‹ Le Château d'Eu (volume 3)Chapitre 55 sur 73 · JEAN-JACOUES DE MESMES IL · texte numérisé non relu

JEAN-JACOUES DE MESMES IL

Jean Jacques de Mesmes, second du nom, chevalier-seigneur de Roissy, fils unique de Henri de Mesmes et de Jeanne Hennequin, fut élevé par Passerai, professeur très-versé dans l'étude des belles-lettres. Il fut successivement conseiller au parlement en 1 583, maître des requêtes en i5o,4, conseiller d'état en 1600. Trois ans après la mort de Henri IV, il fut appelé au conseil de la direction des finances, puis au conseil des dépêches. Il fut membre des états-généraux de 1614? les derniers qui aient été tenus avant ceux de 1789. Lorsqu'il mourut, au mois d'octobre 1642, il était le doyen de tous les conseils.

Il avait épousé, le i5 mars i584, Antoinette de Grossaine, fille unique du seigneur d'Avaux.

Louis XIII érigea la terre et seigneurie d'Avaux en comté, l'an i638, en faveur de Jean-Jacques de

Mesmes, « en considération, dit le monarque dans » ses lettres, des grands et recommandantes services » rendus à la couronne de France et de Navarre » par les défunts seigneurs de Mesmes (i), tant de- » dans que dehors le royaume, notamment au feu » roi par le feu seigneur de Roissy, chancelier de » Navarre , et à présent par ledit seigneur de Roissy, » son fils , premier et plus ancien conseiller en tous » les conseils. »

(1) J.-J. de Mesmes I, né en 1490, négocia le mariage de Jeanne d'Albrel avec Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, père de Henri IV.

Henri de Mesmes, chancelier de Navarre, fils du précédent, était également propre aux armes et aux affaires : il reprit plusieurs places fortes sur les Espagnols , négocia la paix de 1570 avec les protestans, cultiva les lettres non sans succès, et mourut en 1596.

HENRI DE BOURBON

DEC DE MOMPENSIER.

Henri de Bourbon, duc de Montpensier, fils de François de Bourbon, duc de Montpensier, et de Renée d'Anjou, né à Mézières en Touraine, le \i mai 1^73, portait, du vivant de son père, le titre de prince de Dombes : il commanda en Bretagne dès l'âge de quinze ans; après la mort de son père, il fut pourvu du gouvernement de Normandie, et servit à ranger sous la domination royale celles des places de cette province qui tenaient encore pour la ligue. Ce fut lui qui, en i5o,6, présida à Rouen cette assemblée des notables où Henri IV déploya , dans un discours si éloquent, toute la franchise el toute la générosité de son caractère. En 1^97, il commandait l'avant-garde de l'armée française au

siège d'Amiens, que Henri IV reprit sur l'archiduc Albert, qui s'en était emparé par surprise (i).

Pendant l'occupation de cette ville par les Espagnols, plusieurs seigneurs de la cour qui, à la faveur de vingt ans d'anarchie politique et religieuse, avaient travaillé sans relâche à rétablir la tyrannie féodale , résolurent de profiter de l'embarras où se trouvait Henri IV pour lui demander de faire des principautés de leurs gouvernemens. Ils choisirent pour organe le duc de Montpensier, qui, sans réfléchir peut-être aux immenses conséquences de cette levée de boucliers, dit un jour, devant le roi, qu'il connaissait un moyen de lui créer la plus puissante armée qu'eût encore commandée un roi de France. « C'est parler magnifiquement, lui dit le » roi, et jamais offre ne fut faite plus à propos : » hâtez-vous de nous faire connaître un si beau se- » cret. — Le moyen est bien simple, reprit le duc :

(1) On fit à cette occasion ces quatrains conservés par Cayet :

« Je ne sais qui des deux est le plus admirable , » D'avoir pris et repris un Amiens si tort: » Mais je sais qui des deux est le plus honorable, i De l'avoir pris par fraude ou repris par effort. »

« On chante en mille façons » Une si belle entreprise; » Mais , de toutes les chansons , >» lia boineest la reprise. »

» votre majesté n'a qu'à promettre a ceux qui ont » des gouvernement par commission de lespossé-

» der en propriété avee la simple soumission d'un » hommage lige envers la couronne. — Mon cou- » sin et mon ami, répliqua fleuri I\ ', je ne puis » vous celer que, si je vous estimais avoir dans le » cœur des désirs si indignes et de vous et de moi, » je vous aurais fait connaître qu'un cœur vraiment » royal ne s'offense pas impunément. » Le duc de Montpensier comprit toute l'imprudence de sa démarche, revint de son égarement, et, reprenant son bon naturel, ne donna plus aucun sujet d'inquiétude ou de chagrin à Henri IV.

Après avoir vainement recherché la main de Catherine de Bourbon, sœur du roi, il épousa, le i5 mai 1597, Henriette-Catherine de Joyeuse, fille unique et héritière de Henri, maréchal de Joyeuse. Quelques années après son mariage, il fut atteint d'une maladie de langueur; il ne vivait que de lait de femme; il succomba le 28 février 1608 , âgé d'environ trente-cinq ans. « Il est juste qu'on le re- » grette, disait Henri IV, parce qu'il a bien aimé » Dieu, servi son roi, bien fait à plusieurs, et jamais » fait tort à personne. » Et, comme ce prince ne laissait qu'une fille et point d'enfans mâles, et que la

famille des Monlpensier s'éteignait par sa mort, le roi fit défendre les divertissemens ordinaires du carnaval.

Son corps fut exposé pendant huit jours dans une salle magnifiquement décorée. Ses officiers le servaient comme s'il eût été en vie. Un prélat bénissait la table, on apportait les mets, on présentait la coupe ; les grâces étaient dites par le même prélat , qui y ajoutait un de profundis : on distribuait ensuite les viandes aux pauvres. Tous les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, avec leur grand ordre au cou, assistèrent à ses obsèques (i).

(1) Serres.

1/Ï5bis.

LE MEME

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