HENRI II
ROI DE FRANCE
(Peint par F. Clouet, dit Jeanel.)
Henri II, fils de François I, né à Saint-Germainen-Laye le 3 1 mars 1 5 1 8 , monta sur le trône à l’âge de vingt-neuf ans.
* Les fêtes données à l’occasion de son couronnement furent magnifiques. « On y remarqua , dit » Brantôme, que le duc de Nenfours, monté sur un » roussin qu’on nommoit le Réal , descendit au
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» grand galop les degrés de la Sainte -Chapelle dé“ » Paris. » Le roi avait pris pour devise un croissant
eh l’honneur de Diane de Poitiers, sa maîtresse, avec ces mots : Donec totum impleat o'rbem.
Henri ne tarda pas à se trouver placé entre quatre factions : celle du connétable de Montmorency, celle des Guises, celle' de Diane de Poitiers, et celle de la reine Catherine de Médicis. «*Rien n’échap-
» poit à ces factions, dit un auteur du temps, non » plus que les mouches aux hirondelles, que toul » ne fust englouti. » Henri, qui n’était pas doué d’une grande force de caractère, se laissa tour à tour dominer par ces diverses influences, dont la plus puissante sur son cœur fut toujours l’empire de la duchesse de Valentinois. Sous son règne, Boulogne fut rendu par les Anglais en i55o: Henri II fit en personne la conquête des trois évêchés .- Metz, Toul , Verdun lui ouvrirent leurs portes, etfurent réunis àla France en i552.En i553, François de Lorraine , duc de Guise , enfermé dans Metz , força Charles-Quint à lever le siège de cette placé. , En 1 554? les impériaux furent défaits à Reinti, où Henri II cherchait avec ardeur Charles-Quint pour
le combattre en personne. Le io août 1 557 , 1 ar~
mée française, commandée par le connétable de
Montmorency, perdit contre Philippe II la funeste
bataille de Saint-Quentin , qui répandit la terreur
en France. En 1 558 , l’assemblée des notables fut
convoquée et tenue dans une chambre du parle- • • ment : ce fut dans ces états que la magistrature
prit séance pour la première fois, et forma un quatrième ordre. Jusque là elle n’y avait pas pris place : elle n’y a point reparu depuis; elle n’assista ni’ aux
états de Blois ni à cfeux de Paris. Dans cette même année, le duc de Guise fut fait lieutenant-général du royaume, et rétablit la confiance par la prise importante de la ville de Calais, qui était entre les mains des Anglais depuis le règne de Philippe de
Valois1. Enfin la paix entre la France et l’Espagne fut signée à Cateau-Cambrésis le 3 avril 1 55q : c’eçt cette paix que les Guises appelaient la paix malheureuse, soit parce qu’elle enchaînait leur courage, soit parce qu’elle forçait la France à rendre les placés dont elle s’était emparée.
Henri, qui avait aspiré au repos, n’en jouit pas long-temps. Dahfc un tournoi qui fut donné à l’occasion du mariage de Marguerite, sœur du roi, avec
le duc de, Savoie, il aperçoit Montgommery, capitaine denses gardes, qui tenait la lance haute; il
court contre lui, baissant seulement sa visière, sans se ddnner le temps de l’attacher. Montgommery
brise sa lance dans le plastron du roi ; du tronçon qui lui, restait à la main , il le frappe involontairement £ l’œil droit : un éclat y pénètre jusque derrière la tête; le monarque chancelle, tombe; la
blessure était mortelle. Il vécut cependant encore quinze jours, mais dans une léthargie perpétuelle. Mézeray a dit de Henri II « qu’il était bon mai-
» tre pour ses domestiques, libéral, facile à par- » donner, franc, très-attaché à la religion; mais » faible d’esprit, et plus propre à être conduit qu’à » gouverner. » On ne peut pas lui refuser d’avoir été brave dans les combats ; mais on lui reproche avec raison d’avoir levé sur le peuple d’énormes impôts, et d’avoir trop multiplié en France les tribunaux et les porte-sacs , espèce de gens que Louis XII ne rencontrait jamais sans frémir , quand, monté sur sa petite mule, il se rendait au parlement. Hejiri II, qui ne l’avait pas imité sur ce point,
voulut du moins suivre, pour son intérieur, un
plan de conduite conforme à celui que ce monarque pratiquait; ce fut le connétable de Montmorency qui le lui traça : « Le lever du roi était à sept » heures. Les seigneurs habitués de la cour avaient
» liberté *d’y entrer. Il se retirait ensuite avec les » quatre secrétaires, se faisait lire les dépêches des » ambassadeurs, les rapports des gouverneurs de » provinces; prenait lui-même séance -au conseil, » qui se tenait près de son cabinet; entendait la » messe à dix heures; dînait à midi ; recevait les re- » quêtes : la porte n’était refusée à personne; il pas- » sait ensuite dans son cabinet avec des favoris clioi- » sis pour faire la conversation; il allait de là dans
» l’appartement de la reinè; il y décidai t les amuse- » mens de la soirée; il allait jouer soit à la paume, » soit aux bagues; on soupait: nouveau cercle chez » la reine, danses, retraite, et coucher à dix heures. » La poésie, quia commençait à paraître avec plus » de grâces et de beauté, mais pas toujours vierge, » contribuait à l’ornement des fêtes de la cour. La Cléopâtre de Jodelle, la première de toutes les tragédies françaises, fut représentée, en i552, devant Henri II, qui honora l’auteur de ses bienfaits. Mais ce poète, qui n’était pas courtisan, finit sa vie dans la misère. Théodore Agrippa d’Aubigné, dans son hommage funèbre à Jodelle, s’exprimait ainsi.
« Jodelle est mort de pauvreté :
La pauvreté a eu puissance Sur la richesse de la France.
O dieux ! quel trait de cruauté î Le ciel avoit mis en Jodelle Un esprit tout autre qu’humain.
La France lui nia le pain ,
Tant elle fut mère cruelle. »
66bis.
LE MÊME
(Peint par Ducornet (avec les pieds), d’après , un portrait qui est au Musée Royal.)
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