‹ Le Château d'Eu (volume 3)Chapitre 51 sur 73 · ROI D*>ESPAGNE · texte numérisé non relu

ROI D*>ESPAGNE

( Peint d'après le portrait qui est au Musée Royal. )

Philippe III, fils de Philippe 11 et d'Anne d' Autriche, sa quatrième femme, né à Madrid, le i4 avril 1578, monta sur le trône le i3 Septembre 1598.

C'était un lourd fardeau à soutenir que l'héritage de Philippe II. Il était au-dessus des forces de son fils. Ce prince était de ceux dont l'indolence aime à se reposer sur des ministres du soin de gouverner l'État, sans jeter jamais du haut du trône un regard sur les affaires. Aussi la monarchie espagnole ne tarda-t-elle point à perdre cette prépondérance qui avait fait de Philippe II le principal personnage de l'Europe. Ses généraux livrèrent des combats qui ne furent pas sans gloire; Spinola s'empara d'Ostende; mais, malgré ce succès, acheté d'ailleurs par la perte d'une armée, les Provinces-

Unies ne rentrèrent point sous la domination du cabinet de Madrid.

La grande faute politique de son règne fut un édit, dont les effets désastreux se reproduisirent plus tard dans le trop fameux èdit de Nantes. Le 10 janvier 1610, il fut ordonné à tous les Maures, sous prétexte qu'ils étaient protestans, de sortir d'Espagne dans le délai de trente jours, sous peine de perdre la vie. Ainsi un million d'habitans, les seuls à peu près qui entendissent l'agriculture et le commerce, furent impitoyablement chassés; et les affaires tombèrent dans la stagnation , et les terres cessèrent d'être cultivées.

Philippe III ne tarda pas à sentir sa faute ; il chercha à la réparer en promettant des lettres de noblesse à tout Espagnol qui s'adonnerait à la culture des terres; mais l'oisive fierté de ce peuple continua à dédaigner le travail, et l'Espagne depuis cette époque ne s'est pas relevée de l'appauvrissement territorial où la plongea tout-à-coup l'absence de tant de bras.

La mort de Philippe III est un exemple misérable et bizarre de la rigueur avec laquelle la cour d'Espagne observait l'étiquette. On avait allumé un

grand feu au conseil; la chaleur incommodant le ii. 19

roi, qui relevait de maladie, il demanda <ju on l'éteiirnît : l'officier chargé de ce soin était absent;

personne ne se crut en droit de le remplacer, et le pauvre monarque mourut \ ictime de ce scrupule imbécile.

Il avait épousé en i5q,o,, Marie Marguerite d'Autriche , fille de Charles , archiduc de Gratz.

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