GUSTAVE-ADOLPHE
Gustave-x\dolphe , ou Gustave II, surnommé le Grand, roi de Suède, né à Stockholm, le 9 décembre i5o,4? de Charles, duc de Sudermanie, et de Christine de Holstein ; marié, le 1 5 novembre 1620, à Marie-Éléonore, fille de l'électeur de Brandebourg; tué, le 6 novembre i63i , à la bataille de Lutzen.
Gustave- Adolphe était petit- fils de Gustave Wasa. Son père, Charles, duc de Sudermanie, était régent et administrateur du royaume en l'absence de son neveu Sigismond, roi de Suède et de Pologne. Sigismond s'était aliéné le coeur de ses sujets par l'impéritie de son gouvernement, par son séjour prolongé en Pologne, et surtout en appelant aux emplois publics un grand nombre d'élrangers. Le duc Charles était aimé des Suédois : son administration prudente et éclairée, son respect pour les lois et pour la constitution, son dévoue-
nient aux intérêts de la Suède, qui rappelait le patriotisme de Gustave Wasa, son père, lui avaient acquis une grande popularité. A la cour de Sigismond, on ne le nommait par dérision que le roi des paysans.
En i6o4, par une de ces révolutions assez communes dans l'histoire de Suède, les états du royaume, assemblés à ]Nicoping, déclarèrent Sigismond et Jean, son fils, incapables de régner, et élurent roi , sous le nom de Charles IX, le duc de Sudermanie. Cliarles IX, voulant assurer la couronne dans sa famille, donna les plus grands soins à l'éducation de son fils. Le jeune prince, doué de la plus rare intelligence et du caractère le plus résolu , annonçait déjà tout ce qu'il devait être un jour. A douze ans, il parlait et écrivait le suédois, le latin, l'allemand, le français et l'italien. Déclaré majeur, en 161 1 , par le roi son père, dans l'assemblée des états, tenue à Orebro, il part pour la Westrogothie, réunit des troupes, reprend l'île d'Oeland sur les Danois , et s'empare de la ville d'Avester. Le prince entrait alors dans sa dix-septième année.
Le i3 décembre t6i i , la mort de Charles IX le rappelle à Stockholm.
A son avènement au trône , la Suède était en guerre
avec le Danemarck, la Pologne et la Moscovie. Au milieu des circonstances les plus difficiles, le jeune roi se montre le digne descendant de Gustave Wasa ; il s'entoure des hommes les plus éclairés et les plus recommandables du royaume , et place à la tête de son conseil, avec le titre de chancelier, le sénateur Axel-Oxenstiern , qui avait mérité la confiance de Charles IX, et qui jouissait de l'estime générale. Après avoir pourvu à l'administration du pays, Gustave-Adolphe marcha contre les Danois. L'armée était affaiblie; par son activité, son courage, et surtout par une prudente temporisation, bien extraordinaire dans un si jeune roi, il supplée au désavantage du nombre, arrête les progrès de l'ennemi , et, par des mouvemens habilement combinés qui révèlent un général, il parvient à tenir en échec et à fatiguer Christian IV, le souverain le plus justement renommé de son temps. Un traité de paix honorable, conclu à Knaerid, le 28 janvier 161 3, fut le prix de cette première campagne.
Débarrassé des Danois, le jeune roi porte ses armes en Moscovie. Il assiège Nolebourg, place importante située à l'embouchure de la Néwa, et s'en rend maître. Les Moscovites sont battus dans toutes les rencontres. Le czar Michel Fédérovicfr
Komaiiow est obligé, en 1G1 7, de signer un traite de paix par lequel il cède à la Suède la contrée entre \<>\vogorod et la Baltique, et renonce aux prétentions de ses prédécesseurs sur l'Estonie et sur la Livonie. Les résultats glorieux de ces deux campagnes, obtenus par un prince de vingt-un ans, étonnent l'Europe.
Gustave-Adolphe tourne alors toute son attention sur le roi de Pologne. Sigismond pensait toujours à ressaisir la couronne de Suède. La guerre qu'il soutenait contre les Turcs l'avait contraint à accepter une trêve de deux ans , qui allait expirer. Il avait profité de cette suspension d'hostilités pour renouer des intelligences dans le pays, et pour s'y former un parti qu'il comptait appuyer de ses forces et de celles de l'empereur d'Allemagne, son beau-frère. En attendant, il attaquait et cherchait à décrier le gouvernement dans des libelles composés et répandus par des jésuites accueillis à la cour de Pologne. Le roi, ayant eu connaissance de ces attaques, dit à un ministre qui demandait à y répondre : « Tant que nous ne répliquerons à mon » cousin qu'à coups de plume, nous aurons tou- » jours le dessous; mais, si, avec laide de Dieu, » nous voulons le mettre a la raison, il faut nous
» présenter à lui la paix dans une main et l'épée » dans l'autre. »
En 162 1 , la guerre avec la Pologne recommence. Gustave-Adolphe, à la tête de vingt-quatre mille hommes, vient en personne mettre le siège devant Riga. Les habitans, réunis aux troupes, se défendent avec courage ; mais ils sont obligés de rendre la ville le 16 septembre 162 1 . Sigismond sollicite une nouvelle trêve. Le roi de Suède l'accorde. Il est forcé , en 1 62 5, de reprendre les hostilités. Toutes les places fortes de la Livonie tombent bientôt en son pouvoir. Ses troupes occupent la Lithuanie. Il se rend maître de Birsen. En 1626, les armées suédoises et polonaises se rencontrent près de Wallhof. Ce lieu devint célèbre par la défaite de Sapieha, général de Sigismond. La reddition des places les plus importantes de la Prusse polonaise suivit la bataille de Wallhof. 9
L'empereur Ferdinand II faisait cependant une diversion utile à Sigismond. Wallenstein , son général, couvrait de ses troupes le Holstein et le Mecklenbourg; il prenait Rostock et Wismar, et assiégeait Stralsund. D'un autre côté, sept mille Impériaux entraient en Pologne. Malgré ces importuns secours, le génie de Gustave-Adolphe su! main-
tenir la supériorité des armes suédoises, et la %ietoire décisive de Stuin força bientôt Sigûtnond à faire une trêve de six ans , et à laisser au roi de Suède toutes ses conquêtes en Livonie et en Prusse. Le cardinal de Richelieu, qui poursuivait les probestans en France, les soutenait en Allemagne comme un obstacle à l'ambition effrénée de la maison d'Autriche, et comme le contre-poids nécessaire aux forces de l'empereur, du roi d'Espagne et d< leurs alliés. Il envoya le baron de Charnacé, en qualité de médiateur, à Altenmarck, où fut conclue cette dernière trêve, le 16 septembre 1629. La politique de Richelieu était de terminer les divisions qui existaient entre les couronnes de Suède et de Pologne, pour presser ensuite Gustave-Adolphe d'agir contre Ferdinand II. Des causes puissantes déterminaient d'ailleurs la nation suédoise à faire
% guerre à l'Autriche : par ses généraux Tillv et allenstein, l'empereur étendait ses conquêtes jusqu'à la Baltique. Son ambition tendait à dominer cette mer pour contenir les puissances du nord. Il avait fait encore une espèce de déclaration de guerre à la Suède, en envoyant un corps de troupes au secours de Sigismond. De son côté, la cour de Vienne voyait avec inquiétude les conquêtes des
Suédois; elle se flattait d'écraser facilement le vainqueur de la Pologne avec les armées considérables qu'elle pouvait mettre sur pied. Après quelques conférences pour arriver à un accommodement dont personne ne voulait, on décida d'employer la dernière raison des rois.
Gustave -Adolphe forme des alliances avec la France et avec les princes protestans de l'Allemagne. Il retourne ensuite à Stockholm , demande l'approbation des états-généraux , en obtient des secours considérables en hommes et en argent; et, dans cette même assemblée, sa fille Christine, âgée d'un an , est déclarée son héritière : « Le trône, dit » cette princesse dans ses mémoires, me servit de » berceau ; et j'étais à peine née, qu'il fallut y mon- » ter; le roi mon père convoqua, pour cet effet, » les états-généraux peu de mois après; il m'y fit » prêter hommage ; et la Suède à genoux m'adora » jusque dans mon berceau. »
A la fin de juin i63o, le roi de Suède débarqua sur les côtes de la Poméranie à la tête d'une armée de quinze mille hommes. Pendant cette année, il s'empare de toutes les places fortes de la Poméranie, et marche de succès en succès. Le 1 7 septembre f9aj , il rejoint dans la plaine de Breitenfeld,
près de Leipsig, L'armée des Impériaux, commandée par le feld-maréohal , comte deTilly, el remporte sur ce vieux général , jusqu^alors in\ incible, la victoire la plus éclatante. « \insi, dit un auteur » remarquable, fut presque entièrement dispersée » une armée qui avait fait trembler l'empire, et » avec laquelle la cour de Vienne s'était flattée » de mettre le roi de Suède dans les fers. La journée » de Leipsig fut moins funeste à la maison d Autri- » che et à ses alliés par la perte d'une partie de » leurs forces que par l'effet qu'elle produisit sur » les protestans. »
Le 5 avril i63i , Gustave-Adolphe passe le Lech , rivière sur la droite de laquelle les Impériaux étaient campés; il force une position réputée inexpugnable, dans laquelle s'était retranché le comte de Tilly. Ce feld-maréchal fut blessé mortellement dans cette bataille.
Ces triomphes successifs épouvantent Ferdinand II. Il humilie sa fierté impériale devant Wallenstein , qui avait encouru sa disgrâce, pour le déterminer à reprendre le commandement de ses troupes. L'Allemagne et l'Europe entière ont les yeux fixés sur la lutte terrible qui va s'engager entre un roi guerrier, illustré partant de victoires.
et un chef célèbre, plein de courage et d'habileté, que la fortune avait favorisé dans toutes ses entreprises militaires.
Le 5 novembre i632, les deux armées, brûlant d'en venir aux mains, campent dans la plaine qui sépare Weissenfels de Lutzen. Dix-huit mille Suédois sont en présence de trente-deux mille Impériaux. Le lendemain, à onze heures du matin, Gustave-Adolphe donne le signal de l'attaque. L'infanterie suédoise enfonce les lignes des Impériaux. Le roi ordonne au régiment de Stenbock d'avancer, et, cédant à son ardeur, il part pour charger la cavalerie ennemie , n'étant suivi que du duc François Albert de Saxe-Lawenbourg, d'un officier de ce prince et de deux domestiques. Dans ce moment il reçoit un coup de feu qui lui casse le bras. Le régiment de Stenbock accourait; on s'écrie : Le roi est blessé ! G ustave se tourne vers ses soldats , et leur répond en riant : « Ce n'est rien ; suivez-moi » et chargez. » Mais , en même temps, il dit en français au duc de Saxe-Lawenbourg : « Mon cousin , » j'en ai autant qu'il m'en faut; et je souffre une » extrême douleur. Tâchez de me tirer d'ici (i). »
(1) Puffendorf assure que ce vaillant prince fut assassiné par le dur François Albert de Saxe-Lawenbourg, l'un des cbefs gagnés parla cour
Aussitôt une halle lui traverse les reins; il tombe de cheval; il était mort ! La mêlée devint alors si grande en cet endroit, que le roi fut foulé aux pieds des chevaux. Une charge furieuse du colonel Stalauske fit reculer les Impériaux, et permit à cet officier d'enlever le corps de son maître (i). A cette affreuse nouvelle, les Suédois poussèrent des cris de rage; puis ils foncèrent sur l'ennemi avec une telle impétuosité, qu'il fut mis de tous côtés en pleine déroute. L'armée suédoise, consternée de la perte de son général, passa la nuit dans un morne silence sur le champ de bataille deLutzen.
Ainsi périt , au milieu d'une victoire , le plus grand capitaine de son temps. Il était à la fleur de l'âge, et à l'époque la plus glorieuse de sa vie : les Suédois étaient maîtres de cent trente villes et des deux tiers de l'Allemagne.
Gustave-Adolphe introduisit dans ses armées une discipline admirable, à laquelle il dut les meilleurs soldats de l'Europe. Il publia un code militaire. Il perfectionna les armées; et, par une tactique nou-
de Vienne. Ce qui est certain , c'est qu'après la mort de Gustave- Adophe ce duc passa au service de l'empereur.
(1) 11 existe encore dans la plaine voisine de Lutzen une pierre que l'on nomme lapierre suédoise. On dit qu'elle fut mise à la place ou fut trouvé le corps du roi.
velle, il changea entièrement l'art de la guerre. Comme administrateur, il ne fut pas moins grand : il lit fleurir le commerce, il encouragea les sciences, il protégea les arts. Par ses ordres Gothenbourg fut reconstruit; plusieurs villes furent bâties dans les province. Il ouvrit des écoles , éleva des collèges , et fonda l'université d'Upsal.
Gustave-Adolphe était bon sans faiblesse; sa piété fut exempte de fanatisme; sobre et tempérant, ses mœurs furent constamment pures. Endurci aux fatigues , il couchait sur la paille au milieu des soldats, dont il était adoré. Brave jusqu'à Ja témérité , on lui reproche d'avoir trop souvent prodigué sa vie. Il possédait au plus haut point l'art de connaître les hommes : après sa mort, Banner, Torstenson, Weimar, Horn, Wrangel, et plusieurs autres généraux qu'il avait choisis ou formés, soutinrent avec honneur l'ascendant des armes suédoises; et le chancelier Oxenstiern contribua beaucoup à maintenir la Suède au premier rang des puissances du Nord.
Gustave-Adolphe transmit à la célèbre Christine, sa fille unique, sa couronne et quelques-unes de ^cs grandes qualités.