‹ Le château d'Eu (volume 4)Chapitre 22 sur 89 · DITE LA PUCELLE D’ORLÉANS · texte numérisé non relu

DITE LA PUCELLE D’ORLÉANS

(Peint par Champmartin ) ,

D’après un tableau exposé à Dhôtel-de-ville d’Orléans.

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La France allait tomber tout entière au pouvoir des Anglais : Charles VII, sans argent, sans armée, était à la veille de fuir en Provence, lorsqu’une jeune fille se présente devant lui et tombe à ses genoux : « Je ne suis pas le roi , lui dit-il. — Mon Dieu, «gentil prince, répondit la jeune fille, c’est vous « et non autre. Je suis envoyée de la part de Dieu » pour prêter secours à vous et à votre royaume, » et vous mande le roi des cieux par moi que vous «serez sacré et couronné en la ville de Reims, et » serez lieutenant du roi des cieux, qui est roi de » France. » Cette jeune fille, c’était Jeanne d’Arc, née sous le chaume , de simples laboureurs , à Domrémy en Lorraine , vers l’an i4io. Son enfance s’était

écoulée clans l’obscurité. Livrée aux plus grossiers travaux, « elle montait chevaux à poil, et faisait apertises qu’autres filles n’ont point coutumç de faire » (dit la Chronique de Monstrelet). A la fleur de l’àge, elle crut voir saint Michel qui lui ordonnait d’aller délivrer Orléans et de faire sacrer Charles VII. Présentée à Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs, qui commença par sourire de ses visions, elle fut conduite par son ordre auprès du roi, qui tenait alors à Chinon sa modeste cour.

Charles VII , après l’avoir fait interroger par des théologiens, auxquels elle répondait toujours que Dieu lui avait promis la victoire , crut devoir la soumettre à l’examen de la reine de Sicile, Volande d’Aragon : satisfait de cette épreuve, on lui donna armure complète , avec un étendard blanc semé de fleurs de lis.

La vierge guerrière commença par dicter pour les généraux anglais une lettre, afin que, « de par Dieu, » roi du ciel, ils eussent à rendre les clefs de toutes » les bonnes villes qu’ils avaient capturées en » France; » marcha ensuite vers Orléans, traversa les lignes ennemies, entra dans la ville le 29 avril 1429, ayant à ses côtés le brave Dunois; et, après neuf jours de combats où elle déploya

partout la plus brillante valeur, elle eut la gloire et le plaisir de voir fuir les Anglais. Le même succès couronna ses armes à Patay en Beauce. Après cette victoire, elle conduisit Charles YII à Reims, où ce prince fut sacré le 17 juillet 1429. Jeanne d’Arc se jeta alors aux pieds du roi pour le supplier de lui permettre de se retirer, puisque sa mission était accomplie : a C’est le temps (disait-elle) d’aller » servir mon père et ma mère , en gardant leurs » brebis avec ma sœur et mon frère , qui moult se » réjouiraient de me voir. » Le roi s’étant refusé à son départ, elle resta dans l’armée; mais depuis ce moment elle cessa d’être heureuse. Le 7 septembre 1 429 , elle reçut , au siège de Paris , un trait d’arbalète qui la blessa à la cuisse; le 24 mai i43o, elle fut faite prisonnière par les Anglais au siège de Compiègne. D’abord enfermée au château de Beaulieu, ensuite transportée dans le château de Beaurevoir, à quatre lieues de Cambrai, l’héroïne d’Orléans tenta plusieurs fois de s’évader; enfin, reléguée sous bonne garde dans la citadelle de Crotoi, elle y resta jusqu’au moment où elle fut livrée à un détachement de troupes anglaises, qui la conduisit à Rouen pour y être jugée par ordre du duc de Bedford.

Pierre Cauchon , évêque de Beauvais, et un inquisiteur nommé Lemaire, assistés de soixante assesseurs, furent les juges de l’infortunée Jeanne. Elle était gardée dans sa prison par cinq soldats; elle était attachée pendant la nuit par deux chaînes de fer, fixées au pied de son lit, et pendant le jour à un poteau. Enfin , après lui avoir fait subir les plus douloureux traitemens, le tribunal, sur la plus inique procédure, la condamna à mort « comme relapse, excommuniée, rejetée du sein de l’Eglise, menteresse, invocateresse de diables, hlasphémateresse de Dieu. » Frère Martin Ladvenu alla lui signifier sa sentence de mort le 3i mai i43i : elle s’écria avec douleur : « J’en appelle à Dieu, le grand juge, » des ingravances que l’on me fait. » Jeanne montrf ensuite sur le chariot du bourreau, qui la conduisit sur la place où était préparé le bûcher , tout entouré de troupes anglaises. L’évêque de Beauvais lut la sentence fatale ; on ceignit la tête de la victime d’une mitre ignominieuse; on la livra aux flammes en présence d’une foule immense ; elle expira en prononçant le nom de Jésus. Le cardinal de Winchester ordonna qu’on rassemblât ses cendres, et les fit jeter dans la Seine.

Ainsi périt cette héroïne que ses merveilleuses i. 7-

destinées et sa fin déplorable rendent un objet éternel d’admiration et de pitié.

Son image a été conservée à Orléans , et on lit sur le tableau , que l’on donne pour un portrait original, ces vers latins qui, d’après leur date (i 58 j), paraissent être adressés à Henri III , roi de France :

Virgo redit Gallo, mutâ vel imagine, felix,

Quam numen quondam patriæ , non machina misit Subsidio. Augurium, bone rex Henrice, saluta !

De cœlis excita tuis virgo altéra votis Fortunet regni auspicium lancemque retractet ,

Utraque ut antiquum tua sæcla recudat in aurum î

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