‹ Le château d'Eu (volume 4)Chapitre 62 sur 89 · CARDINAL DE LORRAINE, ÉVÊQUE DE METZ · texte numérisé non relu

CARDINAL DE LORRAINE, ÉVÊQUE DE METZ

Jean, cardinal de Lorraine, sixième fils de René II, duc de Lorraine, et de Philippe de Gueldres; évêque deJMetz* de Toul, de Luçon, d’Alby , de Cluny; archevêque de. Narbonne, de Reims, de Lyon; né à Bar, le 9 avril 1498; fut d’abord agréé à l’évêché de Metz par le pape Léon X , qui l’associa au sacré collège sous le titre de saint Onüphre. En i5i8, il fut fait légat du saint-siège dans les états de Lorraine, et il exerça cette légation jusqu’à sa mort. Il résidait habituellement à Rome, où il était chargé des affaires du roi de France, « dont il était si bien » venu, que S# Majesté ne lui refusait jamais rien. » C’est à «sa recommandation que Claude, duc de Guise , son frère, obtint le gouvernement de Champagne et de Brie. Il figura dans la guerre que ses

frères firent aux luthériens, qui tentaient de faire triompher leur croyance en Lorraine; et sa prudence n’eut pas moins d’influence pour apaiser les troubles que le courage des autres princes de sa famille. Lorsque, vers l’an 1 5 1 9 , Philippe de Gueldres se fut retirée dans le couvent des sœurs de

Sainte-Claire du Pont-à-Mousson , elle employa

Jean, cardinal de Lorraine, son fds, pour obtenir du pape Léon X « un bref qui l’exemptait pour sa » vie entière de toutes dignités et charges de la re- » ligion , et qui imposait défense aux religieuses de » l’inquiéter jamais à cet égard. »rCette princesse avait cru devoir prendre cette précaution pour refuser le titre d’abbesse, que la communauté lui avait conféré après la mort de Jeanne d’Apremont : telle était son humilité, qu’elle 11e pouvait souffrir qu’on l’appelât Madame . Lorsqu’elle écrivait à ses supérieurs ecclésiastiques, elle finissait ses lettres par ces mots : Votre pauvre fille et sujette , sœur Philippe ; d’autres fois elle signait : Sœur Philippe , petit ver de terre. Elle portait les vêtemens les plus grossiers; elle ne quittait jamais l’habit de l’ordre, même en maladie, et ne mangeait que les mets du réfectoire. Elle renvoya un petit rideau de serge que le cardinal son fils lui avait donné

pour mettre autour de sa couche, disaul que, « l’ayant voulu mettre, elle n’avait pu dormir, se » voyant j^ieux accommodée que ses sœurs.» Lorsque ce prélat fut informé des approches de sa mort, il accourut au Pont-à- Jlousson , entra dans sa cellule, la trouva à demi morte, sur une chétive couche, revêtue de l’habit de la religion, le crucifix en main et les yeux fermés. Il lui demanda si elle le connaissait : « Oui, mon enfant, répon- » dit-elle, je vous’ connais : eh! pourquoi venir ici » pour voir mourir une pauvre pécheresse?» Elle mourut peu d’instans après, à l’âge de quatre-vingtquatre ans. Les chroniques du temps disent qu’elle avait prédit le jour de sa mort, comme, en i5a5, « Dieu, qui la favorisait de révélations, lui ayant » fait voir la bataille de Pavie, elle s’était écriée : » Mon petit-fils de Lambesq est mort , et le roi , mon » cousin , est fait prisonnier. » Cette princesse avait été d’une grande beauté : à la cour, elle portait dans ses armoiries une feuille de chardon avec cette devise : Ne mi toqués , il point !

Jean, cardinal de Lorraine, était fort lettré; il aimait les savans, et les faisait participer à ses libéralités. Sa fortune était considérable; il jouissait d’un très-grand nombre de bénéfices, et cepen-

dant ses dépenses excédaient ses revenus. Dom Calmet lui reproche d’avoir emprunté à la bibliothèque de la cathédrale de Metz une chronique manuscrite en vélin, qu'il n'a jamais restituée : «C’est une perte, dtt-il, pour l’histoire de cette » église et de la ville de Metz. » Pierre Arétin , qui ignorait probablement ce larcin, fait, dans plusieurs de ses Lettres italiennes , le plus grand éloge du cardinal. Ce prélat mourut le io mai i55o, les uns disent à Noyon , les autres à Neuvy-sur-Loire, ou à Nevers. Son corps , déposé d’abord à Joinville, fut ensuite apporté à Nancy, où il fut enterré dans l’église des Cordeliers , après avoir reçu avec pompe les honneurs funèbres.

LOUIS DË LORRAINE ,

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