‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 4 sur 68 · GASPARD DE COLIGNY · texte numérisé non relu

GASPARD DE COLIGNY

( Peint sur bois par Gonzales.)

Gaspard de Coligny, deuxième du nom, amiral de France, naquit à Châtillon-sur-Loing, le 1 6 février i5i6.

La bataille de Cérisoles , la bataille de Reinti , la défense de Saint-Quentin, furent ses premiers titres à la gloire. Les intrigues de Catherine de Médicis le forcèrent, après la mort de Henri II , de se mettre avec Condé à la tête du parti des calvinistes contre les Guises. Depuis cette époque sa vie ne fut plus qu’un combat souvent malheureux, toujours glorieux pour lui. Ainsi, vaincu à Dreux, privé de Condé à Jarnacpar un assassinat, défait lui-même à Montcontour, il ne se laissa jamais abattre; et telle était la confiance qu’inspirait son caractère, malgré ses revers, que son parti ne désespéra jamais de sa fortune, La cour de Charles IX, qui avait le secret

de cette puissance, demanda à la ruse ce que les armes n avaient pu obtenir; elle signa en 1571, avec lui, une paix en apparence avantageuse, et l’accueillit avec un empressement mêlé des plus vives

caresses C était pour mieux cacher ses horribles

projets. Un soir que l’amiral sortait du Louvre un assassin, aposté par les Guises, Maurevert lui tira un coup d’arquebuse du cloître de Saint-Germain 1 Auxerrois, où il s’était caché. L’amiral ne se méprit point sur la main qui avait dirigé le coup : « Voilà, s’écria-t-il, le fruit de ma réconciliation » avec le duc de Guise. » Cet attentat n’était que le prélude d’un crime encore plus grand. Charles IX méditait la Saint-Barthelemy : une des premières victimes devait être Coligny. En effet, le 24 août, un domestique de la maison de Guise entre l’épée à la main chez l’amiral, qu’il trouve assis dans un fauteuil : «Jeune homme, lui dit-il, tu devrais res- » pecter mes cheveux blancs; mais fais ce qu’011 » t’a ordonné; tu n’abrégeras ma vie que de quel- »ques jours. » Sans pitié, sans respect pour cinquante ans de vertus et de gloire, ce misérable le perce de plusieurs coups, et jette son corps par la fenêtre; on lui coupe la tête, on la porte à Catherine de Médicis, on suspend ses restes à un gibet de

Montfaucon, et la cour va le contempler dans un appareil de triomphe et de fête!

Ainsi périt un héros, un homme de bien : son noble caractère, son courage plus grand que la fortune, les ressources de son génie, l’austérité de ses mœurs, la fermeté de ses principes trop purs pour les temps où il a vécu , ont marqué la place de Coligny dans l’estime des hommes; il ne manqua rien à sa gloire, car sa mort ne fut pas moins courageuse que sa vie.

ANTOINE DE BOURBON

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