‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 42 sur 68 · COMTESSE DE MORET · texte numérisé non relu

COMTESSE DE MORET

( Peint sur bois. )

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Jacqueline de Bueil était fille de Catherine de Mon. tecler et de Claude de Bueil , seigneur de Courcillon , qui avait servi avec distinction dans les guerres d Henri IV. Son pere et sa mère moururent en i £96 , et mademoiselle de Bueil, livrée jeune encore à ellememe, dans un temps où la cour était le séjour des plaisirs ne se fit pas prier pour céder aux propositions de l’amour du roi. C’est à son retour de Sédan, en passant par la rue Saint-Antoine, qu’Henri IV la vit à une fenêtre, et qu’il lui donna un salut. La promptitude avec laquelle elle céda à ses offres fut sans doute la cause du peu d’empire qu’elle eut sur lui dans la suite. Elle était fort belle, et le roi pensa bien vite à lui trouver un mari qui, ne visant qu’à la fortune, consentit à lui assurer

tranquillement la possession de sa femme. Ce fut le jeune Philippe de Harlay, comte de Cézy, connu sous le nom de Chanvallon, sur qui tomba son choix. Ce gentilhomme l’épousa le 5 octobre i6o4? à SaintrMaur-des-Fossés (i).

Henri IY avait adressé ses vœux à la belle demoiselle de Bueil dans l’espoir de surmonter, par ce nouvel amour, la passion qui l’attachait à la marquise de Verneuil , Henriette d’Entragues , maîtresse orgueilleuse qui conspirait contre lui et l’insultait encore par ses dédains. Dans le dessein de l’humilier et de lui prouver qu’il ne l’aimait plus, il fit, au mois de décembre, mademoiselle de Bueil comtesse de Moret; mais il retomba bientôt sous le joug d’Henriette, et la comtesse de Moret fut reléguée au second rang dans son affection. Comme elle était très-bonne (2) et d’un caractère fort doux, elle se contenta de cette place, et n’en continua pas moins à recevoir les soins du roi, qui se partageaient entre elle et la marquise; il est vrai que l’étroite

(1) Voir le récit bizarre que Pierre de L’Estoile a fait de leur première nuit de noces.

(1 2) L’aventure arrivée à Bassompierre au sujet d’une lettre dont Henri IV l’avait chargé pour elle le prouve bien. Le maréchal laissa décacheter cette lettre à Henriette, sœur de sa maîtresse , et la comtesse de Moret nonseulement lui pardonna, mais encore le réconcilia avec Henri.

liaison qu elle entretenait avec le prince de Joinville la consolait du triomphe de sa rivale. Comptant peu sur le cœur de Henri, la comtesse cherchait à conserver une position brillante à la cour; elle avait plu au jeune prince de Joinville,. fils du duc de Gujse tué à Blois, et elle avait accepté son hommage. Le bruit de leur liaison parvint aux oreilles du roi; il acquit facilement la preuve de l’infidélité de la comtesse, et alla chez elle lui en faire de vifs reproches; elle ne trouva d’autre moyen de s’excuser que de dire que le prince de Joinville lui avait promis de l’épouser (i). Peut-être était-ce la vérité. Mais, quand ce prince se vit vivement pressé de conclure ce mariage par Henri IV,. qui voulait bien, disait-il, « qu'on épousât sa maîtresse , » mais non pas qu on la lui disputât , et qu'on s'en » tint à en être le galant (a), » il refusa nettement. Le foi se mit dans une grande colère contre lui, et, irrité par la fierté de la duchesse de Guise sa mère, qu’il avait fait appeler, et par la pensée que le frère aîné du prince de Joinville en voulait aussi à la marquise de Verneuil, il envoya des gardes pour

(1) Peu de temps après son mariage avec Chanvallon , mademoiselle de Bueil, devenue comtesse de Moret, avait fait déclarer nul ce mariage pour cause d’impuissance.

(2) Dreux du Radier.

l’arrêter. Joinville se sauva hors du royaume; rien ne fléchit Henri; il ne put revenir en France qu’après sa mort. Cette aventure relâcha tout-à-fait les liens qui unissaient le roi à la comtesse de Moret. Il voulut encore la marier, dit Sully, avec le comte de Sommerive , qui avait fait à la comtesse des propositions de mariage; mais la surveillance active dont

le comte devint l’objet le révolta, et, ayant failli

tuer Laborde, dont le roi avait fait son espion, il fut forcé de passer en Lorraine.

La comtesse dettMoret finit par devenir indifférente à Henri IV ; et son adresse à se faire de hauts amans dans l’espoir d’un établissement avantageux ne lui ayant servi à rien, elle ne tint plus bientôt ajicun rang à la cour. Cependant,Henri légitima, en 1608 , le fils qu’il en avait eu l’année précédente. Il le mit, par ses bienfaits, en état de soutenir sa position, et lui donna les abbayes de Savigny, de Saint-Etienne de Caen, de Saint-Victor de Marseille et de Signy. Ce fils fut Antoine de Bourbon , comte de Moret , qui , doué de toutes les grandes qualités de son père , se fit redouter par Louis XIII, et périt à vingt-cinq ans au combat de Castelnaudary.

Quand Henri IV fut mort , la comtesse se remaria , en 1617, avec René du Bec, second du nom, dit le

marquis de Vardes, et eut de ce mariage deux fils, dont faîne, François du Bec, marquis de Vardes, comte de Moret, s’est rendu célèbre dans l’histoire galante du règne de Louis XIV (i).

(1) Voir l’Histoire amoureuse des Gaules par Bussy Rabutin.

ISABELLE-CLAIRE-EEGENIE

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