DUC DE MERCOEUR
Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur , fils de Nicolas , comte de Yaudémont , et de Jeanne de Savoye-Nemours, sa seconde femme, naquit le 9 septembre 1 558. Il était frère de Louise de Lorraine, femme de Henri III , roi de France. Il épousa, le 12 juillet 1675, Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre. « La reine-mère, dit le «Journal de L’Estoile, mangea tant au repas de » noces, qu’elle cuida crever. »
Son caractère remuant et ambitieux le lia d’abord avec Henri , duc de Guise. Il fut sur le point d’être arrêté en i588, aux états de Blois, le jour où fut tué le Balafré; mais, sur l’avis que lui donna la reine Louise, sa sœur, il échappa à ce péril. Il se déclara alors pour le parti de la Ligue; mais, ne
voulant pas reconnaître la suprématie du duc de Mayenne, il conçut le projet de se rendre souverain en Bretagne à l’aide des prétentions de Marie de Luxembourg , sa femme , héritière de la maison de Penthièvre. Il trouva dans son gouvernement beaucoup de gentilshommes disposés à seconder cette entreprise ; mais, ne se sentant pas assez fort contre les troupes que Henri IV lui opposa , il appela à son secours les Espagnols; de son côté, Henri eut recours aux Anglais. Les deux nations sollicitées envoyèrent des troupes qui perpétuèrent la guerre dans cette province. Le roi , cependant , avait quelques scrupules sur les droits du duc de Mercœur à la possession de la Bretagne : le cardinal d’Ossat écrivit de Rome au monarque, en 1 594 > une lettre pour rassurer sa conscience ; et Duplessis Mornay le pressa , en 1 5g5, « de tourner » la tête vers le duc; que jamais il n’auroit meilleur » marché de la guerre, rencontrant un homme qui » ne sauroit ni se rendre ni se défendre. » Le duc avait battu à Craon , en 1 ôga , les princes de Dombes et de Conti ; il fut moins heureux en 1 5q4 et iôqô, avec le duc d’Aumont. Enfin, voyant que de toutes parts les seigneurs attachés à la ligue faisaient leur soumission à Henri IV; effrayé sans
doute aussi de la marche du roi , qui s’avançait en personne contre lui avec une armée habituée à la victoire, Mercœur finit par se soumettre; et , le 26 mars 1698, à la paix générale de Vervins, « le Parv lement vérifia un édit du roi en faveur du duc de » Mercœur, portant l’oubli du passé; que le duc, » en remettant entre les mains de S. M. les places » et les forces qu’il avait en Bretagne, aurait deux » cent trente-six mille écus de dédommagement » pour les frais de guerre, dix- sept mille écus de » pension , et une compagnie de cent hommes » d’armes. » Le duc de Mercœur se rendit à Angers pour y saluer le roi, qui le reçut à merveille. Cet édit, ces avantages, ces caresses étaient les préliminaires du contrat de mariage, qui fut passé le lendemain même entre César- Vendôme , fils du roi et de Gabrielle d’Estrées , âgé seulement de quatre ans, et de Françoise de Lorraine, âgée de six ans, fille du duc de Mercœur. « Ainsi, dit le sévère » Sully, le roi, cajolé par toutes ces femelles, con- » descendit à tout , n’étant pas à son pouvoir de » rien refuser aux larmes et aux supplications de » sa maîtresse. « C’est de cette union, et des libéralités dont Henri IV l’accompagna que sont venus
les grands biens de la maison de Vendôme.
Soit impatience du repos , soit regret de se trouver confondu avec les courtisans du roi de France, après avoir affecté en Bretagne les droits de souverain (i), le duc de Mercœur sollicita et obtint, en 1601, par l’entremise de la reine Louise, sa sœur, veuve de Henri III, le commandement de l’armée de l’empereur Rodolphe II contre les Turcs. Il se distingua en Hongrie par sa vaillance et son habileté : à la tête d’une faible troupe, il contraignit Ibrahim Bassa de lever le siège de Canicha, et prit Àlbe-Royale ; mais, n’ayant plus de vivres, et ne pouvant lutter contre une armée de soixante mille hommes , il fit une retraite qui fut admirée comme la plus belle que l’Europe eût vue depuis longtemps. Telle était la terreur qu’il avait inspirée aux Turcs, qu’en 1601 Barthélemy de Cuœur , médecin, natif de Marseille, qui avait renoncé au christianisme pour embrasser la loi des Musulmans, ayant été envoyé par le sultan Mahomet auprès de Henri IV, pour l’engager à confirmer l’ancienne al-
fl) Il paraît aussi, par la Confession de Sancy, qu’on ne l’épargnait pas à la cour : « Ce duc de Mercœur, de petit prince morfondu, se vit beau- „ frère du roi; de là gouverneur de Bretagne, de gouverneur tyran, de » tyran duc, et, par fantaisie, la frayeur de la France et l’espérance de » l’Espagne. 11 est tellement transsubstancié, que c’est aujourd’hui le pro- » verbe des Espagnols, le mépris des Français, la honte de la Lorraine , le » dédain de la Bretagne. »
liance entre les lis et le croissant , il demanda au roi, de la part de son maître, de rappeler de Hongrie le duc de Mercœur. « Pourquoi, répondit le roi, les » Turcs craignent-ils donc tant ce duc? — C’est » qu’entre les prophéties que les Turcs croient, ré- » pliqua Barthélemy , il y en a une qui porte que » l’épée des Français chassera les Turcs de l’Europe, » et renversera leur empire. » Henri IV dit alors que « le duc de Mercœur était, à la vérité, son sujet , » mais qu’il était prince de la maison de Lorraine, » qui n’appartient pas à la couronne de France, et » que les troupes qu’il avait en Hongrie n’avaient » pas été levées en France; enfin qu’en sa qualité de » vassal de l’empire et de chrétien le duc pouvait » servir l’empereur. »
Le duc de Mercœur, après sa belle retraite de Hongrie, se préparait à revenir en France, lorsqu’il tomba malade à Nuremberg, ville protestante d’Allemagne. Pressentant qu’il allait mourir, il voulut communier; mais le magistrat de Nuremberg ne permit pas que son aumônier dît la messe devant lui, et consacrât une hostie pour recevoir le saint viatique : « seulement, par égard pour ses qualités , » maison et religion , on lui permit d’envoyer que-
« rir une hostie consacrée à trois lieues de là
» (pourvu qu’on ne sonnât la clochette en la por- » tant) y avec laquelle son aumônier le communia. » Il mourut à l’âge de quarante-trois ans. Le service du duc de Mercœur fut célébré le 27 mars 1602, dans l’église de Notre-Dame , a Paris , avec une grande solennité : ce fut saint François de Sales
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qui prononça l’oraison funèbre de ce prince, auquel il n’épargna pas les louanges.