‹ Le Château d'Eu (volume 3)Chapitre 73 sur 73 · REI\E DE FRANCE · texte numérisé non relu

REI\E DE FRANCE

Anne d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne, et de Marguerite d'Autriche, née à Valladolid le 11 septembre 1601 ; baptisée au même lieu le 7 octobre suivant; mariée à Louis Xlll, roi de France, le il\ novembre ï6i5; morte le 20 janvier 1666.

Cette princesse avait de la beauté, de la grâce et de la dignité dans toute sa personne.

« La blancheur de sa peau était remarquable; ses » yeux étaient parfaitement beaux; leur couleur, » mêlée de vert , rendait leurs regards plus vifs ; son » nez avait le défaut d'être trop gros , mais sa bouche » était petite et vermeille; ses lèvres n'avaient de » la maison d'Autriche que ce qu'il en fallait pour » la rendre plus belle ; son front était bien fait ; elle

» avait les plus beaux cheveux du monde; ils étaient « fort longs et en grande quantité : ses mains et ses » bras avaient une beauté surprenante, et toute «l'Europe en a ouï publier les louanges (i). » Louis XIII ne se montra pas d'abord insensible à tant de charmes; mais, soit inconstance, soit froideur, soit aussi que la jeune reine ne trouvât pas beaucoup d'attraits à régner sur le cœur du plus ennuyé des princes , les deux époux ne tardèrent pas à se témoigner de l'indifférence. Richelieu ne négligea rien pour persuader au roi qu'il n'était pas aimé de la reine. On dit que son orgueil, qui s'était élevé jusqu'à parler d'amour à Anne d'Autriche, fut blessé d'un refus et devint implacable; mais les mémoires du temps ne parlent que vaguement d'une déclaration que l'arrivée du roi avait interrompue. Il est plus vraisemblable que le cardinal, craignant, pour son propre crédit, que la jeune reine ne prît trop d'ascendant sur son époux, mit tout en œuvre pour inspirer au roi, naturellement jaloux, de l'ombrage et des soupçons sur l'attachement de sa femme. C'est ainsi qu'on prétend qu'il descendit lui-même dans le cachot de Chalais, pour en tirer ou même solliciter des aveux (1) Madame de Mottcville.

qui pouvaient compromettre Anne d'Autriche. Elle avait, dit-on, avoué l'espérance d'épouser le duc

d'Orléans, après la mort du roi, que les médecin-, et les astrologues croyaient peu éloignée. Le roi eut le courage ou plutôt la cruauté de faire comparaître Anne d'Autriche en plein conseil. Là, il lui reprocha, avec un sourire amer, d'a\oir souhaité un autre époux. « Je n'aurais pas assez gagné au change , » répondit-elle avec dédain. » Un autre fois Richelieu , ayant découvert qu'Anne d'Autriche entretenait une correspondance secrète avec le roi d'Espagne et le cardinal-infant, se servit avec succès de cette découverte pour rendre sa fidélité suspecte au roi. Elle cachait ses dépêches dans une cassette déposée dans un cabinet de son oratoire au \ aide-Grâce, où elle se retirait fréquemment pour ses dévotions. Une religieuse de sa confidence les remettait entre les mains de De Laporte, ancien domestique de la duchesse de Chevreuse, qui rendait en échange les lettres de l'infant. Le cardinal fit ordonner au chancelier Séguier d'aller, de la part du roi , au Val-de-Grâce , saisir cette correspondance , pendant que la reine y serait. On dit que Séguier fit avertir la reine (i) : on ne trouva rien; mais Anne

(1) Histoire du cardinal de Richelieu par M. Jay. Mais Anne de Gon/a-

d'Autriche ne fut pas moins obligée de signer un écrit par lequel elle se reconnaissait coupable d'imprudence.

La politique ne fut pas le seul mobile dont on se servit pour entretenir cette désunion. Anne d'Autriche, élevée dans les idées d'une galanterie alors permise en Espagne, était légère, et avait quelque penchant à la coquetterie : elle ne regarda les brillantes témérités du duc de Buckingham que comme un hommage à ses charmes , qui ne pouvait offenser sa vertu; mais sa complaisance à les accueillir (i)

gue et madame de Motteville rapportent] un mot de la reine à sa toilette, qui ferait croire que l'investigation du chancelier fut intime jusqu'à l'indiscrétion. De Laporte, dans ses mémoires, page 145, dit « que, la reine » ayant caché une lettre dans son sein , le chancelier Vf voulut rein prendre. »

(1) Le souvenir de Buckingham resta long-temps cher à la reine. Un jour (1644) que Voilure était auprès d'elle, Anne d'Autriche lui demanda à'quoi il pensait : le poète lui répondit par ces vers qu'elle a trouvés si jolis ( dit madame de Motteville ) qu'elle les a long-temps tenus dans son cabinet.

« Je pensais que la destinée,

» Après tant d'injustes malheurs,

» Vous ajustement couronnée

» De gloire , d'éclat et d'honneurs ;

» Mais que vous étiez plus heureuse

» Lorsque vous étiez autrefois

» Je ne veux pas dire amoureuse ,

» La rime le veut toutefois.

» Je pensais , car nous autres poètes

» Nous pensons extravagâment ,

» Ce que, dans l'humeur où vous êtes ,

m fut mise au rang des infidélités; et les deux époui vécurent au milieu des soupçons, connue dans un divorce continuel, qui ne fut interrompu que par quelques réunions passagères, dues plutôt aux circonstances (i) qu'à la tendresse. Louis XIII conserva jusqu'à sa dernière heure un souvenir amer des torts que sa jalousie supposait à la reine; car. lorsque Chavigny fut chargé par Anne d'Autriche d'assurer le roi, au lit de mort, qu'elle n'avait mérité aucuns reproches, ni dans les intrigues avec l'Espagne, ni sous d'autres rapports, ce prince répondit : « Dans l'état où je suis, je dois lui pardon- » ner; mais je ne puis la croire. »

Avec de telles dispositions , on conçoit qu'il cher cha à exclure la reine de la régence; il se décida pourtant à la lui léguer après bien des combinaisons politiques; mais il créa un conseil souverain . et défendit à Anne d'Autriche et à Gaston de le changer. Il en établit chef le prince de Coudé, et

» Vous feriez , si , dans ce moment ,

» Vous avisiez en cette place

» Venir le duc de Buckingham ;

» Et lequel serait en disgrâce

» De lui ou du père Vincent. »

(1) Tel que l'orage qui éclata un soir à Paris, et qui força Louis Mil de ne pas retourner à Saint-Germain , et de coucher au Louvre. (Naissance dr Louis XIV.)

le 19 avril, il signa sa déclaration, et mit au bas, de sa main : Ce que dessus est ma très-expresse et dernière volonté, que je veux être exécutée. Après la mort de Louis XIII , son testament ne fut pas respecté ; et, dans un lit de justice que le jeune roi tint le 18 mai, Anne d'Autriche fut déclarée régente et tutrice sans restriction, et maîtresse de former son conseil à sa volonté. Gaston fut déclaré lieutenantgénéral de l'Etat; le prince de Condé, chef du conseil.

« Tous les exilés furent rappelés; tous les prison- >j niers remis en liberté; tous les criminels justifiés. » On donnait tout; on ne refusait rien. On alla jus- » qu'à expédier un brevet pour un impôt sur les

» messes La reine était adorée beaucoup plus

» par ses disgrâces que par son mérite : de plus, » on voyait sur les degrés du trône, d'où l'âpre et » redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que » gouverné les humains, un successeur doux et » bénin, qui ne voulait rien, qui était au désespoir )) que la dignité de cardinal ne lui permît pas de )> s'humilier devant tout le monde; qui marchait » dans les rues avec deux petits laquais derrière son » carrosse (i). » Ce successeur était Mazarin : il avait

(1) Relz, lomei.

eu Part de s'insinuer dans les bonnes grâces de la reine, qui, naturellement nonchalante et ennemie des affaires, se reposait avec complaisance sur lui de l'administration du royaume (i). Alors on vit se renouveler les intrigues qui s'étaient élevées contre Marie de Médicis à l'occasion de la scandaleuse omnipotence de Concini. Le nouvel Italien était plus fin, plus adroit, plus soyeux; mais sa faveur irritait les ambitions des grands : sa qualité d'étranger servait de prétexte à la haine du peuple. La guerre s'alluma entre la cour et les parlemens. On se donna des noms de faction : les partisans de la cour s'appelèrent Mazarins; les autres furent nommésyro/i-

(1) « Madame de Chevreuse m'a dit plusieurs fois que la reine n'était » Espagnole ni d'esprit ni de corps ; qu'elle n'avait pas la vivacité de sa na- » tion , qu'elle n'en tenait que la coquetterie , mais qu'elle l'avait au sou- » verain degré : que M. de Bellegarde , vieux , mais poli et galant à la mode » de Henri III, lui avait plu, mais qu'elle s'en était dégoûtée, parce qu'en » prenant un jour congé d'elle lorsqu'il alla commander l'armée de La Ro- » chelle , et lui ayant demandé en général la permission d'espérer une » grâce avant son départ , il s'était réduit à la supplier de vouloir bien » mettre la main à la garde de son épée ; qu'elle avait trouvé cette manière » si sotte qu'elle n'en avait jamais pu revenir : qu'elle avait agréé la galan- » terie de M. de Montmorency beaucoup plus qu'elle n'avait aimé sa per- » sonne ; que l'aversion qu'elle avait pour les manières de M. le cardinal de » Richelieu , qui était fort pédant en amour, avait fait qu'elle n'avait jamais » pu souffrir la sienne... Qu'elle lui avait vu, dès l'entrée delà régence, une » grande pente pour M. le cardinal.... Qu'elle lui avait vu dans des momens » de certains airs qui avaient beaucoup de ceux qu'elle avait eus autrefois » avec Buckingliam ; qu'en d'autres elle avait remarqué des circonstances » qui lui faisaient juger qu'il n'y avait entre eux qu'une liaison intime » d'esprit. » (Retz , tome h, page 525.)

deurs. « Bachaumont s'avisa de dire un jour, en » badinant, que le parlement faisait comme les » écoliers qui frondent dans les fossés de Paris, qui » se séparent dès qu'ils voient le lieutenant civil, et » qui se rassemblent dès qu'il ne paraît plus. » Cette comparaison fut trouvée plaisante ; elle fut célébrée par des chansons. Le coadjuteur et ses amis prirent des cordons de chapeaux qui avaient la forme d'une fronde. Aussitôt le pain, les chapeaux, les gants, les mouchoirs, les éventails, les garnitures, les écharpes , tout fut à la Fronde.

Le parlement demandait l'éloignement de Mazarin : dans cette vue il entravait toutes les opérations de la régence. Anne d'Autriche était d'un caractère altier et peu patient en politique. Trop facile à céder à ses premiers mouvemens, elle avait quelquefois besoin de la douceur artificieuse de son ministre, pour ne pas compromettre, par une violence intempestive, les intérêts et la sûreté du trône. Blessée d'une résistance, dont le motif secret était injurieux à son honneur, elle n'écouta que sa colère dans la fameuse affaire Broussel. Malgré les barricades , malgré les cris de la populace qui demandait la mise en liberté de ce conseiller arbitrairement arrêté, elle répondait : « Je

» t étranglerai plutôt!... » El . lorsque le parlement vint en corps au Palais-Royal faire les mêmes demandes : « La postérité, lui dit la régente, regar- » dera avec horreur la cause de tant de désordres, » et le roi, mon fils, vous en punira un jour. » Cependant, comme tous les gouverne iik ns faibles passent alternativement des actes de violence aux concessions, la cour céda, et Broussel sortit de prison. Cette concession , qui, faite volontairement et de bonne foi, eût adouci les esprits, ne fit que révéler à la Fronde et à la multitude le secret de leur force. Aussi recommencèrent-elles avec plus d'acharnement leurs manœuvres pour renverser Mazarin. Le coadjuteur s'était déclaré son implacable ennemi; il le fit passer en huit jours, comme il le dit lui-même, pour le juif le plus convaincu de F Europe : de sorte que , l'impatience de la reine étant parvenue à son comble , elle enleva le roi de Paris, dans la nuit du 9 janvier 1649, et se rendit à Saint - Germain , suivie du duc d'Orléans, du prince de Condé et de toute la famille royale, à l'exception de la duchesse de Longueville. L'accommodement de Saint-Germain ramena la régente et son fils à Paris; mais c'était Mazarin dont tout Paris demandait l'exil ; et la reine ne pouvait se dé-

cider à en faire le sacrifice. Persécutée par Richelieu , elle avait inspiré cet intérêt que donne la souffrance anx personnes de son rang; subjuguée par Mazarin, elle se vit en butte aux plus piquans outrages. Des libelles, des chansons, des satires, des pasquinades, que le coadjuteur appelait la provision de l'imagination des peuples , furent répandus contre elle avec profusion dans la capitale (i). De nouvelles intrigues de cour vinrent encore aigrir son âme ulcérée. Condé, mécontent de voir au premier rang l'étranger qu'il appelait dédaigneusement le dieu Mars, se plaignait hautement de l'ingratitude de la régente. Elle se vengea de ses dédains et de ses murmures, en le faisant arrêter avec le prince de Conti et le duc de Longueville, le 18 janvier 1750. Mais ce coup d'Etat n'apaisa point la fureur du peuple contre Mazarin. Enfin, ce ministre, désespérant de pouvoir détourner l'orage amassé sur sa tête , quitta Paris le 6 février, et se retira à Saint-Germain. Anne d'Autriche avait songé à le suivre; mais les frondeurs, ayant pressenti son projet, coururent aux armes; et la reine, désappointée, fit ouvrir les portes du

(1) Ce Recueil existe en grande partie dans la bibliothèque du Palais- Royal.

palais royal, pour montrer le roi livré aux douceurs du sommeil. Depuis celte époque jusqu'à la fin des troubles de la Fronde, Anne d'Autriche joua toujours le même rôle. Quoique absent , Mazarin la gouvernait, elle et sa cour : tantôt ennemie de Condé, tantôt unie avec lui, elle accordait sa confiance à celui qui lui donnait plus d'espérance de voir bientôt rappelé le ministre dont elle regrettait l'absence. Ces querelles intestines firent couler beaucoup de sang français , et frappèrent les plus illustres familles. Le siège d'Orléans, le duel des ducs de Beaufort et de Nemours, le combat de Bléneau, le siège d'Étampes, la bataille de St-Antoine, le massacre de l'Hôtel-de-Ville, attestent les malheurs inséparables des guerres civiles, et appellent sur la politique d'Anne d'Autriche une attention sévère. Enfin le peuple , fatigué de ces désordres, redemanda son roi; la Fronde se dissipa, et, le il octobre i65^, le jeune Louis revint de St- Germain dans sa capitale, où il fut reçu avec des transports universels d'enthousiasme et de joie. Condé avait quitté la France; Gaston était sorti de Paris; le cardinal de Retz venait d'être arrêté; Mazarin n'avait plus d'obstacles à rencontrer sur le chemin de la cour : il y arriva, accompagné de

Turenne, le 3 février i653; et ces mêmes Parisiens, qui l'avaient abreuvé d'outrages, lui donnèrent à l'Hôtel-de-Ville une fête, dans laquelle on lui prodigua des honneurs réservés aux souverains.

A dater de cette époque, Anne d'Autriche, heureuse de voir son fils sur le trône et Mazarin auprès de lui, ne prit plus aucune part aux affaires de l'Etat, et passa les dernières années de sa vie dans des exercices de charité et de piété. Attaquée de la douloureuse maladie d'un cancer au sein , elle montra, dans ses longues souffrances, une patience angélique. « Je n'ai jamais vu rien de si beau, di- » sait le prince de Condé; voilà une femme dont » le mérite est digne d'une estime éternelle! » Sentant que son pouls s'affaiblissait, elle appela l'archevêque d'Auch, son confesseur, et lui dit : « Ah ! » mon Dieu! ne me laissez pas mourir sans l'ex- » trême-onction ! » Après avoir reçu ce dernier sacrement, ses yeux commencèrent à se couvrir delà froide et sombre vapeur de la mort; mais, ayant entendu le roi parler auprès de son lit : « Ah ! » voilà le roi! » dit-elle, et, après l'avoir tendrement considéré, elle lui dit : « Allez, mon fils, allez » souper! » Elle ajouta, en parlant à la jeune reine qui pleurait : « Ma fille, allez-vous-en. » Louis XIV

ne voulait point se retirer; mais on X entraîna dan*» le cabinet des bains, où il fallut lui jeter de Peau

sur le visage. Le duc d'Anjou, son frère, resta clans la chambre de sa mère. La mourante retrouva encore quelques forces pour dire à milord Montaigu, qui était au pied de son lit : « Monsieur de Mon- » taigu, que voilà, sait ce que je dois à Dieu, et les » grâces et les miséricordes qu'il m'a faites (i Quelquefois, vaincue par la douleur, elle disail à l'archevêque d'Auch : « Je souffre beaucoup; ne » mourrai-je pas bientôt?» Elle conserva sa connaissance tout entière jusqu'à son dernier soupir, qu'elle rendit le mercredi 20 janvier 1666, entre quatre et cinq heures du matin. Monsieur, frère du roi , l'embrassa morte; et il partit aussitôt après pour aller chez lui à St-Cloud, passer les premiers jours de sa douleur.

Louis XIV disait à madame de Montausier : « La » reine ma mère n'était pas seulement une grande » reine, mais elle mérite d'être mise au rang des » plus grands rois. » Cet éloge honore la piété fdiale

(1) « Ce seigneur anglais , qui était alors prêtre et dévot , avait été dans » sa jeunesse le confident des folles adorations que les hommes avaient eues » pour la beauté de cette princesse. Il n'ignorait pas les complaisances que » l'amour-propre lui avait fait prendre en ces vanités. »

(Madame de Motteville , tome xi.)

de ce monarque; mais l'histoire peut-elle le ratifier? Comme femme et mère, Anne d'Autriche avait des qualités et des vertus recommandables : comme reine, elle manquait de génie; sa politique était tracassière, et la hauteur de son caractère la précipitait souvent dans les démarches les plus imprudentes. « Dans les momens d'irritation , dit Anne de » Gonzague, les partis les plus violens lui venaient » à l'esprit : elle les aurait préférés, pour sortir » plus tôt d'affaire , et se rendormir dans sa paresse. » Supposez Richelieu à la place de Mazarin ; la ré~ » gence de la reine aurait été remarquable par de » sanglantes catastrophes! » Elle avait appris à dissimuler du roi son mari , qui , dit madame de Motteville, « avait pratiqué cette laide, mais nécessaire w vertu, plus parfaitement qu'aucun prince du » monde. » Elle en donna un exemple remarquable à l'égard du cardinal de Retz. Ce prélat se trouva au Louvre, lorsqu'en i65a le roi rentra dans sa capitale. La reine dit à son fils de l'embrasser, comme celai à gui il devait particulièrement son retour à Paris... Le lendemain Retz était prisonnier à Vin-

ce n nés!

Si ses enfans ont arrosé son ht de mort de leurs larmes, elle avait elle-même entouré leur berceau

clos soins les plus tendres. Il est impossible de porter plus loin la sollicitude maternelle, soit dans I : maladie qui faillit à enlever Louis \1V et son frère

encore enfans, soit dans leur première éducation. Elle présidait elle-même aux leçons, et s'attachait à graver dans leur cœur de nobles sentimens, et à donner à leur esprit cette fleur d'aménité qui répandit par la suite sur la cour de Louis \1\ l;ml d'élégance et tant d'éclat. On connaît sa réponse toute royale à Mazarin, qui cherchait à la sonder sur la passion du jeune Louis XIV pour Mancini, nièce du cardinal : « Si le roi était capable de cette » indignité, je me mettrais avec mon second fils à » la tète de toute la nation contre le roi et contre » vous. »

Sa piété était grande. Elle communiait tous les dimanches : la veille des grandes fêtes elle allait coucher au Val-de-Grâce , où, retirée du monde, elle se livrait à des entretiens religieux. C'est à elle que Paris doit cette magnifique église ( i ). Elle exigea que les cœurs des rois y fussent déposés , et que tous les descendans des branches cadettes y fussent enterrés; ce qui en avait fait la sépulture de la branche d'Orléans. Ce superbe édifice étant devenu un hô-

(1) Voir son testament, 3 août 1665.

pital, madame la duchesse douairière d'Orléans, mère du prince actuel, fit construire, pour y suppléer, la chapelle de Dreux. La charité est inséparable de l'amour de la religion : Anne d'Autriche la pratiquait avec zèle. Pendant les troubles de la Fronde, elle envoyait souvent de Saint-Germain distribuer de l'argent aux pauvres de Paris. Un jour même elle vendit des pendans d'oreilles en diamant , d'une grande valeur, pour en employer le prix à de semblables aumônes. Elle visitait quelquefois les prisons, déguisée en femme de chambre. Cependant ses familiers se plaignaient qu il fallait trop s aider auprès délie pour obtenir ses bienfaits. Les princes, délicatement généreux, savent toujours, en pareil cas, sauver l'embarras de la demande. Son esprit était facile, et ne manquait pas de finesse; sa conversation était agréable. Elle aimait avec passion les bonnes odeurs; cependant on dit que la vue et le parfum d'une rose lui faisaient mal. Elle était d'une recherche et d'une délicatesse extrêmes; on pouvait difficilement trouver de la batiste assez fine pour lui faire des draps et des chemises ; aussi le cardinal Mazarin lui dit un jour « que, si elle allait en » enfer, elle n'aurait pas d'autre supplice que celui » découcher dans des draps de toile de Hollande. »

lit,

Voici comme madame de Motteville, qui a écrit a\cc tant de charme et d'intérêt la s Le <1 \nne <1 \utriche, rend compte de l'emploi que cette jirinc < faisait de sa journée :

« Elle s'éveillait pour l'ordinaire de dix à onze » heures. Quand on avait annoncé son réveil. » principaux officiers lui venaient faire leur cour. » Des dames venaient aussi lui parler des aumônes » de charité qui étaient à faire, soit à Paris, soit » dans toute la France... Elle se levait ensuite, et, » après avoir fait une seconde prière, elle déjeunait » de grand appétit. Elle prenait ensuite sa chemise, » que le roi lui donnait en l'embrassant tendre- » ment; elle entendait la messe, et venait à sa toi- » lette. Elle s'habillait avec soin, mais sans luxe : il » était pourtant aisé de voir, à travers la modestie » de ses habits, qu'elle pouvait être sensible à un » peu d'amour-propre. Elle ne dînait pas souvent » en public, servie par ses officiers, mais presque » toujours dans son petit cabinet, servie par ses » femmes : après son dîner, elle allait tenir cercle, » ou faire une promenade, ou quelque dévotion; » elle avait aimé le bal; elle en avait perdu le goût » avec la jeunesse; mais elle allait à la comédie, et » se plaisait aux pièces de Corneille. Le soir, la con-

» versation se faisait entre la reine et les princes. » Le duc d'Orléans, après un entretien secret, s'en » allait au Luxembourg, et laissait le cardinal Ma- » zarin avec la reine. Après un entretien qui durait » habituellement une heure, la reine donnait le » bonsoir à tout ce qui s'appelait le grand monde , » et entrait dans son oratoire pour se mettre en » prière; puis après elle en sortait pour souper à » onze heures. En suite de ce festin nous allions » la trouver dans son cabinet, où recommençait » une conversation gaie et libre, qui nous condui- » sait jusqu'à minuit ou une heure; et, quand elle » était déshabillée et souvent couchée, et prête à » s'endormir, nous la quittions pour en aller faire » autant. »

Pélisson a écrit un éloge d'Anne d'Autriche; mademoiselle de Scudéri fil ces vers en son honneur :

« Elle sut mépriser les caprices du sort , » Regarder sans horreur les horreurs de la mort, » Affermir un grand Irône, et le quitter sans peine, » Et, pour tout dire enfin , vivre et mourir en reine ! »

Cette princesse fut enterrée à Saint-Denis. L'évêque de Comminges,de la maison de Choiseul, composa ce sonnet à Saint-Denis sur la pompe funèbre, quand on jeta dans le tombeau les marques de la

royauté :

ii. 27

■ Superbes ornemens d'une grandeur passée « Vous voilà descendus du trône au monument.

» Que reste-l-il de vous dans ce grand changement F » Qu'un triste souvenir d'une gloire effacée.

» Mortels, dont la fortune est toujours balancer, « Et qui des ris aux pleurs passez en un moment, » Si vous voulez sortir de votre égarement , » Que ce terrible objet trappe votre pensée î

» Anne vivait hier, et cette majesté,

» Qui régnait sur les cœurs par sa rare bonté ,

» Dans ces antres sacrés n'est plus qu'un peu de cendre.

» Orateurs! taisez-vous. Cette foule de rois

» Qui sont ici , comme elle , et sans force et sans voix ,

» Font moins de bruit que vous, mais se font mieux entendre.

163bis.

LA MÊME

163ler.

LA MÊME

•il 9

!Y... de France, duc d'Orléans, second fils de Henri IV, roi de France et de Navarre, et de Marie de Médicis, sa seconde femme.

Né à Fontainebleau le 1 6 avril 1607 ; mort à Saint- Germain-en-Laye, le 17 novembre 161 1 , sans avoir été nommé.

Il est représenté avec ses deux frères, Louis Xlll et Gaston, duc d'Anjou, puis duc d'Orléans.

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