DUCHESSE DE VALOIS, REINE DE FRANCE ET DE NAVARRE
(Peint d'après un portrait qui est au Musée Royal.)
Marguerite de France, reine de Navarre, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, naquit le \(\ mai i552. Elle était d'une beauté admirable et la merveille de la cour. Son savoir et son esprit relevaient encore la grâce et les attraits de sa personne. L'empereur et le roi de Portugal la recherchèrent en mariage; mais les intérêts politiques furent cause qu'on la maria, en 1 5^2 , à Henri, alors prince de Béarn. La Saint-Barthélémy fut résolue pendant les réjouissances de la noce.
Marguerite manqua périr elle-même dans cette nuit de sang. Un gentilhomme huguenot, blessé et poursuivi, vint frapper à sa porte et se précipita sur son lil pour échapper aux meurtriers. Elle au-
rail été peut-être avec lui leur victime, si Nançay, capitaine aux gardes, n'était arrivé dans ce moment, et n'avait fait sortir les archers. « Il me donna, dit- » elle dans ses mémoires, la vie de ce pauvre homme,
» qui me lenoit, elque je lis coucher et panser dans » mon cabinet jusqu'à ce qu'il fût du tout guéri; » et changeai bien vite de chemise , parce qu'il ni'a- » voit couverte de sang. »
Le mariage de Henri de Navarre et de Marguerite ne fut point heureux : avant leur union elle aimait le duc de Guise; et déjà son inconstance et sa légèreté faisaient bruit, car Charles IX disait : « En don- » nant ma sœur Margot au prince de Béarn, je la » donne à tous les huguenots du royaume. » Henri , dont le caractère galant n'était que trop en rapport avec celui de sa jeune épouse, prodigua son affection à différentes maîtresses, et elle, de son côté, se laissa aller à ses faiblesses amoureuses. Une àme sensible et haute rachetait ses erreurs. Oubliant que le roi de Navarre, en s'échappant de la cour, était parti sans lui dire adieu, repoussant les souvenirs de leur mésintelligence passée, elle fit tout pour obtenir la permission d'aller le rejoindre en Gascogne. Elle parvint à la fin à se réunir à lui, et, pendant cinq années, ils vécurent ensemble dans une bonne
amitié; mais une querelle, à propos de religion, rompit cet accord , et Marguerite revint à la cour de France. Elle s'y abandonna à son goût pour les plaisirs. Le roi son frère, qu'elle aimait bien pourtant, la traita publiquement avec si peu d'égards, que le roi de Navarre ne put s'empêclier de lui envoyer des députés pour le forcer à lui donner explication de ces traitemens injurieux. Marguerite retourna en Béarn; mais elle n'éprouva que froideurs de la part de son époux. Ne gardant plus de frein dans sa conduite, elle s'appuya de l'excommunication lancée par Sixte-Quint contre Henri, et s'empara de l'Agenois. Les excès de son pouvoir la firent chasser d'Àgen ; elle se sauva en Auvergne. Enfermée au château d'Usson , elle sut bientôt s'en rendre maîtresse en se faisant aimer du marquis de Canillac , qui la gardait. « On dit , racon te Moréri , » que ce seigneur devint captif de sa prisonnière » pour avoir regardé un peu trop attentivement » la blancheur du bras de cette reine. »
Henri IV, devenu roi de France et n'ayant point eu d'enfant d'elle, lui fit proposer de casser leur mariage; elle y consentit avec bonté, à la seule condition qu'on payât ses dettes et qu'on lui assurai une pension convenable.
Leurs nœuds furent rompus en i 59g par Clément V11I.
Marguerite, toujours emportée par le besoin de l'agitation et du changement, quitta le château d'Usson, et vint à Paris au mois d'août de Tannée i6o5. Henri, qui ne s'attendait point à son arrivée, la reçut pourtant avec considération. Les Parisiens, qui aimaient ce qu'elle avait de chevaleresque et de brillant, l'accueillirent avec enthousiasme. Elle fit bâtir un superbe palais dans la rue de Seine, avec de magnifiques jardins qui se prolongeaient jusqu'à la rivière. Elle y donnait les fêtes les plus splendides. Henri IV lui-même y assistait souvent. La demeure de Marguerite était l'asile des gens de lettres, des beaux-esprits, qu'elle honorait et comblait de bienfaits. Elle acquit dans leur commerce tant de vivacité de pensée et de facilité d'expression, qu'elle parlait et écrivait mieux qu'aucune femme de son temps. Elle vécut ainsi, partageant son temps entre les lettres, la dévotion et la galanterie, jusqu'à l'âge de soixante-trois ans. Elle mourut le 27 mars 161 5. Elle fut enterrée à Saint- Denis, et son cœur fut déposé au couvent des filles du Sacré-Cœur, qu'elle avait fondé.
Cette princesse fut un mélange de défauts et de
nobles qualités. A. côté d'une imagination exaltée, souvent bizarre, elle avait une âme grande, compatissante , généreuse. Sa grâce égalait sa beauté ; personne ne dansait aussi bien qu'elle. Don Juan d'Autriche partit en poste de Bruxelles, et vint à Paris incognito, exprès pour la voir danser à un bal paré.
Son esprit n'était point au-dessous de ses charmes. Nous avons d'elle des poésies agréables, et des mémoires curieux , écrits d'un style plein de naïveté (i).
(1) Us donnent entre autres des détails fort curieux sur la Saint-Barthëlemy et sur les goûts un peu frivoles de Henri IV dans le choix de ses amours.