ROI DE FRANCE, SURNOMMÉ LE VICTORIEUX
(Peint sur bois. )
Ce prince , né en l’hôtel Saint-Paul , à Paris , le 22 février 1402, portait, du vivant de ses frères, le nom de comte de Ponthieu, sous lequel il fut établi, en novembre 1 4 1 5 , garde et capitaine du château et du bois de Vincennes : il devint dauphin en avril i4i6, après la mort de son frère Jean, qui fut empoisonné à Compiègne.
Dans le soulèvement de Paris, en i4i8, lorsque Perrinet-le-Clerc conspira avec les Bourguignons contre les Armagnacs, Tanneguy-Duchâtel, craignant pour les joursdu dauphin, courut à son hôtel, le prit dans ses bras, presque nu, à peine éveillé, et le transporta à la Bastille , dont il était gouverneur :
de là Charles se retira à Bourges, puis à Poitiers, où, avec les magistrats échappés au massacre de Paris, il forma un parlement, et prit la qualité de régent du royaume. Sa fierté s’indignait de voir les Anglais dominer dans la capitale de la France; et, trop jaloux de ses droits et de l’honneur national pour céder aux artificieuses promesses d’Isabeau sa mère, et pour abandonner la couronne à Henri Y, roi d’Angleterre, il résolut de sauver son pays, ou de s’ensevelir sous les ruines de la monarchie. Il appela auprès de lui les seigneurs et les guerriers restés fidèles à l’honneur et à la patrie; et les Vendôme, les Dunois, les Richemont, les Foix, les Lahire, les Xaintrailles , accoururent sous ses drapeaux.
Après l’assassinat de Jean- sans -Peur, duc de Bourgogne, au pont de Montereau, le dauphin régent se retira derrière la Loire, et ne s’occupa plus qu’à repousser l’exécution du honteux traité signé à Troyes, par lequel il était dit : que Catherine de France épouserait Henri V, et qu’après la mort de Charles VI la couronne passerait au roi d’Angleterre. » Dans cet acte, Henri V était qualifié par le roi de France, de son très-cime fils , héritier et régent du royaume , tandis que Charles n’était appelé
que le soi-disant dauphin. A la morL de son père, en i4 22, Charles VII était en Auvergne, au château d’Espalli. Les seigneurs et les gentilshommes qui l’entouraient, le menèrent à la chapelle, levèrent une bannière aux armes de France, le saluèrent et crièrent vive le roi! Mais les Anglais étaient maîtres de la presque totalité du royaume. Malgré sa détresse, Charles tenta un effort contre les Anglais , leur livra bataille à Verneuil, fut défait, et obligé de se réfugier en Berry : ce qui fut cause que ses ennemis ne l’appelaient plus que le petit roi de Bourges; il songeait meme à se retirer en Provence, lorsqu’un ange guerrier parut envoyé du ciel pour le sauver : le courage de Jeanne d’Arc , et le merveilleux attaché à ses destinées, ramenèrent la confiance dans l’armée du roi, et la victoire sous ses bannières. Vainqueur à Patay où le fameux Talbot fut fait prisonnier, il délivra Orléans, le 8 mai i429? se ht sacrer à Reims le 17 juillet suivant, fit son entrée à Paris en 14^7, gagna la bataille de Fourmilly en i4$o, et finit par chasser les Anglais de son royaume. C’est un àssez beau titre de gloire pour ne pas se montrer trop sévère sur quelques faiblesses que l’on a reprochées à ce prince. Il aimait, il est vrai, les plaisirs; et ses
amours avec Agnès Sorel ont acquis une romanesque célébrité. « La dame de Beauté (c’est ainsi qu’on avait surnommé Agnès ) eut deux enfans du roi son amant (dit Voltaire), quoiqu’il n’eût point de privautés avec elle , suivant les historiographes de Charles VII, gens qui disent toujours la vérité du vivant des rois. »
Un jour, Lahire étant venu lui rendre compte d’une affaire importante, le roi, tout occupé d’une fête qu’il devait donner, lui en fit voir les apprêts, et lui demanda ce qu’il en pensait : « Je pense , dit » Lahire, que l’on ne saurait perdre son royaume » plus gaîment. »
Mais , si le goût du repos éloigna quelquefois Charles VII des combats, s’il eut besoin quelquefois d’être rappelé au sentiment de sa gloire par la voix même de celle qui l’avait séduit, il faisait briller une rare vaillance quand il paraissait au milieu de ses compagnons d’armes ; il avait surtout le secret de faire passer dans leur âme le feu qui animait la sienne dans la noble cause qu’il soutenait. Après avoir reconquis son royaume , il donna à son administration des soins qui accrurent sa prospérité ; on lui doit d’avoir introduit une sage discipline dans l’armée, et d’avoir établi la pragma-
tique-sanction , comme un boule vart contre les prétentions ultramontaines de Rome. Il méritait de vivre et de mourir heureux ; mais , après avoir eu pour père Charles YI , il eut pour fils Louis XI !... Ses derniers momens furent affreux : craignant toujours d’être empoisonné par son fils, il se laissa mourir de faim au château deMehun-sur-Jèvre,près de Bourges, et il expira le 22 juillet 1461.
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21bis.
LE MÊME
(Peint sur bois.)
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AGIMES SOREL.
(D’après un portrait du temps qui est au Musée Royal.)
Agnès Sorel fille du seigneur de Sorel Saint-Géran , gentilhomme de Touraine, naquit au village de Fromenteau, l’an 1409.
Elevée dans la maison d’Isabelle de Lorraine, duchesse d’Anjou, elle accompagna cette princesse à la cour de France en i43s. Elle était alors dans tout l’éclat de sa beauté. Charles YII ne put la voir sans en devenir amoureux : pour la fixer à sa cour il la plaça parmi les dames de la reine; et, par une flatteuse et délicate allusion, il lui fit présent du château de Beauté près Paris. On ne l’appela plus que la Dame de Beauté.
Les grâces de son esprit ne le cédaient en rien aux grâces de sa personne, et cette réunion d’avantages ne tarda pas à lui donner de l’ascendant sur l’esprit du roi. Il faut dire à son éloge qu’elle ne s’en
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servit que pour ranimer le courage de Charles Vil, pour réveiller en lui le besoin de la gloire, et lui Taire comprendre que son premier devoir était de reconquérir son royaume. Si ses exhortations ou ses caresses ne suffisaient pas pour le persuader, elle employait la ruse. Ainsi l’on raconte qu’un jour elle fit venir un astrologue à la cour; le roi le consulta devant Agnès, qui voulut aussi connaître sa destinée. Le devin, qui était dans le secret, lui prédit qu’elle devait fixer long-temps le cœur d’un grand roi. A ce mot, Agnès se lève, fait une profonde révérence à Charles VII , et lui demande la permission de se retirer à la cour du roi d’Angleterre : » Car, dit-elle, c’est lui sans doute que regarde la » prédiction , puisque vous allez perdre votre cou- » ronne, et que Henri va la réunir à la sienne. »
« Ces paroles, dit Brantôme, piquèrent si fort le » cœur du roi, qu’il se prit à pleurer, et de là, quit- » tant la chasse et ses jardins, il fit si bien, par son » bonheur et sa vaillance, qu’il chassa les An- » glais. »
Elle usait aussi de son crédit pour faire rendre justice aux bons serviteurs du roi; elle appelait sa faveur sur les plus braves chevaliers; aussi , dans les tournois, qui étaient alors fort à la mode, loute la
jeunesse rivalisait de valeur et de magnificence , et le roi lui-mème ne dédaignait pas de paraître dans la lice pour briguer les applaudissemens de la dame de Beauté.
Cependant les habitans de la ville de Paris, qui aimaient la reine, ne rendaient pas justice aux aimables qualités d’Agnès; ils ne voyaient en elle qu’une favorite usurpant des droits sacrés. Ils l’accusaient d’enchaîner le roi dans la mollesse et les plaisirs , lui reprochaient son luxe , la magnificence de ses habits; ils allèrent un jour jusqu’à la saluer à son passage de cris injurieux. Aussi disait-elle à son tour : « Il n’y a que des vilains à Paris, et je » suis bien fâchée d’y être venue. »
Le dauphin (depuis Louis XI) s’était mis à la tête de ses ennemis : jaloux de tout gouverner à la cour de son père, il ne pouvait pardonner aux influences qui l’éloignaient du pouvoir : aussi fut-il soupçonné d’avoir bâté les jours d’Agnès. Le caractère de Louis XI a fait accueillir cette accusation par quelques historiens; mais il serait peut-être plus juste de dire que sa mort fut causée par les suites d’une couche malheureuse. Quand elle se sentit atteinte de la maladie qui l’entraînait au tombeau, elle montra beaucoup de repentir, de dévotion
et de douleur; elle recitait avec ferveur des vers de saint Bernard qu’elle avait copiés de sa main. Elle laissa beaucoup aux pauvres et à ses serviteurs.
Elle mourut à Jumiége , le 9 février i45o, et son corps fut déposé dans le chœur de l’église de Loches.
Agnès était belle, elle était toute-puissante; tous les poètes du temps célébrèrent à l’envi ses louanges. Depuis elle a compté des rois parmi ses flatteurs : François Ier n’a-t-il pas dit?
« Gentille Agnès, pins d’honneur tu mérite,
» La cause étant de France recouvrer ,
» Que ce que peut dedans un cloître ouvrer » Close nonnain ou bien dévot ermite. »
Et le roi de la poésie légère n’a-t-il pas écrit ?
« Jamais l’Amour ne forma rien de tel » Que la beauté nommée Agnès Sorel.
» Imaginez de Flore la jeunesse ,
» La taille et l’air de la nymphe des bois ,
» Et de Vénus la grâce enchanteresse ,
» Et de l’Amour le séduisant minois;
» L’art d’Aracliné , le doux chant des syrènes ,
» Elle avait tout : elle aurait dans ses chaînes » Mis les héros , les sages et les rois. *
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