DUCHESSE D^ANGOULÊME
Louise de Savoie, duchesse d’Angoulême, d’Anjou, de Nemours, fille aînée de Philippe II, duc de Savoie, et de Marguerite de Bourbon , sa première femme, née le n septembre 1476; mariée, le ^février 1487, à Charles d’Orléans , comte d’Angoulême, dont elle eut François I, roi de France, et Marguerite de Valois, reine de Navarre.
S’il fallait en croire les poètes du temps , Louise de Savoie aurait été V Olympe de toutes les grâces, le paradis de toutes les vertus , V escarboucle du
trône Leur reconnaissance a magnifiquement
béni la main qui les avait protégés sous un prince qui se faisait gloire d’aimer et de cultiver les lettres; mais l’histoire, plus sincère que la poésie , ne peut rendre le même hommage à cette princesse. L’éclat de la couronne que la mort de Louis XII
avait fait tomber sur la tête de François I, son fils, avait ébloui scs yeux. Son ambition, qui aspirait à gouverner et son fils et le royaume , ne pouvait voir sans jalousie l’ascendant que la comtesse de Châteaubriant avait pris sur le cœur du roi ; et c’est au désir d’abaisser le crédit de cette favorite qu’on attribue la conduite de Louise de Savoie dans l’affaire du Milanais.
Lautrec, frère de la comtesse de Châteaubriant, commandait dans le Milanais pour le roi de France. François-Marie Sforce, soutenu par l’empereur, leva une armée d’ïlaliens et d’Allemands pour l’en chasser; Lautrec avait sous ses ordres dix mille Suisses qui demandaient à grands cris de l’argent ou le combat. « Eh bien! combattez donc, » répondle général. On se battit à la Bicoque en i522. Les Français, abandonnés par les Suisses, ne furent pas heureux, et Lautrec revint en France. Le roi se refusait à le voir ; il ne le reçut que sur les vives instances de la comtesse de Châteaubriant : «Que voulez-vous? lui dit-il; puis-je voir d’un bon » œil un homme coupable de la perte de mon du- » ché de Milan? — Sire, répondit Lautrec, j’ose » dire à votre majesté que c’est elle seule qui en est
» cause. Votre gendarmerie a servi dix-huit mois
» entiers sans recevoir un sou de votre épargne. » Les Suisses, dont vous connaissez Je génie, n’ont » point été payés. Ma seule adresse les a retenus plu- » sieurs mois dans votre armée, menaçant toujours » de quitter. Ils m’ont forcé à donner un combat » sanglant. J’en prévoyais l’issue, mais j’ai dû le ha- » sarder malgré le peu d’apparence de succès ; voilà » tout mon crime. — Eh quoi! reprend le roi tout » surpris, n’avez-vous pas reçu quatre cent mille du- « cats que j’ai donné ordre de vous envoyer? — J’en » ai reçu les lettres, répond Lautrec,mais l’argent » n’est pas venu. » François I fait appeler le surintendant des finances, Jacques de Baulne, seigneur de Samblançay, qu’il honorait de toute sa confiance, et qu’il appelait ordinairement son père. Le surintendant répond qu’il n’a pas envoyé l’argent en Italie, parce que madame sa mèrè a exigé quil le lui donnât , se chargeant de pourvoir ci tout , et qu’il a sa quittance. Le monarque eut avec sa mère une explication , dans laquelle on prétend qu’elle nia avoir reçu l’argent. Elle avait, dit-on, fait retirer sa quittance des cartons de Samblançay par un nommé Gentil , commis de confiance du surintendant, qui était amoureux d’une des femmes de la duchesse d’Angoulème. Ce qui donna à ce fait de
la probabilité, c’est que ce Gentil lut pendu quelque temps après sous de légers prétextes. Samblançay eut le même sort. Sans doute il avait eu le tort grave de faire passer par les mains de la mère du • roi les fonds destinés à l’armée d’Italie; mais cette princesse , qui lui avait persuadé qu’elle était autorisée par le roi à lui faire cette demande, aurait au moins du employer tout son crédit pour le sauver. Elle le laissa périr, croyant que sa condamnation , en le présentant comme coupable aux yeux du peum pie, l’absoudrait elle-même de sa faute, et la délivrerait de ses remords !
Louise de Savoie , qui ne savait pas commander à ses passions , devint plus fatale encore au royaume dans une autre circonstance. Elle aimait le connétable Charles de Bourbon , qui s’était marié avec Suzanne de Bourbon, sa cousine. Tant que cette princesse vécut , la duchesse d’Angoulême retint dans les bornes d’une galanterie inactive son penchant pour le connétable; mais, après la mort de Suzanne, elle déclara son amour et offrit son cœur et sa main à Charles de Bourbon. Ce prince, qui était plus jeune qu’elle de douze ans, ne fut pas séduit par ses empressemens, et mêla, dit-on , quelques railleries à ses refus.
« Or, dit Mézeray, comme il n’est point d’injure » plus outrageante contre ce faible sexe que le refus de ses poursuites, la régente, outrée des mépris » de Bourbon, se portant à une extrême vengeance, » le poussa aussi à un extrême désespoir. »
En effet, la duchesse lui fit intenter un procès pour la succession de sa femme, morte sans enfans. Le connétable, indigné de ces persécutions, auxquelles François I, qui était jaloux de Bourbon, n’était pas étranger; effrayé, d’ailleurs, de l’alternative d’être ruiné ou de devenir malgré lui l’époux d’une femme qu’il n’aimait pas, n’écouta que trop facilement la voix de Charles -Quint , qui l’appelaitàla vengeance : mais, si la France a perdu ce héros, c’est à la duchesse d’Angoulême qu’elle doit demander compte de tout le sang français que l’épée victorieuse du connétable a fait répandre en guidant les Espagnols , soit à Bebec, où fut tué Bayard, soit à Pavie, où François I fut fait prisonnier.
Cette princesse mourut à Gretz, en Gâtinois, le 22 septembre i53i.
l.OUIS XII,
ROI DE FRANCE
Louis [XII, roi de France, surnommé le Juste el le Père du peuple , né à Blois, le 27 juin 1462, de Charles, duc d’Orléans, et de Marie de Clèves; marié en 1476a Jeanne de France, fille de Louis XI; en secondes noces, à la reine Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII ; en troisièmes noces , à Marie d’Angleterre, fille de Henri VIL
Ce prince, n’étant encore que duc d’Orléans, passait pour un des seigneurs les plus aimables et les plus galans du royaume : dans les jeux et les tournois qui eurent lieu à l’époque du sacre de Charles VIII, il remporta le prix sur tous les chevaliers. Son adresse, ses grâces, son courage, attirèrent sur lui les applaudissemcns de toute la cour, et, dit-on, les regards d’Anne de France, fille de
Louis XI et dame de Beaujeu. Le dépit de n’avoir pas été chargé de la tutelle du roi et de l’administration de l’état, qu’il réclamait comme premier prince du sang, le fit mettre à la tête de la ligue formée contre madame de Beaujeu. Le sort des armes ne lui fut point favorable : fait prisonnier, par Louis de la Trémouille, à la bataille de Saint- Aubin , transporté de prison en prison , enfermé pendant la nuit dans une cage de fer, relégué enfin dans la grosse tour de Bourges, il y demeura trois ans: ce fut Charles VIII, qui, à l’insu de madame de Beaujeu , vint briser ses fers. Il accompagna le monarque, dont il était très-aimé , dans son expédition d’Italie, en 149$. Parvenu au trône en 1498? il proclama l’oubli du passé: « Ce n’est pas, disait-il » à ses courtisans, qui lui conseillaient la ven- » geance, ce n’est pas au roi de France à venger les » injures faites au duc d’Orléans. » Il composa son conseil d’hommes vénérables, amis de la justice, et choisit pour premier ministre Georges d’Amboise, qui, après avoir partagé ses malheurs, lui avait rendu de grands services. Appelé, du chef de son aïeule, Valentine Visconti, à succéder au duché de Milan , il passa les Alpes pour revendiquer ses droits contre l’ambitieux Ludovic Sforce. La con-
quête du Milanais, confiée au maréchal Trivulce, lut l’affaire de quinze jours, et le roi fit son entrée
à Milan le 6 octobre x 4q9*
L’année i5o6, il reçut aux états de Tours, par l’organe de Bricot , le titre de Père du peuple, qui fut accueilli par des applaudissemens unanimes: ce glorieux surnom lui a été conservé parla postérité.
En i5o9, il gagna en personne, sur les Vénitiens, la bataille d’Agnadei, où il montra une valeur qui allait jusqu’à la témérité. « Que ceux qui ont »peur, disait- il à ses officiers, se mettent der- » rière moi! » Ayant poursuivi les fuyards jusque sur les bords de la mer, il fit tirer cinq volées de coulevrines , à coups perdus , sur Venise, « afin, obr » serve Brantôme, qu’il fut dit dans l’avenir que le » roi Louis XII avait canonné la ville imprenable. »
Après la bataille de Ravenne, si funeste et si glorieuse pour Gaston de Foix en i5ia , celle de Novare , perdue par la Trimouille en 1 5 1 4 ? et la journée des éperons , Louis XII passa deux traités, l’un avec Léon X, l’autre avec Henri VII, roi d’Angleterre, dont il épousa la fille, princesse aimable et vive , et se livra aux douceurs de la paix et aux charmes d’un nouvel hyménée. On dit que, pour plaire à sa jeune épouse, il changea sa manière de
vivre : car , « où il souloit dîner à huit heures, il
» convenoit qu’il dînât à midi ; où il souloit se cou-
» cher à six heures du soir, souvent se couchoit â
» minuit. » Les fêtes de son mariage durèrent six semaines : à peine furent-elles achevées, « que le » bon roi ( dit Mézeray ) finit sa vie, par manière de » dire, dans son lit nuptial, et passa des joies de ce » monde à celles du paradis. » Il mourut au palais des Tournelles , le ier janvier i5i5, à l’âge de cinquante-trois ans.
A sa mort , les crieurs de corps disaient le long des rues , en sonnant leurs clochettes : « Le bon » Louis , père du peuple , est mort ! » et le peuple répondait à ces cris par ses larmes.
Louis XII avait bien mérité cet hommage de deuil et d’affection. Le bonheur de son peuple était l’objet de tous ses vœux : il diminua les impôts , adoucit la*rigueur des lois, veilla au maintien delà justice, et « ôta la pillerie des gens d’armes. » Son économie ayant un jour excité quelques railleries parmi les courtisans, il dit : « J’aime mieux voir les » courtisans rire de mon avarice que le peuple » pleurer de mes dépenses. » Son axiome favori était « qu’un bon pasteur 11e saurait trop engrais- » serson troupeau. » On a blâmé ce prince d’avoir
mis trop de franchise et de loyauté dans ses rapports politiques avec les autres souverains, et de s’être laissé tromper par Alexandre VI et par l’artificieux Ferdinand; mais « il aimait mieux perdre, » s’il le fallait, un royaume, dont la perte, après » tout, pouvait se réparer, que de perdre l’honneur » qui ne se répare point. » Il aimait les lettres : Cicéron était son auteur favori. Sa piété n’avait rien d’affecté. « Il en est ( disait-il un jour) des excom- » munications du pape comme de l’infidélité d’une » femme : c’est une chose terrible quand on s’en » soucie, ce n’est rien quand on ne s’en soucie » pas. » Sa dernière pensée se porta avec crainte pour l’avenir sur son successeur, François 1 : « Hé- » las ! s’écria-t-il , nous avons travaillé en vain : ce » gros garçon gâtera tout ! »