DUCHESSE DE SAVOIE
(Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal.)
Marguerite de France, duchesse de Savoie, fille de François I et de Claude de France, naquit à Saint-Germain-en-Laye, le 5 juin i5a3.
Comme son père et sa tante Marguerite de Valois, elle aima, protégea et cultiva les lettres. Dès son jeune âge, elle savait les langues grecque et latine. Chaque jour, après le dîner, elle se livrait avec constance à l’étude, et recevait des leçons des savans de son temps. L’Hôpital la dirigeait dans ses lectures. Elle faisait grand cas des poètes. Elle honora de sa bienveillance et de son estime Ronsard, Dubellay, Jodelle, Dorât et Belleau; aussi vantaient-ils à l’envi sa beauté, et les aimables qualités de son esprit et de son cœur.
Marguerite avait des sentimens élevés. Le roi
Henri, son pèt;e, voulut la marier à M. de Vendôme , premier prince du sang. Elle répondit qu’elle n’épouserait jamais le sujet du roi son frère.
Par le traité de paix de Cateau-Cambrésis , l’an 1691, elle fut accordée à Emmanuel Philibert, duc de Savoie, et l’épousa le 9 juillet. C’était un prince digne d’elle , et qui se montra glorieux des granj^les qualités de Marguerite.
Elle attira, à l’université de Turin, les plus célèbres jurisconsultes de son siècle, et chercha à répandre l’éclat des arts et des sciences sur cette cité. Elle était généreuse, affable, pleine de bonté et de vertu. Elle se fit tellement chérir de ses sujets, qu’ils lui donnaient le surnom de Mère des peuples.
Elle conservait une tendre affection pour les Français; et, quand il en passait par Turin, elle leur faisait offrir toutes sortes de secours :
« J’ai ouy dire à un de ses maistres d’hostel , dit » Brantôme , qu’elle mestoit en un coffre tous les » ans en réserve le tiers de son revenu pour don- » ner aux pauvres François passans. »
Le journal de Pierre de l’Estoile raconte que, quand elle avait prêté de l’argent à ceux qui en avaient besoin, elle leur disait en les renvoyant :
« Je vous donne de bon cœur ce que vous m’avez » demandé à prester; car je suis fdle de roys si ’ » grands et si libéraux , qu’ils m’ont appris, non à » prester, mais à donner libéralement. »
Le roi Henri III, en revenant de Pologne , étant venu voir Marguerite à Turin, elle se donna tant de peine pour veiller à ce que lui et sa tante fussent convenablement traités, qu’elle gagna une pleurésie, dont elle mourut, le i4 septembre i574? en l’absence de son mari, qui était allé conduire le roi jusqu’à Lyon.
Barthélemy d’Elbène et divers autres savans lui avaient dédié leurs ouvrages; et on fit un volume in-8° des vers composés sur sa mort.