ARCHIDUCHESSE D’AUTRICHE
(Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal.)
Marie de Bourgogne, fille de Charles-le-Téméraire , et d’Isabelle de Bourbon, seconde femme de ce prince, naquit à Bruxelles le i3 février 1 4^7- Charles ayant été tué au siège de Nancy, elle resta héritière de tous ses états à l’âge de vingt ans. Louis XI repoussa l’offre des ambassadeurs bourguignons qui la lui proposèrent à Péronne pour le dauphin Charles; ce fut un acte de mauvaise politique , car Marie porta plus tard à l’Autriche tous les états qu’elle possédait dans les Pays-Bas. Louis XI, qui convoitait le duché de Bourgogne, y fit entrer une armée; Marie lui envoya Hugonet et Imbercourt pour traiter avec lui; mais Louis en fit ses dupes, et se fit remettre Arras par leur ordre. De
retour à Gand , ils trouvèrent le peuple soulevé et
la princesse prisonnière. Louis XI, qui voulait s’en défaire, les accusa bientôt eux-mêmes d’être d’accord avec les ennemis du pays. Ils furent mis à la torture et condamnés à mort. En vain Marie , en deuil et les cheveux épars, se jeta-t-elle, pour les sauver, au pied de l’échafaud; ces deux fidèles sujets furent exécutés, et leur sang coula sous ses yeux. Rapportée évanouie dans son palais, elle sentit bientôt combien un époux lui était nécessaire pour la défendre.
Parmi une foule de concurrens, elle se décida pour l’archiduc Maximilien, fils de l’empereur Frédéric III. Le mariage eut lieu à Gand le 20 août. On dit que Maximilien était si pauvre qu’elle fut obligée de faire tous les frais de la noce. Elle vécut dans la plus grande affection avec son mari, et se fit chérir par sa douceur. La ville de Gand, qui lui avait causé d’abord une si profonde douleur par l’exécution de ses ministres, mit tous ses soins à lui faire oublier cet acte de vengeance.
Marie eut trois enfans : Philippe , père de Charles- Quint, né en 1478; Marguerite de Savoie, née en j 480, et François, né en 1481 , et mort peu après sa naissance.
Elle était à Bruges, avec toute sa cour, lorsqu’elle
mourut d’une chute de cheval. M. de Barante (i) raconte ainsi l’accident qui la conduisit au tombeau : « Dans les commencemens de février, elle » voulut un jour se donner le divertissement de la » chasse à l’oiseau , et sortit avec sa suite pour voler » au héron. Pendant qu’elle suivait la chasse , sa ha- » quenée voulut passer par-dessus un tronc d’arbre » abattu, les sangles se rompirent, et madame Ma- » rie tomba avec rudesse sur ce bois. On la rap- » porta blessée dangereusement; mais on ne croyait » pas que sa vie fût en péril. Pour ne pas inquiéter » son mari, ou par pudeur, dit-on, elle ne laissa » pas les médecins panser la profonde blessure » qu’elle s’était faite. Le mal s’envenima; la du- » chesse devint de plus en plus malade, et trois » semaines depuis sa chute elle mourut, le 27 » mars 1482 , à l’âge de vingt-cinq ans, après une » vie si courte et agitée par tant de malheurs, que » ne méritaient point sa douceur et son inno- » cence. »
Un superbe mausolée en bronze doré lui fut élevé, à côté de celui de son père, dans l’église de Notre-Dame à Bruges. Lorsque Louis XY s’arrêta de-
(1) Histoire des ducs de Bourgogne.
vant ces deux tombeaux, après la prise de cette ville, en 174^, il dit en montrant celui de Marie: « Voilà le berceau de toutes nos guerres. »
Marie était une des plus vertueuses et des plus belles personnes de son temps. Elle excellait dans la musique et chérissait les arts, qu’elle se plaisait à encourager de sa protection.
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