‹ Le château d'Eu (volume 4)Chapitre 63 sur 89 · COMTE DE VAU DÉMON T · texte numérisé non relu

COMTE DE VAU DÉMON T

Louis de Lorraine, septième fils de Rene 11, duc

de Lorraine, et de Philippe de Gueldres; né en i5oo; fut d’abord destiné à l’état ecclésiastique, posséda l’abbaye de Saint-Mihiel , et fut postulé, en i5o8, à l’évêché de Verdun: mais, ne se sentant

pas de vocation pour le saint ministère, il résigna,

en i522 , son évêché à Jean, cardinal de Lorraine,

son frère. Le roi de France essaya de retenir Louis • * ' * dans la prélatine en lui offrant l’évêclié de Lu-

çon; mais le prince le remercia, prit le litre de

comte de. Vauuémont, et fit, en i524, le voyage

d’Italie, avec l’armée française, qui marchait pour

recouvrer le Milanais, dont les Espagnols s’étaient

emparés après la bataille de Pavie. 11 se distingua

dans cette guerre, et revint à Mézières, auprès de

Claude, duc de Guise, pour le prier de faire marcher les troupes qu’il avait sous ses ordres au secours du duc Antoine , leur frère , contre les luthériens allemands, prêts à faire une irruption en Lorraine. La bataille s’engagea à Chenonville. Le comte de Yaudémont commandait « les gens à pied, lesquels marchaient aussi vite que les cavaliers. » Avant la mêlée, il voulut recevoir du duc Antoine l’accolade et la dignité de chevalier, et pendant le combat il fit des prodiges de valeur. Il eut un de ses gantelets emporté, avec son casque, par les coups de pique et de hallebarbe qu’il reçut. On craignit même qu’il ne^perdît un œil : un lansquenet, le voyant dans ce danger, lui mit promptement sa secrette\i) sur la tête ; et, comme le comte voulait se servir de son épée pour combattre , après avoir mis sa lance en pièces , un capitaine polonais

lui dit : Prince , une épée n'est pas propre à combattre tant d’ ennemis , prenez ma pique. Le comte la saisit, et fit un carnage affreux dans les rangs ennemis; mais, accablé par le nombre, il fut renversé sous les pieds des chevaux, et ne dut la vie qu’à l’intrépidité d’un de ses lieutenans. La victoire

(t) Espèce de casque.

demeura aux princes lorrains; les luthériens perdirent plus de douze mille hommes; et l’on a vu long-temps, aux environs de Châtenoy, des tas d’os de leurs morts, dans les chapelles où on les avait ramassés.

Dans cette guerre de religion , le fanatisme faisait conduire à la mort ceux qui osaient prêcher les dogmes de Luther, et ceux qui, dans un moment d’imprudence, avaient insulté à l’image des saints. On lit dans la Chronique en vers que deux

luthériens

« Qui preschoient et lisoient assez ,

Puis se sont tous rebaptisés ,

Ce qui leur fut en préjudice Devant messieurs de la justice.

Ils sont été mis en prison Et ont confessé leur intention ,

En après sont été noyés

Dans l’eau où n’y avoit pas piés. »

On voit aussi, dans ce recueil d’antiquités, que

« L’an mil cinq cent vingt-six ,

Comme il se trouve par écrit,

Au champ samaille place commune ,

11 advint grande amertume ;

Un jeune fils qui fut brûlé,

Qui avoit rompu et brisé La teste'd’un image parée Qui n’estoit que pierre dorée.

Ce fut devant' saint Éloy Qu’il a conqucslé cetémoy,

Dont il perdit très-bien la vie Pour avoir sui mauvaise compagnie.

Iceluy pour mal advisé Disoil n’avoir rien offensé De rompre une pierre taillée Que n’a ny force ny d’année ;

Mais les seigneurs qui furent prudens Sans faire plus grands démènemens, Le feirent prendre et en prison mettre , Et en après au gibet mettre. »

Cette guerre terminée, le comte de Vaudéiuont

se rendit à la cour de France dans l’intention de faire valoir les prétentions de sa famille sùr le royaume de Naples. 11 commanda l’armée navale dans la première campagne, et dix mille lansquenets dans la seconde , sous les ordres de Lautrec. Ils passèrent par Rome, et se rendirent devant la ville de Naples, dont ils formèrent le siège. Les maladies, la famine et la peste, que les ennemis introduisirent, dit-on, dans le camp français, par le moyen de quelques habits infectés, firent périr une grande partie de l’armée. Lautrec en mourut, et le comte de Vaudémont ne fut pas plus heureux. Il expira l’an i528, regrettant beaucoup, en ses derniers momens, d’avoir quitté l’état ecclésiastique. Son corps fut enterré dans le monastère de Sainte-Claire, (devant JNaples; et son cœm;> apporté en Lorraine par ses domestiques, fut déposé dans

des Claristes du Pont- à- Mousson , où sa mère, Philippe dç Gueldres, vivait encore sous l’habit de la religion.

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