‹ Le Château d'Eu (volume 3)Chapitre 8 sur 73 · PRINCE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

PRINCE DE CONDÉ

Louis de Bourbon I, prince de Condé, marquis de Conti, comte de Soissons, d'Anisy, de Valéry, etc. : septième fils de Charles de Bourbon, due de Vendôme , et de Françoise d'Alencon ; né à Ven-

dôme, le 7 mai i53o; marié, le 11 juin i55i,à Éléonore de Roye, fille aînée et héritière de Charles, sire de Roye et de Muret, et de Madeleine de Mailly, dame de Conti; et en secondes noces à la sœur du duc de Longueville ; combattit vaillamment aux sièges de Calais et de Thion ville, à la défense de Metz, au combat d'Antibes étala bataille de Saint-Quentin. Ennemi des Guises, il tenta de les renverser; il était en secret l'âme de la conspiration d'Amboise; aussi les princes lorrains cherchèrenl des ce moment à le perdre. En i56o, le roi

w François II le manda avec le roi de Navarre pour assister aux ('hits d'Orléans. Là, sous prétexte d'une

nouvelle conspiration, il est condamné à perdre la tête; mais, François II étant mort sut* ces entrefaites, l'arrêt ne fut point exécuté. Charles IX lui

rendit la liberté dans les premiers jours de son règne, après qu'il eut été déclaré absous par arrêt de la Cour de Paris, tenue en parlement le 18 décembre i56o. Il reparut à la cour au mois de juillet i56i ; le roi voulut qu'il se réconciliât avec les Guises : « Racontez , dit le jeune Charles au duc » François de Guise, comment les choses se sont » passées à Orléans. » Le duc le fit en rejetant sur le défunt roi l'emprisonnement du prince. « Qui- » conque m'a fait cet affront, dit Condé en se tour- » nant vers le duc, je le tiens pour un méchant » homme et un scélérat. — Et moi aussi, reprit le » duc, mais cela ne me regarde pas. » Ils s'embrassèrent, soupèrent ensemble, se jurèrent amitié,

et ne se pardonnèrent pas. Le peuple de Paris,

attaché à l'ancienne religion, préférait le duc de Guise au prince de Condé; celui-ci, ne se trouvant pas assez fort pour lutter seul contre son rival, écrivit à d'Andelot et à l'amiral de marcher vers lui en toute diligence : « Que César n'avait pas seu-

» lement passé le Rubicon, mais déjà avait saisi » Rome, et que ses étendards avaient commencé » à s'ébranler par les campagnes. » Mais les triumvirs ne perdent pas de temps; ils enlèvent le roi à Melun et le ramènent à Paris : à cette nouvelle , Condé s'écrie : « C'en est fait, nous sommes plon- » gés si avant qu'il faut boire ou se noyer; » et sur-le-champ il vole à Orléans, où il est élu chef des réformés, le n avril i56i. Après maintes conférences , où les deux partis ne cherchèrent qu'à se tromper, Condé, qui avait reçu un secours d'Elisabeth , reine d'Angleterre, et un renfort de reîtres, marche droit sur Paris. La reine-mère essaya d'abord de le vaincre par ses armes ordinaires, les fausses caresses et les promesses artificieuses. Elle attendait un corps d'Espagnols (i); dès qu'ils parurent, Condé crut prudent de replier bagage, et prit la route de Normandie. Atteint à Dreux par l'armée royale , le 1 9 décembre 1 56a , il perd la bataille et est fait prisonnier. Le soir, le prince de Condé et le duc de Guise, son vainqueur dans cette journée, couchèrent dans le même lit; et, le lende-

1 < Les étrangers , dit Lanoue, ouvraient les yeux et frétillaient poui » entrer en France. » De tout temps ce beau pays ne leur a fait que trop envie.

main, le prince de Condé raconta qu il n ;»\;ni pu fermer l'œil, tandis que le duc «le Guise avait dormi à côté de lui aussi profondément que s'ils avaient

été les meilleurs amis du inonde, lai i Ï67, il perdit la bataille de Saint-Denis contre les catholiques En 1 568 , menacé d'être enlevé de son château de Noyers , en Bourgogne, par ordre de la reine-mère . il se sauva à la Rochelle. La guerre recoinmenee; les affaires du prince Coudé sont de jour en jour plus florissantes. « Il devint en telle gloire, dil » Brantôme, qu'il fit battre monnoie d'argent avec » cette inscription : Louis XIII, roi de France (1). » En i56c), la bataille de Jarnac vint mettre lin à sa puissance et à sa vie. Au moment que, pressé par les escadrons du duc d'Anjou, il mettait son casque pour charger l'ennemi , le cheval du duc de Larochefoucault, son beau-frère , lui cassa la jambe d'un coup de pied. Condé n'en fondit pas moins, tête baissée, sur l'ennemi. Renversé de son cheval, il combattit encore long-temps un genou en terre. « Jà Dieu ne plaise, s'écria-t-il, qu'on die jamais )> que Bourbon ait fuy devant ses ennemis. » Il fui pris par Dargence, gentilhomme auquel il avait sauvé la vie, et qui essaya de lui rendre le même

(1) Voltaire dit que ce no fut qu'un artifice de cour pour le perdre.

service; mais le prince voyant arriver les compagnies du duc d'Anjou : « Tu ne me sauveras pas, » dit-il à Dargence, je suis mort. » Et en effet Montesquiou, capitaine des gardes du duc, tua de sangfroid « ce prince , qui s'étoit couvert la face de son » manteau , comme fit autrefois Jules César quand » il fut tué. » On dit que le duc d'Anjou , enivré de ce barbare triomphe, fit charger son ennemi mort sur le dos d'une ânesse, pour le transporter; ce qui donna lieu à cette épitaphe comique :

« L'an mil cinq cent soixante-neuf, » Entre Jarnac et Châteauneuf, » Fut porté mort sur une ânesse » Le grand ennemi de la messe. »

Ce prince, lorsqu'il mourut, n'était âgé que de trente-neuf ans; il était aimable, spirituel, galant dans le commerce de la vie, autant qu'audacieux en politique et intrépide dans les combats. Jamais général ne fut plus aimé de ses soldats; on en vit à Pont-à-Mousson un exemple unique. Il manquait d'argent pour les troupes , et surtout pour les reîtres, qui étaient venus à son secours et qui menaçaient de l'abandonner. Il osa proposer à son année, qu'il ne payait point, de payer elle-même l'armée auxiliaire; el , ce qui ne pouvait jamais ai-

river que dans une guerre de religion et sou» un

général tel que lui, toute son armée se enlisa. Son courage ni sa gaité ne l'abandonnèrent pas

dans sa prison, à Orléans, lorsqu'il lut condamne à mort. Il écrivit à sa femme des lettrés pleines de consolations, ne plia point dans sa disgrâce; et, lorsqu'on le sollicitait de faire quelques concessions : « Jl n'y a, répondait-il, meilleur moyen » d'appointement qu'avec la pointe de la lance. »

Quoiqu'un peu bossu et petit, il était plein d'agrémens, et très-aimé des femmes (i). On fit sur lui ce vaudeville :

« Ce petit homme tant joli ,

» Qui toujours cause et toujours rit,

» Et toujours fête sa miguone,

» Dieu gard' de mal ce petit homme. »

(1) On dit que la maréchale de Saint-André se ruina pour lui, et lui donna , entre autres présens , la terre de Valéry, qui depuis est devenue la sépulture des princes de la maison de Condé.

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