DUC DE ROHAN, PRINCE DE LÉON
Henri , second du nom , duc de Rohan , prince de Léon, naquit au château de Blein en Bretagne,’ le 21 août 1579.
Après la mort d’Henri IV, le duc de Rohan devint le chef du parti calviniste en France, et il tira l’épée contre Louis XIII, lorsque ce monarque voulut rétablir la religion romaine dans le Béarn. Une lutte plus mémorable appela ensuite son courage : le cardinal de Richelieu, voulant anéantir le calvinisme, était venu faire le siège de La Rochelle, qui en était le boulevart. Le duc de Rohan défendit la ville pendant un an, avec autant de vaillance que d’habileté; mais enfin, le 28 octobre 1628, force fut de céder au génie de Richelieu et à la digue qu’il avait fait construire. Cette expédition fut
suivie du traité de 1629; les protestans se pîaigni-
relit hautement des concessions que leur chef avait faites à la cour. Le duc de Rohan, indigné de leurs murmures, devenu d’ailleurs inutile à un parti qui semblait l’accuser de trahison, se retira à Venise. Cette république, alors en guerre avec les Impériaux, s’empressa de confier au duc le commandement de ses troupes ; mais Louis XIII , avec lequel il s’était réconcilié, le nomma son ambassadeur en Suisse. C’était l’époque où la Valteline s’était révoltée; les Grisons choisirent Henri de Rohan pour généralissime. 11 a raconté lui-même dans des mémoires, écrits avec beaucoup de savoir et d’intérêt, toute cette guerre, où, depuis i633 jusqu’en i636, il battit les Allemands et les Espagnols dans diverses rencontres. Rohan pensait qu’après la victoire Richelieu se contenterait de l’honneur d’avoir sauvé l’indépendance de cette province ; mais l’ambition du cardinal allait plus loin, il voulait garder la, Valteline. Rohan , jaloux d’observer fidèlement ses engagemens envers le peuple qui avait mis sa confiance en lui, demanda le rappel de l’armée française qui occupait militairement le pays: on lui fit une réponse ambiguë. Sa loyauté s’en indigna, il rompit avec sa cour, et se retira auprès du duc de Saxe-Weimar, qui avait
pour lui autant d’estime cpie d’amitié. Le prince était en guerre avec les Impériaux : un auxiliaire tel que Rohan n’était pas à dédaigner; il lui offrit le commandement de son armée. Le du® le re-
fusa , se mit seulement à la tête du régiment de Nassau, chargea avec son intrépidité ordinaire, enfonça les rangs ennemis à la journée de Rhinfeld; mais il reçut une blessure dont il mourut quarante jours après, le i3 avril i638.
La plus belle, la plus juste épitaphe que l’on puisse placer sur son tombeau , est le quatrain que
Voltaire a dédié à sa mémoire :
« Avec tous les talens le ciel 1’avait fait naître » Il agit en héros, en sage il écrivit;
» Il fut même grand ho'mme en combattant son maître,
» Et plus grand lorsqu’il le servit ! »