‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 23 sur 68 · DUC DE NEMOURS · texte numérisé non relu

DUC DE NEMOURS

Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, gouverneur du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais, chevalier de l’Annonciade, fils aîné de Jacques de Savoie, duc de Nemours, et d’Anne d’Est-Ferrare, veuve de François de Lorraine, duc de Guise , naquit au château de Nanteuil, en février 1 567.

S’étant trouvé aux états de Blois en 1 588 , lors de la mort du duc de Guise et du cardinal son frère, il y fut arrêté comme un des chefs ligueurs. Il s’échappa sous un déguisement et se sauva à Paris. Il avait reçu précédemment du roi, après la mort de Mandelot, la charge de gouverneur de Lyon. Dès que les Lyonnais surent son évasion , ils se déclarèrent du parti de l’union, et jurèrent de lui obéir. Fort de leurs dispositions favorables, il partit

pour leur ville. Quelques-uns des plus ardens allèrent au-devant de lui jusqu’en Bourgogne, pour lui proposer d’arrêter, à son passage dans leurs murs, Christine, fille du duc de Lorraine, qu’il avait recherchée en vain, et qui, mariée par ambassadeur à Ferdinand, grand-duc de Toscane, allait s’embarquer à Marseille. Christine était en proie aux craintes les plus vives; mais le duc de Nemours l’assura qu’elle n’éprouverait aucune offense par suite de ses prétentions passées.

Il combattit pour la ligue aux journées d’Arques et d’Ivry. Après cette dernière bataille , il se sauva dans Chartres. Bientôt il vint à la défense de Paris, et en fut gouverneur pendant le siège qu’en fit Henri IV en iôgo. Il fit fortifier la ville par les Parisiens eux-mêmes , que les seigneurs allaient animer par leur présence et les prédicateurs par leurs exhortations. Il fit fondre des canons; il fît porter par le parlement un arrêt contre quiconque parlerait de composition avec Henri, et vendit, pour avoir de l’argent, les ornemens d’or et d’argent qui étaient peu nécessaires dans les églises , ainsi que les anciens joyaux de la couronne de France. Il montra de l’habileté et de l’énergie dans ces circonstances difficiles, repoussa souvent les assiéii. il

geans par des sorties, excita l’élan du peuple par des revues, et employa tous les moyens de résistance. « ïl ne dormoit ne nuit ne jour, dit Pierre de » L’Estoile, et souvente fois mettoit lui-même la » main à l’œuvre. »

Le peu d’accord qui existait entre lui et le duc de Mayenne le fit se retirer dans son gouvernement du Lyonnais. Il y arriva, vers la fin du mois de mars 1 5qi , avec de belles troupes, qu’il y augmenta encore. A la tête de mille chevaux, il tint la campagne dans le Lyonnais, l’Auvergne et le Bourbonnais. Il prit Espoisse, le château de Bressy, plusieurs places en Dombes , Saint-Poursain , et passa dans le Berri pour faire lever au prince de Conti le siège de Selles. Il arriva trop tard, car Lignerac, qui y commandait, n’attendant pas son secours, venait de capituler. Le duc de Nemours retourna alors dans son gouvernement. L’année suivante il rompit, sous quelques prétextes, la trêve entre le Lyonnais et le Dauphiné. Il s’avança vers Vienne avec ses troupes. Le gouverneur Mangeron lui livra les forts qui commandaient la ville, et les habitans se virent contraints de lui ouvrir leurs portes. De là il alla assiéger le fort des Échelles, et l’emporta d’assaut.

Le ‘i i septembre 1 5q3 , les Lyonnais, qui se plai-

gnaient de sa domination oppressive, se révoltèrent contre lui, firent des barricades, prirent les armes et attaquèrent sa demeure. 11 fut forcé de se rendre prisonnier avec beaucoup des siens, et on le renferma au château de Pierre-Encise. Le duc de Nemours avait l’ambition d’être élu roi de France, comme le prouvèrent des instructions trouvées dans le bagage du baron de Ténissé après qu’il eut été battu par Vaugrenant près de Dijon. Mais le duc de Mayenne, qui connaissait ses projets, et qui, de son côté , voulait réunir le Lyonnais à son gouvernement de Bourgogne , fit , dit-on , exciter contre lui ce soulèvemen t par l’archevêque de Lyon , Pierre d’Espinac. Nprès dix mois de captivité, le 26 juillet 1594, le duc de Nemours s’évada de sa prison sous les habits de son valet de chambre. Il rassembla en peu de temps des troupes assez nombreuses, et voulut se venger des Lyonnais en venant serrer leur ville et les obliger à reconnaître son autorité. Mais le connétable de Montmorency, qui avait reçu l’ordre du roi de s’opposer aux desseins du duc de Nemours, le pressa de près dans Vienne, et le mit dans une position difficile. Celui-ci, abandonné par les trois mille Suisses que lui avait envoyés le duc

de Savoie, se rendit auprès du connétable de Cas-

If.

tille pour l’engager à marcher vers Lyon. N’ayant pu le persuader, et ayant appris la reddition de Vienne, qui était sa seule retraite en France, il en prit une telle affliction , qu’il devint d’une faiblesse extrême. Il ne se sentait plus même la force de monter à cheval. Il se retira à Annecy pour tâcher de se guérir avec du repos ; mais il y mourut après quatre mois de maladie, en juillet i5q5. Ses derniers momens furent admirables de religion, de patience et de vertu. Palma Cayet les raconte d’une façon touchante dans le septième livre de sa Chronologie novennaire .

Honoré d’Urfé, dans ses Epîtres morales, fait un bel éloge du duc de Nemours.

Selon le Journal de Pierre de L’Estoile, le bruit courut qu’il était mort empoisonné.

FRANÇOIS DE BOURBON

DUC DE MONTPENSIER

François de Bourbon , duc de Montpensier, fils de Louis de Bourbon II , duc de Montpensier, et de Jacqueline de Longwic, né en 1 542, épousa, en i566, Renée d’Anjou, marquise de Mézières et comtesse de Saint-Fargeau, fille unique et héritière de Nicolas d’Anjou et de Gabrielle de Mareuil.

Du vivant de son père , il portait le nom de Dauphin d Auvergne. A l’âge de vingt ans , il assista au siège de Rouen : plus tard, en 1669, il signala sa valeur dans les batailles de Jarnac et de Montcontour, où il servait dans l’armée du duc d’Anjou, depuis Henri 111.

En 1 58a , lorsque le duc d’Alençon , devenu à son tour duc d’Anjou, aspirait à la souveraineté des Pays-Bas et à la main de la reine Elisabeth , le duc

de Montpensier, qui avait été envoyé en ambassade auprès de cette princesse, se rendit à son retour auprès du frere du roi, avec une armée de dix mille hommes. Le duc d’Anjou résolut d’employer ce renfort à se venger des habitans d’Anvers, qui avaient massacré des Français, sur le soupçon que le coup de pistolet tiré sur le prince d’Orange, dans la cérémonie de la réception du duc d’Anjou comme duc de Brabant, avait été commandé par ce prince. « C est Anvers, dit-il au duc de Montpensier, qu’il » faut surprendre et punir ! Je compte sur vouspour » animer la fureur du soldat. — Non, monsieur, » reprit le duc de Montpensier, je m’appelle Bour- » bon , et je ne démentirai point un sang aussi pur :

» ne comptez sur moi que quand il s’agira d’en- » treprises justes et honorables. »

En i58g, après le rapprochement de Henri 111 avec Henri roi de Navarre, le duc de Montpensier se porta sur la Normandie avec un corps de trois à quatre mille hommes , et battit complètement le duc de Brissac, qui était venu prendre, au nom de la ligue, le commandement d’un corps de seize mille paysans, qu’on appelait les Gautliiers (du nom de Lachapelle-Gauthier, premier lieu de leur rassemblement). Après la mort de Henri III, il se

rangea avec empressement sous les drapeaux de Henri IV, qu’il aimait autant qu’il l’admirait : il eut l’honneur de commander l’avant-garde de son armée au combat d’ Arques; et il se couvrit de gloire à la bataille d’Ivry, avec les Conti, les Biron, les La Trémouille, les Duplessis-Mornay.

Il mourut à Lisieux, le 4 juin 1 592 ; il n’était âgé que de cinquante ans. Il unissait à un brillant courage des talens militaires et les vertus de la vie privée. Il n’aimait pas la flatterie : si on lui rappelait ses succès : « Oui, disait-il, là peut-être j’ai bien » fait; mais, dans beaucoup d’autres occasions, j’ai » commis des fautes. »

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