ROI DE NAVARRE
Antoine de Bourbon, d’abord duc de Vendôme, puis roi de Navarre après la mort du roi Henri , son beau-père ; fils aîné de Charles de Bourbon , duc de Vendôme, et de Françoise d’Alençon; né au château de La Fère, en Picardie, le 22 avril 1 5 1 8 ; marié à Moulins en Bourbonnais, le 20 octobre 1 548 , à Jeanne d’Albret, fille de Henri I, roi de Navarre, et de Marguerite de Valois; et père de Henri IV ; n’avait que dix-neuf ans lorsqu’il hérita des biens, des honneurs, des emplois et de tous les bienfaits de la cour, dont son illustré et vertueux père avait joui. Lié avec le dauphin, depuis Henri II, par les mêmes goûts, ils ne s’appelaient que du doux nom de frères.
Quoiqu’un peu lmp adonné à ses plaisirs, il
fît vaillamment la guerre : il avait du courage sous les armes, mais sa politique était timide, irrésolue. Il fut déclaré lieutenant-général du royaume pendant la minorité de Charles IX. La lettre que le parlement écrivit à cette occasion, le 12 décembre 1 56o , portait « qu’il remerciait Dieu d’avoir in- » spiré au roi la pensée de commettre l’administra- » tion du royaume à sa mère, avec le conseil du roi » de Navarre. » Mais Catherine de Médicis, ne voulant point laisser échapper la première autorité, l’envoya chercher, et lui dit : « Je sais que vous » prétendez au gouvernement : je veux que vous me » le cédiez tout-à-l’heure par un écrit signé de votre » main, et que vous vous engagiez à me remettre » la régence si les états vous la défèrent. » Antoine dé Bourbon donna l’écrit. C’est à celte occasion que Ton fit ces vers, trouvés dans les manuscrits de M. le premier président de Mesmes :
« Marc-Antoine , qui pouvoit être » Le plus grand seigneur et maître » De son pays , s’oublia tant ,
» Qu’il se contenta d’être Antoine ,
» Servant lâchement une roine
» Le Navarrois en fait autant. »
Le président De Thon rapporte que François de Guise voulut faire assassiner Antoine de Navarre en i56o, et qu’il avait engagé François 11 à per-
mettre ce crime. Informé du complot, Antoine de Navarre ne laissa pas d’entrer dans le cabinet où Ton devait le massacrer. « S’ils me' tuent, dit-il à l’un j) de ses gentilshommes, prenez ma chemise toute » sanglante, portez-la à mon fils et à ma femme: » ils liront dans mon sang ce qu’ils doivent faire » pour me venger. » François II n’osa pas se souiller de cet attentat, et le duc de Guise, en sortant de la chambre , s’écria : « Le pauvre roi que nous avons ! »
En 1 56 1 , il se lia avec le parti des Guises; et depuis cette époque « il se montra le plus animé, » échauffé, colère et prompt à faire pendre les » huguenots , qui l’en haïssoient comme un beau » diable. » Sa croyance religieuse ne fut pourtant jamais bien déterminée; il la réglait sur les circonstances. Jeanne d’Albret, sa femme, lui reprochait souvent cette incertitude. Un jour, entre autres, qu’ Antoine de Bourbon lui avouait ingénument qu’il ne savait quelle religion était la meilleure : « C’est pour cela, répondit-elle vivement, que je » vous veux beaucoup de mal; car, puisque vous » doutez aussi bien de l’une que de l’autre, je m’é- » tonne que vous ne preniez pas celle qui est la » plus utile à votre fortune. » Elle entendait la cal-
viniste, clans laquelle le roi de Navarre eût tenu le premier rang. En 1 562 , il alla mettre le siège devant Rouen, et reçut une blessure , que d’abord on n’avait pas crue dangereuse. 11 se fit transporter à son château d’Andelys, où l’on ne songea qu’à lui épargner les alarmes inséparables de son état. Les dames de la cour, dont les charmes ne lui avaient jamais été indifférens, s’assemblaient autour de lui pour le distraire; mais, soit infraction du régime prescrit, soit indiscrétion de plaisirs dans un état si critique, en peu de jours son mal le conduisit au tombeau. « La reine-mère étant venue le voir, » l’exhorta à se faire faire des lectures sacrées. « La » plupart de ceux qui sont autour de moi, répli- » qua-t-il, sont des huguenots. » Cependant il se fit » mettre dans un petit lit bas, près de la cheminée ; » il commanda à un nommé Bézières de prendre la » Bible, se fit lire l’histoire* de Job, qu’il ouït fort » patiemment, ayant toujours les mains jointes et » les yeux au ciel. « Je sais bien, disoit-il à ceux qui » l’assistoient , que vous direz partout : Le roi de » Navarre s’est reconnu et est mort huguenot. Ne » vous souciez pas qui je suis, mais contentez-vous » que je veux mourir en la confession d’Augsbourg, » et que, si je puis réchapper, je ferai encore pré-
» cher l’Évangile en France. » Ses dernières paroles
» lurent, en prenant un sien valet de chambre ita- » lien par la barbe : Servez bien mon fils , et qu il » serve bien le roi; et ainsi rendit l’esprit le 17 no- » vembre i56a. »
C’était la manie à cette époque de faire des vers
sur toutes les circonstances marquantes; la mort
du roi de Navarre donna lieu de composer les sui-
vans. Il faut se souvenir que Henri II reçut un coup
de lance dans l’œil , que François II mourut d’une
Fistule à l’oreille, et que c’est à l’épaule qu’Antoine
reçut la blessure dont il périt :
« Par l’œil , par l’espaule et l’oreille ,
» Dieu a fait en France merveille;
» Par l’oreille , l’espaule et l’œil ,
» Dieu a mis trois rois au cercueil ;
» Et par l’œil , l’oreille et l’espaule ,
» Dieu a tué trois rois en Gaule ,
» Antoine, François et Henry,
» Qui de lui n’ont pas eu soucy. »
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95bis.
LE MEME
(Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal.)
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