‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 43 sur 68 · INFANTE D*>ESPAGNE · texte numérisé non relu

INFANTE D*>ESPAGNE

(D’après Vandyck. )

Isabelle-Claire-Eugénie d’Autriche , infante d’Espagne, duchesse de Brabant, comtesse de Flandre, naquit en i566 de Philippe II, roi d’Espagne , et d’Élisabeth de France , fille de Henri IL

L’affection que le roi son père avait pour elle était le seul sentiment tendre qui eût pénétré dans cette âme de fer. Peut-être croyait-il par ces soins démentir les bruits odieux qui lui attribuaient la mort de la mère de cette princesse. « Vous pouvez » croire, dit M. de Nevers (i), qu’en l’âge de vingt-

» six ans, l’infante gouverne tous les états du roi

» son père; car elle le soulage infiniment en toutes » les grandes dépêches qu’il fait, l’ayant nourrie

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(1) Traité de la Prise des armes.

» auprès Je lui , et instruite aux affaires : voire, elle » signe les lettres au lieu du roi, ayant appris si » bien à contrefaire sa signature , que les* ambassa- » deurs et autres n’y connoissoient. aucune diffé- » rence. Pour cette occasion , le roi la mène ordinai- » rement avec lui quand il se retire en son monastère » de l’Escurial, afin d’être soulagé par elle, comme »dl l’est bien et fidèlement. »

Après la mort de Henri III, Philippe II voulut faire servir sa fille d’instrument à son ambition, et placer la couronne de France sur sa tête. Les ducs

de Férici et Mendose pressèrent le duc de Mayenne d’adopter ce projet : « L’infante Isabelle, disaient » les*Espagnols, succède de droit au trône comme » la, plus proche héritière de Henri III; ou, si l’élec- » tion appartient à la nation , c’est encore Isabelle » qui doit régner : la FraPce doit cet hommage de » reconnaissance au roi d’Espagne ! » Ils proposaient en même temps d’unir la princesse au duc Charles de Guise, fils du Balafré. Mayenne, dont cette alliance eût renversé le pouvoir, colora son refus de • * |

l’intérêt public; ^1 opposa à ces prétentions l’attachement des Français pour la lousalique, et leur haine pour l’étranger. Le parlement consacra, par arrêt du &8 juin 1 5q3 , principes ch n servi» -

son

leurs de la monarchie et de l'honneur national; et Philippe vit s'évanouir ses orgueilleuses espérances. On lit dans la satire Ménippée que l’on avait représenté l’infante avec le duc de Guise, face à face dans une même caricature, au bas de laquelle on avait inscrit ces vers :

tt'Les'François Espagnols ont fait un roi de France ;

» A l’infante d’Espagne ils ont ce roi promis ;

» Royauté bien petite et de peu d’importance ,

» Car leur France est comprise en l’enclos de Paris.

» N’apporte à cette fois pour ce froid mariage ,

» O Hymen ! dieu nopcier, ton paisible flambeau.

» De ces corps éloignés on 'assemble l’image .

» Qui font l’amour des yeux tous deux en un tableau.

» C’est une royauté seulement en figure ;

» La feinte et non l’amour ce mariage a fait ;

» C’est bien raison qu’étant roy de France en peinture ,

» D’une reyne on lui fasse épouser le pourlrait. »

L’infante, dont la main avait été successivement offerte aux ducs de Nemours et de Guise, et au jeune cardinal de Bourbon Vendôme, ne recueillit de toutes ces intrigues que le surnom à' Espous c'a de la ligue ; mais, en 1^99, elle épousa le cardinal archiduc Albert , lui apporta en dot les Pays-Bas , et vint fixer sa cour à Bruxelles , où elle fut reçue avec la plus grande magnificence. Maigre l’avantage de ses droits, elle crut devoir abandonner les soins du gouvernement à l’archiduc son époux, dont les brillantes qualités justifiaient cette confiance. Elle

ne se réserva du pouvoir suprême que l’heureux privilège de répandre les grâces et les bienfait s ; et son nom fut béni par tous ses sujets.

Lorsque le prince de Condé se sauva de France, en 1609, pour dérober sa femme aux poursuites amoureuses de Henri IV, ce fut Isabelle qui recueillit dans sa cour les illustres fugitifs.

L’archiduc Albert étant mort l’an 1621, Isabelle prit le voile peu de temps après, et mourut en i633. Voici les traits principaux du portrait que le cardinal Bentivoglio a laissé de cette princesse, nella relciziorie delle provincie unité di Fiandra ; « Sa taille est plutôt au-dessus qu’au-dessous de la » taille ordinaire des femmes : son visage offre un » mélange de beauté (1) et de majesté : la grâce » règne dans toutesles habitudes de sa personne; et » son regard et son langage respirent quelque » chose de si noble et de si doux à la fois , qu’ils » subjuguent tous les cœurs. Elle se plaît à faire » de l’exercice; elle aime les plaisirs de la campa- » gne. Souvent on la voit guider elle-même à cheval

(1) Il paraît qu’elle avait le teint brun , car on avait fait sur elle ce quatrain :

« Pourtant si je suis brunette ,

» Amy n’en prenez esmoy ,

» Car autant aimer souhaite » Qu’une plus blanche que moy : »

» la chasse dans les bois. Sous le rapport des.qua- » lités de Famé et de l’esprit, c’est sans contredit » une des princesses les plus remarquables qui » aient jamais existé. On retrouve en elle les » royales vertus de la grande Isabelle de Castille, » dont elle porte le nom, et dont le noble sang » coule dans ses veines ; bonne, affable, généreuse, » on ne peut trop louer sa magnanimité, son amour » pour la justice , et surtout sa piété et son zèle » pour la religion. Douée d’un courage héroïque » et supérieur à tous les coups de l’infortune, elle » en donna une preuve éclatante après la bataille de » Neuport (ou des Dunes), lorsqu’on lui fit parvenir » successivement ces trois avis divers : La bataille » est perdue ; ï archiduc est prisonnier ; V archiduc » est libre, mais grièvement blessé! L’archiduc aime » à s’éclairer de ses conseils ; il met à profit l’expérience d’un génie formé à l’école de Philippe II. » Tendrement chérie de son époux, elle le chérit » avec la même tendresse ; on dirait qu’une seule » âme anime ce couple glorieux; enfin, si l’on pou- » vait remarquer quelques défauts dans l’archiduc, » il serait aisément suppléé par une des perfections » qui brillent en surabondance dans l’archidu- » cliesse. »

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