardente de » trente livres....; que dès à présent il sera déclaré » indigne de la couronne de France...., outre qu’il » sera banni et confiné à perpétuité au couvent et » monastère des Hiéronymites , près Vincennes, » pour là y jeûner au pain et à l’eau le reste de ses » jours. y>

Catherine de Clèves était de la religion réformée du vivant du prince Porcien, son premier mari. Lorsqu’il fut mort, elle se fit catholique dans la chapelle de Saint-Germain-en-Laye, à l’instance de la reine Catherine de Médicis, sa marraine. Elle mourut le ii mai i633, à l’âge de quatre-vingtquatre ans, et fut inhumée à Eu, dans la chapelle du collège qu’elle avait fondée : son cœur était enfermé dans une urne de bronze placée sur une colonne érigée dans le chœur de l’église, où on la voit encore aujourd’hui.

CHARLES DE LORRAINE

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