‹ Le Château d'Eu (volume 3)Chapitre 6 sur 73 · REINE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

REINE DE NAVARRE

Jeanne, fille de Henri Iï d'Albret, roi de Navarre, et de Marguerite de Valois, sœur de François I , naquit en 1 52 8. Mariée, à l'âge de douze ans, à Guillaume duc de Clèves , elle n'habita pas avec son mari; le mariage fut déclaré nul par le pape Paul III, et elle épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, le 20 octobre 1 548. On sait qu'en mettant au jour Henri , son fils , depuis notre Henri IV, elle chanta une chanson béarnaise. En 1 555, elle succéda avec son mari à Henri d'Àlbret dans la souveraineté de la Basse-Navarre et du Béarn. En 1 562 , elle reçut les derniers soupirs d'Antoine de Navarre, mort aux Andelys des suites de la blessure qu'il avait reçue au siège de Bouen , et revint avec son fils dans le Béarn.

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En 1.564, une conspiration s'était formée, sous l'influence de Philippe il , pour enlever la reine de Navarre et son fils; quelques indices venus d'Espagne par la reine Elisabeth, proche parente de Jeanne d'Àlbret , et femme de Philippe II, firent échouer le complot. Philippe prétendait avoir, par les bulles du pape, un droit acquis sur la Navarre; il était d'ailleurs jaloux de voir que Jeanne d'Albret gouvernait avec assez de sagesse pour faire avorter les projets de troubles que sa lourde politique cherchait à y faire éclater. Elle avait dans le caractère autant de fermeté qu'Antoine de Navarre avait montré d'irrésolution. C'était surtout à l'occasion des croyances religieuses qu'elle faisait la guerre à son mari. « Cette princesse, dit Brantôme, » qui, dans sa jeunesse, aimoit autant un bal qu'un » sermon, ne se plaisoit pas à cette nouveauté de » religion. » Cependant elle se fit protestante, peutêtre parce que son mari se fit catholique, du moins ce fut à la même époque; et elle resta aussi constante à sa nouvelle croyance qu'Antoine parut chancelant dans la sienne. Devenue veuve, elle éleva son fils Henri dans sa nouvelle religion, et maintint dans ses états la paix et la prospérité, jusqu'au moment où Catherine de Médicis, qui

déjà méditait la Saint-Barthélémy, voulant attirer les chefs des huguenots à Paris, lui offrit pour son fils la main de Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Jeanne vint avec Henri à la cour de France; mais le pape se refusait à envoyer les dispenses nécessaires pour le mariage. Comme la reine de Navarre en témoignait ses regrets à Charles IX : « Ma tante, lui répondit ce prince, je vous » honore plus que le pape, et aime plus ma sœur » que je ne le crains; je ne suis pas huguenot, » mais je ne suis pas sot aussi; si monsieur le pape » fait trop la beste, je prendrai moi-même Margot » par la main, et la meneray épouser en plein » prêche. » Le pape accorda les dispenses; mais on prétend que la Saint-Barthélémy en fut le prix ; aussi, après le massacre, Charles IX disait en riant « que sa grosse Margot, en se mariant, avait pris » tous ses rebelles huguenots à la pipée. »

Jeanne d'Albret n'assista point aux noces de son fils : arrivée à la cour vers le milieu du mois de mai, elle avait cessé de vivre le 9 juin. On répéta par toute la France qu'elle avait été empoisonnée : le temps de sa mort, les massacres qui la suivirent, les craintes que l'élévation de son caractère pouvait donner à la cour; sa maladie, qui commença 11. 3

après avoir acheté <l< »s gants el des collets parfumes chez un parfumeur nommé René, venu <!<•

Florence avec la reine-mère , et qui passait pour un empoisonneur public; enfin les habitudes de

Catherine de Médicis, tout semblait favoriser celle opinion; cependant les médecins qui ouvrirent son corps n'y trouvèrent aucune trace de poison; elle avait recommandé qu'on examinât soigneusement son cerveau, parce qu'elle avait été toute sa vie tourmentée de grandes douleurs de tête ; on le trouva très-sain : il paraît qu'elle mourut d'un abcès à la poitrine (i).

Jeanne d'Albret avait aimé le faste et les plaisirs ; dans un âge encore peu avancé, elle réforma son luxe, et montra beaucoup de simplicité . une grande austérité de mœurs. Elle était fort zélée pour le calvinisme, et sa cour fut toujours un asile assuré pour les réformés. Elle aimait à parler théologie, et cultivait les lettres. Il y a du goût et de la grâce dans ses correspondances, et dans diverses pièces de poésie qu'elle a composées.

(i)Daubigné, huguenot zélé, affirme l'empoisonnement ; Jean de Serres, de la même communion , le rapporte comme un bruit populaire Pierre Mathieu , catholique, s'explique avec le même doute; el De Thon en parle avec une extrême réserve.

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96bis.

LA MÊME

( Original du temps. )

96ler.

LA MÊME

(Peint d'après un portrait qui est au Musée Koyal.)

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