‹ Le château d'Eu (volume 4)Chapitre 37 sur 89 · MAXIMILIEN I · texte numérisé non relu

MAXIMILIEN I

EMPEREUR DM LLEMAGNE.

( Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal. )

Maximilien I, fils de Frédéric III , dit le Pacifique et d’ Eléonore de Portugal, naquit le 22 mars 14^9.

Il était dans le plus triste état de finances quand, en i477? il épousa Marie, fille de Charles-le-Téméraire, héritière de Bourgogne. Quoiqu’il n’eût alors que dix-huit ans, il soutint avec avantage la guerre contre Louis XI, et l’obligea bientôt à signer une trêve. Cette trêve ne fut pas de longue durée. La lutte recommença, et Maximilien remporta, le i4 août i479? la victoire deGuinegate (1), qui mit ses affaires dans le meilleur état ; mais, le 2 5 mars 1 482,

(1) « Le duc Maximilien y montra une extrême vaillance , et se tint, » pendant presque toute la bataille, au plus fort du danger. Dès la prc- » mière attaque, bien qu’il eût rompu sa lance en se heurtant contre un » homme d’armes, il abattit un franc archer, cl lit lui-même prisonnier » un gentilhomme breton » (Baratte.)

sa femme Marie de Bourgogne mourut; les Flamands, le traitant d’étranger , lui ôtèrent l’éducation de ses enfans. Créé roi des Romains en i486, il soumit quelque temps après la ville de Gand , et se fit déclarer tuteur de son fils et gouverneur de la Flandre; mais bientôt les Flamands s’en vengèrent par un soulèvement général. Maximilien, prisonnier dans Bruges, fut sur le point d’y être massacré , après avoir vu plusieurs de ses ministres décapités. Il n’échappa au péril qu’en renonçant à la tutelle de son fils et au gouvernement de Flandre.

Ce prince pensa à se remarier avec Anne de Bretagne, et l’épousa même par procureur en 1489 ; mais Charles VIII traversa ce mariage, et finit par épouser lui-même la duchesse Anne , renvoyant à Maximilien sa fille Marguerite, à qui Louis XI l’avait fiancé. Le roi des Romains indigné se ligua avec les rois d’Angleterre et d’Aragon pour faire la guerre à la France; mais, ses deux alliésayant conclu la paix, il fut forcé peu après lui-même à accepter une trêve.

En i493, la mort de son père l’appela au trône impérial ; il battit les Turcs, et épousa en secondes noces Blanche, sœur du duc de Milan, qui lui apporta une Irès-riclie dot.

Les conquêtes de Charles VIII en Italie inquiétaient vivement Maximilien, et il se joignit à la ligue formée par le pape et les princes des divers états. Maximilien fit ensuite marcher seize mille hommes contre les cantons suisses réunis, qui refusaient obéissance à la maison d’Autriche ; mais, manquant de vivres , il fut forcé de retirer ses troupes et de reconnaître l’indépendance helvétique.

L’archiduc Philippe son fils, dont Louis XII avait caressé l’ambition , finit par obtenir que Maximilien se réconciliât avec la France.

Excité par son imagination hardie et aventureuse , l’empereur voulut bientôt se mettre à la tête d’une croisade, et les préparatifs s’en faisaient activement quand une guerre lui survint contre le fils de l’électeur palatin et l’électeur lui- même.

En 1 5o8 eut lieu la ligue de Cambrai suscitée par Jules II; Maximilien en fit partie. Après s’être allié à la France contre les Vénitiens, il se retourna contre elle, cédant aux instigations du roi d’Aragon, qui lui faisait entrevoir la possession du Milanais et la papauté.

Le trône de saint Pierre était depuis quelque temps le rêve de l’empereur. Pendant une maladie de Jules II, il en vint presque à engager les orne-

mens impériaux pour avoir les moyens d’acheter les voix du conclave (i). Jules II rétabli, il essaya d’en obtenir le titre de coadjuteur du saint-siège; mais le pape ne fit que s’amuser de cette ambition bizarre.

Après la mort de Jules II et l’élection de Léon X, Maximilien engagea contre la France le roi d’Angleterre Henri VIII, et combattit sous lui au siège de Térouane, en qualité de volontaire, avec une paie de cent écus par jour; il défit complètement, le 16 août 1 5 1 3, quatorze cents hommes d’armes qui cherchaient à introduire des vivres dans la ville. Cette déroute de Guinegate fut appelée la journée des éperons.

Ce prince avait une haine profonde contre la France: pour l’exciter perpétuellement, il avait un registre qu’il nommait son livre rouge , où il écrivait toutes les mortifications qu’il essuyait de la France, et il le relisait souvent. Cette pensée de vengeance ne l’empêchait pas d’élever au-dessus de tous les autres le trône français. Il disait que, « s’il était » Dieu , et qu’il eût deux fils, le premier serait Dieu ;> et le second roi de France. »

(1) Il voulait être pape, devenir prêtre et être adoré comme un saint après sa mort. C’est ce que prouve sa lettre à sa fille Marguerite , publiée par Godefroy, et datée du 18 septembre 1511.

François I avait succédé à Louis XII; il avait gagné la bataille de Marignan, et revendiquait les droits de la France sur le Milanais. Maximilien, appelé en secret par le pape , et jaloux de reprendre sa puissance en Italie , accourt assiéger Milan : sa victoire paraissait certaine; mais les Suisses, qu’il commandait, se mutinèrent, parce qu’il ne pouvait leur payer leur solde : Point d'argent , point de Suisses ! Il se vit obligé de se retirer.

Maximilien mourut à Lens, le 12 janvier i5i9, pour avoir mangé avec excès du melon. Une chose singulière, c’est que son frère Frédéric III était mort de la même imprudence.

Le corps de Maximilien fut inhumé , selon sa volonté, sous un autel de l’église de Neustadt; il fut ensuite transféré à Inspruck dans Un magnifique mausolée, élevé par Ferdinand I. Fleurange, dans ses mémoires, raconte comme chose fort étrange que cet empereur voyageait toujours avec un coffre où l’on croyait renfermés des objets de grande importance, et qui n’était que le cercueil où il voulait être enseveli.

Ce prince laissa de Marie de Bourgogne deux enfans, Philippe, qui épousa Jeanne d’Espagne et qui fut père de Charles-Quint, et Marguerite d’Autriche.

Maximilien signala son règne par plusieurs mesures utiles : il compléta la division de l’Allemagne en dix cercles, établit les conseils auliques , et abolit le terrible tribunal secret de Westphalie. C’est vers la fin de ce règne que le schisme de Luther se déclara.

Maximilien était d’une taille moyenne, mais bien fait, robuste et agile ; sa physionomie était mâle et expressive, et ses manières avaient de l’élégance. Il joignait à ces avantages physiques les plus nobles qualités de l’esprit: il était affable, bienfaisant; il parlait facilement le latin , l’allemand et le français. Pendant son enfance on l’avait surnommé le Muet à cause d’une grande difficulté qu’il avait à articuler; mais par ses efforts il avait triomphé de ce défaut. Il était loin d’être étranger aux sciences, aux arts et aux lettres; il les cultivait et les protégeait. Il composa, outre quelques poésies, des traités sur plusieurs branches des connaissances humaines, et l’on peut croire aussi de lui des mémoires sur sa vi e^TVeiss.Kunigi) publiés par un de ses secrétaires, Marc Treitz Saurwein. Il était d’une intrépidité, d’un courage étonnans; ses faits d’armes et plusieurs traits de sa vie sont là pour le prouver (i).

(1) A Worms un chevalier français, Claude de Batre, porta un défi à tout i. 12

Il était aussi habile que brave. Il introduisit beaucoup de perfectionnemens dans l’art de la guerre. Son irrésolution, le peu de suite de ses projets, sa légèreté, sa prodigalité furent des défauts qui firent tache sur ce noble caractère.

Voici comment en parle Olivier de la Marche, à propos des surnoms attribués à V empereur Maximilien d'Autriche. « Puisque donques je trouve » cet acier plus noble qu’autre matière dont on » puisse forger ne mettre en œuvre, je demeure » qu’il aura le nom de Maximilien cueur d’acier. » Quantes paroles semées haineusement contre lui » par ce noble roy, endurées et ouies? ce que » courageusement et de grande vertu il a porté et » soutenu sans se démettre, pleyer, n’amoindrir » non plus que l’acier dont je fay comparaison. » Quants heurts de guerre , quantes batailles et » rencontres il a soustenus et portés en sa per- » sonne? et mesmement avant de ses sujets? »

Allemand qui oserait le combattre . Maximilien , sans se faire connaître, descendit dans la lice, «l ne releva sa visière qu’après l’avoir vaincu.

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