CARDINAL DE GUISE
Louis de Lorraine , cardinal de Guise , archevêque de Reims, troisième fils de François de Lorraine et d’Anne d’Est-Ferrare, naquit le 6 juillet 1 555. Dévore, comme ses frères, d’une profonde ambition , il s’associa à toutes leurs intrigues pour déposséder du trône Henri III : l’influence de la pourpre romaine dont il était revêtu servait habilement les intérêts de la ligue. Moins audacieux que le Balafré , il lui conseillait, aux états de Blois, de se retirer pour déjouer les projets du roi; il croyait à ses pressentimens. L’avis de l’archevêque de Lyon , qui s’accordait avec la fierté de Guise , prévalut : Henri de Lorraine demeura et fut massacré. Pendant cet assassinat, le cardinal, qui était assis au conseil, entendant la voix gémissante de
son frère , voulut se lever pour voler à son secours : « Ah ! disait-il , voilà mon frère que Ton tue ! » Mais le maréchal d’Aumont mettant la main sur son épée : « Ne bougez, dit-il, mort-dieu! monsieur, » le roi a affaire de vous. » L’archevêque de Lyon, qui était près de lui, s’écria : « Notre vie est entre » les mains de Dieu et du roi ! » Henri III fit enfermer les deux prélats dans une espèce de grenier, et parut un moment disposé à ne pas les faire périr : mais, indigné de ce que le cardinal de Guise l’avait forcé de changer à l’impression la harangue qu’il avait prononcée aux états de Blois, parce qu’il la trouvait trop hardie pour un roi , ne lui pardonnant pas surtout d’avoir dit « qu’il ne vouloit pas mou- » rir qu’auparavant il n’eût mis et tenu la tête du » tyran entre ses jambes pour lui faire la couronne » avec la pointe d’un poignard, » il fit venir Lognac ; mais ce meurtrier du duc de Guise eut des scrupules pour frapper un cardinal. Dugast , capitaine des gardes, offre son bras. Le 24 décembre i588, il entre dans la chambre où les deux prélats étaient gardés ; il les voit à genoux, et, sans s’émouvoir, dit à l’archevêque de Lyon de le suivre , parce que le roi le demandait. Le cardinal, croyant que l’on conduisait l’archevêque à la mort, lui dit : « Monsei-
» gneur, pensez à Dieu! » L’archevêque, devinant mieux quelle était la commission du capitaine des gardes, répliqua : « Pensez-y vous-même , monsei- » gneur ! » Dugast revient trouver le cardinal : « Le » roi, lui dit-il, m’ordonne de vous faire mourir. » Le cardinal s’incline, et après une courte prière : « Exécutez, dit-il, votre commission. » Et il couvre sa tête de sa robe, et il reçoit le coup fatal. On brûla son corps comme celui de son frère, de crainte que les partisans de la ligue n’adorassent leurs restes mortels comme des reliques de saints. Le peuple l’associa aux hommages fanatiques rendus à la mémoire du Balafré; et la Sorbonne répondit à la nouvelle delà mort d’un cardinal par un décret qui déliait les Français du serment de fidélité envers leur roi.
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