REINE DE NAVARRE
Jeanne, fille de Henri II d’Albret, roi de Na v;irre , et de Marguerite de Valois, sœur de Fran~ cois I , naquit en 1 5s8. Mariée, à l’âge de douze ans, à Guillaume duc de Clèves , elle n’habita pas avec son mari ; le mariage fut déclaré nul par le pape Paul III, et elle épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, le 20 octobre 1 548. On sait qu’en met-, tant au jour Heilri , son fils , depuis notre Henri IV, elle chanta une chanson béarnaise. En 1 555, elle succéda avec son mari à Henri d’Albret dans la souveraineté de la Basse-Navarre et du Béarn. En 1 56s , elle reçut les derniers soupirs d’Antoine de Navarre, mort aux Andelys des suites de la blessure qu’il avait reçue au siège de Bouen, et revint avec son fils dans le Béarn.
En i564, une conspiration s’était formée, sens l’influence de Philippe II, pour enlever la reine de Navarre et son fils; quelques indices venus d’Espagne par la reine Élisabeth , proche parente de Jeanne d’Albret , et femme de Philippe 41, firent échouer le complot. Philippe prétendait avoir, parles bulles du pape , un droit acquis sur la Navarre ; il était d’ailleurs jaloux de voir que Jeanne d’Albret gouvernait avec assez de sagesse pour faire avorter les projets de troubles que sa lourde politique cherchait à y faire éclater. Elle avait dans le caractère autant de fermeté qu’Antoine de Navarre avait montré d’irrésolution. C’était surtout à l’occasion des croyances religieuses qu’elle faisait la guerre à son mari. « Cette princesse, dit Brantôme, » qui, dans sa jeunesse, aimoit autant un bal qu’un » sermon, ne se plaisoit pas à cette nouveauté de » religion. » Cependant elle se fit protestante, peutêtre parce que son mari se fit catholique , du moins ce fut à la même époque ; et elle resta aussi constante à sa nouvelle croyance qu’Antoine parut chancelant dans la sienne. Devenue veuve, elle éleva son fils Henri dans sa nouvelle religion, et maintint dans ses états la paix et la prospérité, jusqu’au moment où Catherine de Médicis, qui
déjà méditait la Saint-Barthélemy, voulant attirer les chefs des huguenots à Paris, lui offrit pour son fils la main de Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Jeanne vint avec Henri à la cour de France; mais le pape se refusait à envoyer les dispenses nécessaires pour le mariage. Comme la reine de Navarre en témoignait ses regrets à Charles IX : « Ma tante, lui répondit ce prince, je vous » honore plus que le pape , et aime plus ma sœur » que je ne le crains; je ne suis pas huguenot, » mais je ne suis pas sot aussi; si monsieur le pape » fait trop la beste , je prendrai moi-même Margot » par la main, et la meneray épouser en plein » prêche. » Le pape accorda les dispenses ; mais on prétend que la Saint-Barthélemy en fut le prix ; aussi, après le massacre, Charles IX disait en riant « que sa grosse Margot, en se mariant, avait pris » tous ses rebelles huguenots à la pipée. »
Jeanne d’Albret n’assista point aux noces de son fils : arrivée à la cour vers le milieu du mois de mai, elle avait cessé de vivre le 9 juin. On répéta par toute la France qu’elle avait été empoisonnée : le temps de sa mort, les massacres qui la suivirent, les craintes que l’élévation de son caractère pouvait donner à la cour; sa maladie, qui commença
après avoir acheté des gants et des collets parfumés chez un parfumeur nommé René, venu de Florence avec la reine-mère , et qui passait pour un empoisonneur public; enfin les habitudes de Catherine de Médicis, tout semblait favoriser cette opinion; cependant les médecins qui ouvrirent son corps n’y trouvèrent aucune trace de poison; elle avait recommandé qu’on examinât soigneusement son cerveau, parce qu’elle avait été toute sa vie tourmentée de grandes douleurs de tête ; on le trouva très-sain : il paraît qu’elle mourut d’un abcès à la poitrine (i).
Jeanne d’Albret avait aimé le faste et les plaisirs ; dans un âge encore peu avancé , elle réforma son luxe , et montra beaucoup de simplicité et une grande austérité de mœurs. Elle était fort zélée pour le calvinisme, et sa cour fut toujours un asile assuré pour les réformés. Elle aimait à parler théologie, et cultivait les lettres. Il y a du goût et de la grâce dans ses correspondances, et dans diverses pièces de poésie qu’elle a composées.
(1 ) Daubigné, huguenot zélé, affirme l’empoisonnement; Jean de Serres, de la même communion , le rapporte comme un bruit populaire ; Pierre Mathieu , catholique, s’explique avec le même doute ; et De Thon en parle avec une extrême réserve.
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96bis.
LA MÊME
( Original du temps. )
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96ter.
LA MÊME
(Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal.)
FRANÇOIS DE BOURBON
COMTE D^E N G H I E N (Peint sur bois.)
François de Bourbon, comte d’Enghien, gouverneur de Hainault, de Piémont et de Languedoc, étail le troisième fds de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, et de Françoise d’Alençon, veuve de François d’Orléans , onzième du nom , duc de Longueville.
Il naquit au château de La Fère, le ^3 septembre i5i9«
En 1 543 , le roi l’envoya prendre le commandement de l’armée de Piémont. L’arrivée de ce prince, qui avait une réputation de bravoure et de générosité, répandit la joie parmi les soldats, et leur donna une excitation nouvelle. Le comte d’Enühien brûlait de livrer combat; il en obtint enfin la permission du roi. 11 gagna sur le marquis duGuasl,
lieutenant-général de l’empereur , la bataille de Cerizoles, le 1 4 avril i544- Deux charges inconsidérées qu’il avait faites , et la lâcheté des liabitans du comté de Gruyère , faillirent la lui faire perdre. Biaise de Montluc raconte ainsi, dans ses commentaires , la position critique du comte d’Enghien : « Il estoit au désespoir, maudissant l’heure que ja- » mais il avoit esté né, voyant la fuite de ses gens » de pied , et qu’à peine lui restoit-il cent chevaux » pour soustenir le choc. M. de Pignan ( qui estoit » à lui), me dit que deux fois il se donna de la » pointe de l’espée dans son gorgerin (i), se vou- » lant offenser soi-mesme , et me dit au retour » qu’il s’estoit veu en tel estât lors, qu’il eût voulu » qu’on lui eust donné de l’espée dans la gorge. »
Cette victoire jeta l’effroi dans les villes ennemies , et beaucoup se rendirent à François de Bourbon, entre autres Carignan.
Ce jeune et malheureux prince termina à vingtsix ans, par un accident funeste, une vie dont les brillans commencemens annonçaient un bel avenir. Il mourut au château de la Roche-Guyon , le 2 3 février 1 545, de la chute d’un coffre que quelques seigneurs qui jouaient lui firent tomber sur la tète.
(1) Montaigne cite celte anecdote dans ses Essais.
Son corps fut enterré dans l’église de Saint-Georges de Vendôme. Le roi et la cour montrèrent un grand regret de sa perte.
François de Bourbon avait de nobles qualités. Biaise de Montluc, que nous avons déjà cité, dit qu77 promettoit beaucoup de luj pour estre doué d’ infinies bonnes parties , estant doux , humain , vaillant, sage et libéral.
Ferrand de Bez, poète du temps, qui a laissé un abrégé de l’histoire de France dont plusieurs vieux auteurs font mention, imprima en i548, à Paris, parmi plusieurs autres pièces de vers, une déploration en forme d’églogue , puis un rondeau sur le trépas de François de Bourbon, comte d’Enghien.
LOUIS DE BOURBON
PRINCE DE CONDÉ
Louis de Bourbon I, prince de Condé, marquis de Conti, comte de Soissons, d’Anisy, de Valéry, etc. ; septième fils de Charles de Bourbon , duc de Vendôme, et de Françoise d’Alençon ; ne à Vendôme , le 7 mai i53o; marié, le 22 juin i55i,à Eléonore de Roye, fille aînée et héritière de Charles, sire de Roye et de Muret, et de Madeleine de Mailly, dame de Conti; et en seconde^ noces à la sœur du duc de Longueville; combattit vaillamment aux sièges de Calais et de Thionville, à la défense de Metz, au combat d’Antibes et à la bataille de Saint-Quentin. Ennemi des Guises, il tenta de les renverser; il était en secret l’ame de la conspiration d’Amboise; aussi les princes lorrains cherchèrent dès ce moment à le perdre. En 1 56o, le roi
François II le manda avec Je roi de Navarre pour assister aux états d’Orléans. Là, sous prétexte d’une nouvelle conspiration, il est condamné à perdre la tête; mais, François II étant mort sur ces entrefaites, l’arrêt ne fut point exécuté. Charles IX lui rendit la liberté dans les premiers jours de son règne, après qu’il eut été déclaré absous par arrêt de la Cour de Paris, tenue en parlement le 18 décembre i56o. Il reparut à la cour au mois de juillet i56i; le roi voulut qu’il se réconciliât avec les Guises : « Racontez , dit le jeune Charles au duc » François de Guise, comment les choses se sont » passées à Orléans. » Le duc le fit en rejetant sur le défunt roi l’emprisonnement du prince. « Qui- » conque m’a fait cet affront, dit Condé en se tour- » nant vers le duc, je le tiens pour un méchant » homme et un scélérat. — Et moi aussi, reprit le » duc, mais cela ne me regarde pas. « Ils s’embrassèrent, soupèrent ensemble, se jurèrent amitié,
et ne se pardonnèrent pas. Le peuple de Paris,
attaché à l’ancienne religion, préférait le duc de Guise au prince de Condé; celui-ci, ne se trouvant pas assez fort pour lutter seul contre son rival, écrivit à d’Andelot et à l’amiral de marcher vers lui en toute diligence : « Que César n’avait pas seu-
» lement passé le Rubicon , mais déjà avait saisi » Rome, et que ses étendards avaient commencé » à s’ébranler par les campagnes. » Mais les triumvirs ne perdent pas de temps; ils enlèvent le roi à Melun et le ramènent à Paris : à cette nouvelle , Condé s’écrie : « C’en est fait, nous sommes plon- » gés si avant qu’il faut boire ou se noyer;» et sur-le-champ il vole à Orléans, où il est élu chef des réformés, le n avril i5 62. Après maintes conférences , où les deux partis ne cherchèrent qu’à se tromper, Condé, qui avait reçu un secours d’Elisabeth , reine d’Angleterre, et un renfort de reîtres, marche droit sur Paris. La reine-mère essaya d’abord de le vaincre par ses armes ordinaires, les fausses caresses et les promesses artificieuses. Elle attendait un corps d’Espagnols (1); dès qu’ils parurent, Condé crut prudent de replier bagage, et prit la route de Normandie. Atteint à Dreux par l’armée royale , le 1 9 décembre 1 56a , il perd la bataille et est fait prisonnier. Le soir, le prince de Condé et le duc de Guise , son vainqueur dans cette journée , couchèrent dans le même lit; et, le lende-
(t) « Les étrangers , dit Lanoue, ouvraient les yeux et frétillaient pour » entrer en France. » De tout temps ce beau pays ne leur a fait que trop
envie.
main, le prince de Condé raconta qu’il n’avait pu fermer l’œil , tandis que le duc de Guise avait dormi à côté de lui aussi profondément que s’ils avaient été les meilleurs amis du monde. En 1 567, il perdit la bataille de Saint-Denis contre les catholiques. En i568, menacé d’être enlevé de son château de Noyers , en Bourgogne, par ordre de la reine-mère, il se sauva à la Rochelle. La guerre recommence; les affaires du prince Condé sont de jour en jour plus florissantes. « Il devint en telle gloire, dit » Brantôme, qu’il fit battre monnoie d’argent avec » cette inscription : Louis XIII , roi de France (1). » En 1^69, la bataille de Jarnac vint mettre fin à sa puissance et à sa vie. Au moment que, pressé par les escadrons du duc d’Anjou, il mettait son casque pour charger l’ennemi, le cheval du duc de Larochefoucault, son beau-frère , lui cassa la jambe d’un coup de pied. Condé 11’en fondit pas moins, tête baissée, sur l’ennemi. Renversé de son cheval, il combattit encore long-temps un genou en terre. « Jà Dieu ne plaise, s’écria-t-il, qu’on die jamais « que Bourbon ait fuy devant ses ennemis. » Il fut pris par Dargence, gentilhomme auquel il avait sauvé la vie, et qui essaya de lui rendre le même (1) Voltaire dit que cc ne fut qu’un artifice de cour pour le perdre.
service; mais le prince voyant arriver les compagnies du duc d’Anjou : « Tu ne me sauveras pas, » dit-il à Dargence, je suis mort. » Et en effet Montesquiou, capitaine des gardes du duc, tua de sangfroid « ce prince , qui s’étoit couvert la face de son » manteau, comme fit autrefois Jules César quand » il fut tué. » On dit que le duc d’Anjou , enivré de ce barbare triomphe , fit charger son ennemi mort sur le dos d’une ânesse, pour le transporter; ce qui donna lieu à cette épitaphe comique :
« L’an mil cinq cent soixante-neuf,
» Entre Jamac et Châteauneuf,
» Fut porté mort sur une ânesse » Le grand ennemi de la messe. »
Ce prince, lorsqu’il mourut, n’était âgé que de trente-neuf ans; il était aimable, spirituel, galant dans le commerce de la vie, autant qu’audacieux en politique et intrépide dans les combats. Jamais général ne fut plus aimé de ses soldats; on en vit à Pont-à-Mousson un exemple unique. Il manquait d’argent pour les troupes , et surtout pour les reitres, qui étaient venus à son secours et qui menaçaient de l’abandonner. Il osa proposer à son armée, qu’il ne payait point, de payer elle-même l’armée auxiliaire; et, ce qui ne pouvait jamais ar-
river que dans une guerre de religion et sous un général tel que lui, toute son armée se cotisa.
Son courage ni sa gaîté ne l’abandonnèrent pas dans sa prison, à Orléans, lorsqu’il fut condamné à mort. Il écrivit à sa femme des lettres pleines de consolations, ne plia point dans sa disgrâce et , lorsqu’on le sollicitait de faire quelques concessions : « Il n’y a, répondait-il, meilleur moyen » d’appointement qu’avec la pointe de la lance. » Quoiqu’un peu bossu et petit, il était plein d’agrémens, et très-aimé des femmes (i). On fit sur lui ce vaudeville :
« Ce petit homme tant joli ,
» Qui toujours cause et toujours rit,
» Et toujours fête sa miguone ,
» Dieu garcT de mal ce petit homme. »
(1) On dit que la maréchale de Saint-André se ruina pour lui, et lui donna, entre autres présens , la terre de Valéry, qui depuis est devenue la sépulture des princes de la maison de Condé.
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