LE MARÉCHAL DE CREQUI
(Peint d'après un portrait qui est dans la galerie du palais de Versailles/
Charles de Blanchefort, sire de Créqui et de Canaples, prince de Poix, duc de Lesdiguières, pair et maréchal de France, comte de Sault, chevalier des ordres du roi, gouverneur du Dauphiné, fils d'Antoine de Blanchefort et de Chrétienne d' \guerre, mérita, par ses hauts faits d'armes, la réputation d'un grand capitaine.
Il commença à servir en i5o,4? et se distingua au siège de Laon. En 1 597, blessé à la journée des Molettes , il se fit panser et retourna au combat. Le duel qu'il eut, deux ans après, avec don Philippin, bâtard du duc de Savoie, fit beaucoup de bruit. Le sujet de la querelle était une écharpe que celui-ci avait oubliée en se sauvant, et sur laquelle Créqui plaisanta. Dans une première rencontre, don Philippin avait été blessé et avait demandé grâce; après
un écrit qu'il publia pour se défendre, forcé par le duc de Savoie de venger son affront , il appela de nouveau Créqui à un combat singulier, et périt atteint de trois coups d'épée et de deux coups de poignard. Créqui , depuis cette affaire , ne cessa point de se signaler.
Il accompagna, en 1601 , le maréchal de Biron dans son ambassade en Angleterre. En 1606, il fut nommé mestre-de-camp des gardes françaises. Il était, en 1620, à l'attaque du pont de Ce, où le comte de Saint-Aignan fut pris. Il agit avec lui en ennemi loyal et généreux, et empêcha qu'on ne le mît en jugement, déclarant qu'il était son prisonnier de guerre, et qu'on ne pouvait lui faire son procès au mépris du droit des gens. Il fut blessé l'année suivante au siège de Saint-Jean-d'Angely, et reçut, en 1622 , le bâton de maréchal de France. Il ajouta encore à sa grande renommée militaire, en battant le duc de Féria dans le Piémont, en emportai! tPignerol, et en se rendant maître de Maurienne. En i633, il fut envoyé par le roi en ambassade au pape Urbain VIII. Rome admira sa magnificence et son affabilité. En i635, il entra dans le Milanais à la tête de dix mille hommes, prit Candia et assiégea Valence. Il défit les Espagnols au combat du Tesin,
le xi juin iG36,et contribua a la victoire remportée sur eux à Montalbon, le 8 septembre 1G37. Sachant que le marquis de Léganez avait le projet de s'emparer du fort de Brème, il partit à la hâte de Turin pour venir porter secours à cette position importante; mais, à peine descendu de cheval en vue de l'ennemi, il fut tué d'un boulet de canon qui lui ouvrit le ventre, lui emporta un bras, et entra dans l'arbre sur lequel il s'était appuyé pour examiner les retranchemens avec sa lunette : c'était le 1 7 mars i638. Son corps fut porté dans la chapelle du château de Lesdiguières. Il avait épousé successivement deux filles du connétable, Madeleine et Françoise. Après son premier mariage , la seigneurie de Lesdiguières avait été érigée en duché-pairie en faveur du connétable et de son gendre.
Charles de Créqui joignait au courage et aux talens militaires le charme d'une éloquence entraînante.