DUC DE GUISE
Charles de Lorraine, duc de Guise et de Joyeuse f prince de Joinville et comte d'Eu, naquit, le 20 août i5yi, de Henri de Lorraine le Balafré, duc de Guise, et de Catherine de Clèves.
Ce prince avait été arrêté le jour où son père fut massacré à Blois; il se sauva de sa prison au mois d'août 1 591 . « La ligue en fit des feux de joie , et le » pape en rendit grâce à Dieu publiquement. » Le roi lui-même n'en parut pas fâché, « parce que, » disait-il, en sa qualité de prétendant à la cou- » ronne, c'était un nouveau germe de division » parmi les ligueurs. » Les Parisiens l'accueillirent par des acclamations unanimes, et demandèrent pour chef de la ligue le fils du héros qu'ils avaient adoré. Ce vœu était soutenu par le parti espagnol :
Philippe II lui lii offrir la main de l'infante Isabelle sa fille ; mais le duc de Mayenne, pousse pai son ambition personnelle autant que par les conseils de sa femme , qui lui répétait sans cesse qu'il vaudrait mieux faire la paix avec le roi que de reconnaître pour maître ce petit garçon (c'est ainsi quelle appelait dédaigneusement son neveu , fit échouer ce projet, qui eut placé la France sous la domination étrangère; et le duc de Guise ne jouit qu'un jour de ses royales espérances et de son triomphe de théâtre.
La satire Ménippée s'est vivement égayée à cette occasion sur le compte de ce prince. « (hic » diriez-vous, monsieur le duc, de ces impudens » politiques qui vous ont mis une figure en une » belle feuille de papier, déjà couronnée comme » un roi de carreau, avec la divine infante, vous » regardant hure à hure l'un l'autre?... Croyez-moi, » mon enfant, la couronne n est pas viande pour » vos oiseaux : n allongez pas votre table pour » cela; il y a du foin, il n'y a que les b es tes qui s'y » amusent. »
On y lit aussi ces épigrammes :
* La Ligue se trouvant camuse » Et les ligueurs bien ealOMëi
» Se sont advisés une ruse ,
» C'est de se faire un roi sans nez (1). »
réponse.
« Le petit Guisard fait la nique » A tous vos quatrains et sonnets ; » Car, étant camus et punais, > II ne sent point quand on le pique. »
Le duc de Guise commandait l'avant-garde de l'armée espagnole sous les ordres du duc de Parme, pendant les sièges de Paris et de Rouen : il se trouva au combat d'Aumale, où Henri IV courut danger de la vie.
Gouverneur de la Champagne depuis la mort de son père, il en avait confié le commandement à Saint-Pol, vieux ligueur renommé pour sa bravoure, mais détesté pour ses rapines. Le titre de maréchal de France , qu'il avait obtenu de Mayenne, enflait son orgueil : il vit avec dépit le duc de Guise venir reprendre l'autorité suprême en Champagne ; il osa un jour, sur la place de Reims, lui reprocher de démentir son père ; le duc tira son épée et tua le vieux guerrier. Quelque temps après, en i5o,4> il fit sa soumission à Henri IV, et se présenta à la cour. Comme il balbutiait un discours pour exprimer son repentir, le roi l'interrompit en l'embras-
i Le duc <l<- Guûve était en effetcapnw.
sant : « Mon cousin, lui dit-il, \<ms n'êtes |».is un » grand harangueur, non plus que moi; mais je
» vois bien que vous voulez me protester de votre » fidélité à venir, et j'y crois. Vous ne trouverez » point en moi de défiance, et je ne crains point en » vous d'ingratitude. C'est parce que vous êtes » jeune que vous avez failli : il vous faut un guide, » et vous l'aurez en moi; servez-moi bien, et je » vous tiendrai lieu de père. » Ces tendres et nobles paroles pénétrèrent au fond du cœur du duc de Guise, et en firent un des sujets les plus fidèles de Henri IV.
Le roi lui donna le gouvernement de la Provence , avec mission de combattre le duc d'Épernon , qui voulait s'emparer de cette contrée pour s'y déclarer indépendant : Marseille essaya également de se soustraire à l'autorité du monarque. Philippe II avait envoyé un secours à cette ville rebelle. Le duc de Guise y pénètre par suite de ses intelligences avec Liùertat, et parcourt les rues en criant : « Bons Fran- » çais, bons catholiques, criez, criez vive le roi! » c'est le duc de Guise qui vous parle : voyez par » mon exemple si le roi sait pardonner. » La ville fut délivrée. A cette nouvelle, Henri IV dit à ceux qui l'avaient blâmé de son indulgence pour le duc
de Guise : « Vous voyez bien que la générosité rap- » porte quelque fruit (i). »
Marie de Médicis, après la mort de Henri IV, avait fait entrer le duc de Guise au conseil : il y appuya, en 1 612, le mariage de Louis XIII avec l'infante d'Espagne. Condé voulait qu'on allât aux voix : « Qu'est-il besoin de délibérer? s'écria le duc en » regardant fièrement le prince : la chose est si » avantageuse, qu'il ne faut plus que remercier Dieu » de l'avoir permise, et la reine de l'avoir procu- » rée. » Il fut chargé de conduire à la frontière Elisabeth de France, fille de Henri IV, qui allait épouser l'infant d'Espagne, et ramena l'infante destinée au jeune roi de France.
Lorsque Richelieu fut devenu maître des affaires sous un roi dont il avait fait son premier esclave, sa politique ombrageuse ne put voir sans inquiétude cette maison de Guise, qui, même après V extinction de la ligue, était restée un état dans l'état : aussi, sur le prétexte que ce prince, dans son gouvernement de Provence, entretenait des intelligences avec les Espagnols, Louis XIII le manda à la
(1) Le chancelier de Chivcrny avait protesté en plein conseil contre la nomination du duc de Guise au gouvernement de Provence, attendu lu vieille et ronce prétention de la maison de Guise sur cette contrée.
cour pour qu il eût à rendre compte de sa condu Le duc de Guise crut prudent de ne point venu mettre entre les terribles mains du cardinal ; il aima mieux sortir de France et se retirer a Florence avec
toute sa famille.
L'héritier des Guises, le compétiteur de Henri I\ , celui qui avaitétésur le point de mettre la couronne de France sur sa Le le, mourut dans l'exil et dans L'obscurité, à Cuna, dans le Siennois, le 3o septembre 1640.
Il avait épousé Henriette-Catherine de Joyeuse.