MARIE TOUCHEE
( Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal. )
Touchet (Marie) naquit en i549* Le Laboureur prouve que son père était lieutenant particulier au présidial d’Oflé&ns, et non apothicaire, parfumeur ou notaire, comme l’avaient dit plusieurs historiens. Sa mère était Marie Matliy, fille naturelle d’Orable Mathy, médecin du roi. Marie Touchet était fort belle. Charles IX en devint amoureux pendant un des séjours de la cour à Orléans. Il la chérit avec tendresse; Marie l’aima à son tour du fond du cœur. C’était dans les appartemens du château de Madrid qu’ils se plaisaient à isoler leurs amours. On sait que ce prince, qui aimait les poètes de son temps (i), faisait lui-ipême des vers : en voici qu’il composa pour Marie :
, Toucher , aimer , c’est nia devise ,
De celles-là que plus je prise ,
(1) «Bien souvent, quand il faisoit mauvais temps, ou de pluye, ou
Bien qu’un regard d’elle à mon cœur Darde plus de traits et de flamme Que de tous l’Achérot vainqueur N’en feroit onc appointer dans mon âme.
Lorsqu’on traitait du mariage du roi avec Elisabeth d’Autriche, Marie se fit apporter le portrait de cette princesse, et, après l’avoir regardé, elle dit : « L’Allemande ne me fait point de peur. » Charles IX en effet ne cessa point de l’aimer jusqu’à la mort. Dans ses derniers instans, triomphant, par la seule pensée de Marie, de cette indifférence qu’il avait pour tout ce qui était la vie, il la recommanda beaucoup à M. Delatour , maître de la garde-robe, n’osant pas en parler à la reine sa mère. Papyre Masson , dans son abrégé de la vie de Charles IX , dit que le roi, dans les intervalles de sa longue maladie, alla voir une fois sa maîtresse, et qu’on soupçonna que les plaisirs qu’il prit imprudemment avec elle augmentèrent son mal et hâtèrent sa fin.
Marie avait eu deux enfans de Charles IX ; le premier mourut jeune; le second fut Charles, dit le
» d’un extresme chaud, ii envoyoit quérir messieurs les poètes en son ca-
» binet, et là passoit son temps avec eux Entre autres poètes qu’il ai-
» moii le plus , ëtoient messieurs de Konsard , Dorât et Baïf , lesquels il » vou\oit toujours qu’ils composassent quelque chose.... »
(Brantôme,)
Bâtard de Valois, quoique reconnu dès sa naissance, grand-prieur de France, puis comte d’Auvergne et de Lauraguais, et après duc d’Angoulême et comte de Ponthieu.
Charles IX mort, Marie Touchet, qui l’avait aimé véritablement, et qui avait eu la prudence de ne se mêler jamais en rien des affaires del’ État, ne Se vit point méprisée à la cour ni forcée de s’en éloigner. François de Balzac d’Entragues , goùverneur d’Orléans, aimait depuis long-temps Marie Touchet , mais avec tant de passion qu’on l’appelait par moquerie d’ Entragues-Touchet. Il l’épousa vers la fin de 1578, quatre ans après la mort de Charles IX. Ce mariage assura à Marie une place honorable à la cour sous Henri III et sous Henri IV ; et la sagesse de sa conduite ajouta encore à l’éclat de sa position. « La seule faute que Marie Touchet ait eu » à racheter est sa faiblesse pour Charles IX; sa » vertu ne se démentit point après son union avec » d’Entragues. Chaste épouse et mère tendre , elle » ne négligea en aucun temps les soins que com- » mandaient l’âge et l’instruction des deux filles » nées pendant son mariage, et qui lui causèrent » cependant d’assez vifs chagrins. Toutes deux se « firent connaître, l’aînée, Henriette de Balzac
» d’Entragues, par sa liaison avec Henri IV, et » Marie de Balzac, la pins jeune, par le scandale » de son amour pour Bassompierre (i). »
Pierre de Saint-Romuald raconte un fait qui, s’il est vrai, prouve combien elle fut sévère sur l’honneur de ses filles : il dit « qu’un page de son » mari ayant violé, dans le cabinet d’un jardin , » l’une de ses filles, toute jeune et d’excellente » beauté, par une passion insensée d’amour, Marie » le poignarda sur-le-champ, ôtant la vie à celui » qui avait ôté l’honneur à sa fille. » Ce qu’il y a de certain c’est que, d’après les mémoires de Sully, elle mit le plus d’entraves qu’elle put à l’amour d’Henri IV.
A la mort de ce prince, elle vécut dans la retraite, nourrissant son esprit de lectures saines et austères; Plutarque était son auteur de prédilection. Elle mourut à Paris, le 28 mars i638, âgée de quatre-vingt-neuf ans. Elle fut enterrée dans l’église des Minimes de la place Royale. Une lame de cuivre, renfermée dans son tombeau, portait son épitaphe.
D’après un portrait de Marie, fait de son temps,
(t) Amours et Galanteries des rois de France , par saint Mme.
et qu’avait vu Dreux du Radier, elle avait un visage plus rond- qu’ovale, les yeux vifs et bien fendus, le front plus petit que grand, le nez d’une juste proportion , la bouche petite , le bas du visage admirable. Le Laboureur dit que c’était une femme d’un esprit aussi incomparable que sa beauté , et que l’anagramme qu’on fit de son nom, Marie Touchet , je charme tout , était fort juste.