LE MARÉCHAL DE CHATILLON
Gaspard de Coligny, troisième du nom, comte de Coligny , seigneur de Châtillon-sur-Loing , gouverneur de Montpellier, colonel-général de l'infanterie, et maréchal de France, connu sous le nom de maréchal de Châtillon, naquit le 26 juillet 1 584- Il était fds de François de Coligny, amiral de Guienne, et de Marguerite d'Ailly.
Il servit d'abord en Hollande contre les Espagnols, et montra de bonne heure qu'il était digne de son grand nom. Chaque affaire où il se trouvait n'était pour lui qu'une occasion nouvelle de prouver son intrépidité, qui ne se démentit jamais. Aussi acquit-il jeune encore la renommée d'un bon et hardi capitaine.
Après avoir occupé la charge de colonel-général
de l'infanterie française, il fut nommé maréchal
en 162 1, et on lui donna le gouvernement d'Aigues- 11. 18
Mortes en i6uG. Dans la guerre de Savoie, en i63o,
il fit le siège de Montméliati. Le 20 niai iG35? il remporta avec le maréchal de Brézé la victoire d'Avesnes sur le prince Thomas; il s'empara de plusieurs villes, et reprit Corhie. Il mit le siège devant Saint-Omer en i638; mais il fut forcé de le lever, et se vit battu dans sa retraite par le prince Thomas, qu'il avait défait trois ans auparavant. Il racheta bientôt ce désavantage par de nouveaux succès. En 1640, il prit Arras avec les maréchaux de Chaulnes et de La Meilleraye. Le sort ne lui fut pas aussi favorable l'année suivante, il perdit la bataille de la Marfée, le 6 juillet.
Le maréchal de Châtillon, retiré dans ses terres, mourut à son château de Châtillon, le 4 janvier
Il avait épousé, le i3 août 161 5, Anne de Polignac, fille d'Anne de Valsergues et de Gabriel de Polignac, seigneur de Saint-Germain.
HENRI DE ROHAN
DUC DE ROnAN, PRINCE DE LÉON.
Henri , second du nom , duc de Rohan , prince de Léon , naquit au château de Blein en Bretagne, le 21 août 1579.
Après la mort d'Henri IV, le duc de Rohan devint le chef du parti calviniste en France , et il tira l'épée contre Louis XIII, lorsque ce monarque voulut rétablir la religion romaine dans le Béarn. Une lutte plus mémorable appela ensuite son courage : le cardinal de Richelieu, voulant anéantir le calvinisme, était venu faire le siège de La Rochelle, qui en était le boulevart. Le duc de Rohan défendit la ville pendant un an, avec autant de vaillance que d'habileté; mais enfin, le 28 octobre 1628, force fut de céder au génie de Richelieu et à la digue qu'il avait fait construire. Cette expédition fut
suivie du traité de 1629; les protestans se plaigni-
rent hautement des concessions que leur chel avait
faites à la cour. Le due de Kohan, indigné <le leurs murmures, devenu d'ailleurs inutile à un parti qui semblait l'accuser de trahison, se retira a Venise. Cette république, alors en guerre avec les Impériaux, s'empressa de confier au duc le commandement de ses troupes; mais Louis XIII, avec lequel il s'était réconcilié, le nomma son ambassadeur en Suisse. C'était l'époque où la Valteline s'était révoltée; les Grisons choisirent Henri de Rohan pour généralissime. Il a raconté lui-même dans des mémoires, écrits avec beaucoup de savoir et d'intérêt, toute cette guerre, où, depuis i633 jusqu'en i636, il battit les Allemands et les Espagnols dans diverses rencontres. Rohan pensait qu'après la victoire Richelieu se contenterait de l'honneur d'avoir sauvé l'indépendance de cette province ; mais l'ambition du cardinal allait plus loin , il voulait garder la Valteline. Rohan , jaloux d'observer fidèlement ses engagemens envers le peuple qui avait mis sa confiance en lui, demanda le rappel de l'armée française qui occupait militairement le pays : on lui fit une réponse ambiguë. Sa loyauté s'en indigna, il rompit avec sa cour, et se retira auprès du duc de Saxe-Weimar, qui avait
pour lui autant d'estime que d'amitié. Le prince était en guerre avec les Impériaux : un auxiliaire tel que Rohan n'était pas à dédaigner; il lui offrit le commandement de son armée. Le duc le refusa , se mit seulement à la tête du régiment de Nassau, chargea avec son intrépidité ordinaire., enfonça les rangs ennemis à la journée de Rhinfeld; mais il recul une blessure dont il mourut quarante jours après, le i3 avril i638.
La plus belle, la plus juste épitaplie que l'on puisse placer sur son tombeau , est le quatrain que Voltaire a dédié à sa mémoire :
a Avec tous les lalens le ciel l'avait fait naître » Il agit en héros , en sage il écrivit ; » Il fut même grand homme en combattant son maître, » Et plus grand lorsqu'il le servit ' »