‹ Le Château d'Eu (volume 3)Chapitre 28 sur 73 · DUC DE NEMOURS · texte numérisé non relu

DUC DE NEMOURS

Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, gouverneur du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais, chevalier de l'Annonciade, fils aîné de Jacques de Savoie, duc de Nemours, et d'Anne d'Est-Ferrare, veuve de François de Lorraine, duc de Guise , naquit au château de Nanteuil, en février 1 56~.

S'étant trouvé aux états de Blois en 1 588 , lors de la mort du duc de Guise et du cardinal son frère, il y fut arrêté comme un des chefs ligueurs. Il s'échappa sous un déguisement et se sauva à Paris. Il avait reçu précédemment du roi, après la mort de Mandelot, la charge de gouverneur de Lyon. Dès que les Lyonnais surent son évasion, ils se déclarèrent du parti de l'union, et jurèrent de lui obéir. Fort de leurs dispositions favorables, il parti!

pour leur ville. Quelques-uns des plus ardens allèrent au-devant de lui jusqu'en Bourgogne, pour lui proposer d'arrêter, à son passage dans leurs murs , Christine, fille du duc de Lorraine, qu'il avait recherchée en vain, et qui, mariée par ambassadeur à Ferdinand, grand-duc de Toscane, allait s'embarquer à Marseille. Christine était en proie aux craintes les plus vives; mais le duc de Nemours l'assura qu'elle n'éprouverait aucune offense par suite de ses prétentions passées.

Il combattit pour la ligue aux journées d'Arqués et d'Ivry. Après cette dernière bataille , il se sauva dans Chartres. Bientôt il vint à la défense de Paris, et en fut gouverneur pendant le siège qu'en fit Henri IV en 1 590. 11 fit fortifier la ville par les Parisiens eux-mêmes , que les seigneurs allaient animer par leur présence et les prédicateurs par leurs exhortations. Il fit fondre des canons; il fit porter par le parlement un arrêt contre quiconque parlerait de composition avec Henri, et vendit, pour avoir de l'argent, les ornemens d'or et d'argent qui étaient peu nécessaires dans les églises, ainsi que les anciens joyaux de la couronne de France. II montra de l'habileté et de l'énergie dans ces cir-

constances difficiles, repoussa souvent les aésién. 11

geans j >:t i <l<s sorties, excita l'élan «lu peuple pai des revues, ci employa ions les moyens <l<' résistance, « 11 ae dormoit ne nuit ne jour, dit Pierre <l< » L'Estoile, et souvenir Ioin mettoit lui-même la » main à l'œuvre. »

Le peu d'accord qui existait entre lui et le duc de Mayenne le fit se retirer dans son gouvernement du Lyonnais. Il y arriva, vers la fin du mois de mars i5c)i , avec de belles troupes, qu'il y augmenta encore. A la tête de mille chevaux, il tint la campagne dans le Lyonnais, l'Auvergne et le Bourbonnais. Il prit Espoisse, le château de Bressy, plusieurs places en Dombes, Saint-Poursain , et passa dans le Berri pour faire lever au prince de Conti le siège de Selles. Il arriva trop tard, car Lignerac, qui y commandait, n'attendant pas son secours, venait de capituler. Le duc de Nemours retourna alors dans son gouvernement. L'année suivante il rompit, sous quelques prétextes, la trêve entre le Lyonnais et le Dauphiné. Il s'avança vers Vienne avec ses troupes. Le gouverneur Mangeron lui livra les forts qui commandaient la ville, et les habitans se virent contraints de lui ouvrir leurs portes. De là il alla assiéger le fort des Echelles, et l'emporta d'assaut.

Le ai septembre i 5q3 , les Lyonnais, qui se plai-

gnaient de sa domination oppressive, se révoltèrent contre lui, firent des barricades, prirent les armes et attaquèrent sa demeure. Il fut forcé de se rendre prisonnier avec beaucoup des siens, et on le renferma au château de Pierre-Encise. Le duc de Nemours avait l'ambition d'être élu roi de France, comme le prouvèrent des instructions trouvées dans le bagage du baron de Ténissé après qu'il eut été battu par Vaugrenant près de Dijon. Mais le duc de Mayenne, qui connaissait ses projets, et qui, de son côté, voulait réunir le Lyonnais à son gouvernement de Bourgogne , fit , dit-on , exciter contre lui ce soulèvemen t par l'archevêque de Lyon , Pierre d'Espinac. Après dix mois de captivité, le 26 juillet 1 594? le duc de Nemours s'évada de sa prison sous les habits de son valet de chambre. Il rassembla en peu de temps des troupes assez nombreuses, et voulut se venger des Lyonnais en venant serrer leur ville et les obliger à reconnaître son autorité. Mais le connétable de Montmorency, qui avait reçu l'ordre du roi de s'opposer aux desseins du duc de Nemours, le pressa de près dans Vienne, et le mit dans une position difficile. Celui-ci, abandonné par 1rs trois mille Suisses que lui avait envoyés le due

de Savoie, se rendit auprès du connétable de Cas- If.

tille pour l'engager à marchei vers Lyon. N'ayant

pu le persuader, et ayant appris la reddition de Vienne, qui était sa seule retraite en France, il en prit une telle affliction , qu'il devint d'une faibles» extrême. Il ne se sentait plus même la force de montera cheval. Il se retira à Annecy pour tâcher de se guérir avec du repos; mais il y mourut après quatre mois de maladie, en juillet i5o,5. Ses derniers momens furent admirables de religion, de patience et de vertu. Palma Cayetles raconte d'une façon touchante dans le septième livre de sa Chronologie novennaire.

Honoré d'Urfé, dans ses Epîtres morales, fait un bel éloge du duc de Nemours.

Selon le Journal de Pierre de L'Estoile, le bruit courut qu'il était mort empoisonné.

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