CONNÉTABLE DE FRANCE
(Peint d’après une gravure du tableau du Titien.)
Charles de Bourbon III, duc de Bourbonnais, d’Auvergne et de Châtellerault, comte de Clermont en Beauvoisis, de Montpensier, de la Marche, de Forez, de Gien et de Clermont en Auvergne, Dauphin d’Auvergne, etc., pair, chambrier e t connétable de France , fils aîné de Gilbert de Bourbon, comte de Monpensier, et de Claire de Gonzague ; né le 1 7 février 1 489 , marié au château du Parc-les- Moulins, le 10 mai i5o5, à Susanne de Bourbon, fille unique et héritière de Pierre II , duc de Bourbon, et d’Anne de France, fille aînée de Louis XI et de Charlotte de Savoie. Ce prince annonça de bonne heure qu’il serait un jour un grand homme de guerre. Il était brave, adroit dans tous les exercices; sa taille haute et majestueuse, ses grâces
fières et martiales, sa magnificence dans les tournois, attirèrent sur lui les regards de toute la cour. Il avait pris pour enseigne un cerf-volant avec ce mot pour devise : penetrabit ! Il se couvrit de gloire dans l’expédition de Gènes, en 1607; en i5oç), à la bataille d’Agnaclel. Il s’attendait au commandement de l’armée d’Italie, en i5ia; mais le roi ne le lui donna pas; il disait, en parlant flu caractère sombre de Bourbon : « Rien n’est pire que l’eau qui » dort. »
François I le créa connétable à son avènement à la couronne. En i5i5 il signala sa vaillance et son habileté à la célèbre bataille de Marignan ; le roi écrivit à la régente sa mère : « Je vous veux assurer
fl fe.
» que mon frère, le connétable, a aussi bien rompu » bois que gentilhomme de la compagnie ; j’en parle » comme celui qui l’a vu, car il ne s’épargnait non » plus qu’un sanglier échauffé. »
En i5i6, François I revint en France, laissant en Lombardie le connétable en qualité de son lieutenant-général. Il soutint avec honneur la guerre en Italie jusqu’au moment où il fut rappelé du Milanais, dont le commandement général fut alors confié au comte de Lautrec. Enveloppé dans une
intrigue de cour dirigée par la duchesse d’Angou- 1. 15
lême, mère de François I; devenu l’objet de la jalousie du monarque, qui ne l’appelait plus que le mal endurant; dépossédé de son apanage par l’arrêt du mois d’aout i522, il céda aux artificieuses promesses de Charles-Quint, qui lui offrait le commandement de ses armées et la main d’Eléonore, sa. sœur, veuve du roi de Portugal; quitta secrètement la France en i5a3, passa au service de l’empereur, qui le fit son lieutenant-général en Italie; contribua au gain de la bataille de Pavieen i5a% ; eut le soir
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une entrevue avec François I, et lui présenta la serviette à souper. Il fut tué d’un coup de mousquet à la cuisse , le 6 mai 1 52 7 , en montant à l’assaut de la ville de Romç, à la tête des troupes autrichiennes. Avant de tenter l’assaut, il avait, selon son habitude, harangué son armée : « Chers com- » pagnons, leur disait-il, si je m’en rapporte aux » astrologues qui ont tiré mon horoscope, c’est ici » que mon destin fatal m’attend. Us ont prédit que » je périrais à l’attaque d’une ville fameuse; j’ac- » cepte l’oracle, pourvu que la trace de mon sang » vous conduise à la victoire, et que mon nom soit » inscrit dans les fastes de la postérité. » L’armée lui consacra cette épitaphe célèbre :
Aucto imperio ,
Gallo victo,
Superatâ Ilaliâ,
Pontifice obscsso ,
Româ capta ,
Borbonius hic jacet.
Charles dé Bourbon avait un mérite élevé, de brillans talens militaires, une rare vaillance, et un grand art de manier l’esprit des soldats. Il avait v choisi pour devise ces mots remarquables : omnis salus in ferro est . Les soldats espagnols chantaient en son honneur une chanson dont voici le refrain :
« Calla, calla, Julio-Cesar, Hannibal, Scipion:
« Viva la fama de Bourbon ! »
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Ils avaient aussi composé une harangue en vers
où ils le faisaient parler ainsi :
Decia les, mis senores, yo soi pobre cavallero, ï tanbien , como vos ostros , no tengo un denaro.
a Je suis un pauvre chevalier ; je n’ai pas le sou , » non plus que vous. »
Brantôme nous a conservé la traduction d’un ancien sonnet italien, fait en l’honneur du connétable :
« D’assez , d’assez a fait Charlemagne le preux ,
» Alexandre de peu fit bien plus grande chose:
» Mais de néant a fait plus que n’ont fait les deux ,
» Charles duc de Bourbon qui ci-dessous repose. »
Il faut regretter que d’injustes persécutions aient
rendu fatales à la France des qualités qui en au-
raient fait la gloire : il ne faut pas moins blâmer le connétable d’avoir tourné contre sa patrie l’épée qu’il avait» reçue pour la défendre... C’était une grande leçon que lui donnait Bayard mourant à Rébec ! v
La multitude, a Paris, teignit de jaune le seuil de sa porte pour apprendre à la postérité qu’il était mort traître à son pays!.... Mais (dit Désormeaux), la postérité, juge incorruptible des accusations des hommes, condamne aussi hautement la mémoire de la duchesse d’Angoulême et du chancelier Duprat que celle du héros infortuné qu’ils forcèrent a devenir criminel.