‹ Le château d'Eu (volume 4)Chapitre 73 sur 89 · DUCHESSE DE GUISE ET DE NEMOURS · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE GUISE ET DE NEMOURS

Anne d’Est ou de Ferrare, duchesse de Guise, puis de Nemours, comtesse de Gisors, dame de Montargis, etc.; fdle d’Hercule d’Est II du nom et de Renée de France, fille de Louis XII; fut mariée, le 4 décembre 1 54q> en premières noces à François de Lorraine, duc de Guise.

Elle jouit de la gloire de son illustre époux, et reçut avec douleur ses derniers soupirs. Le duc de Guise à sa dernière heure, après l’avoir conjurée de veiller à l’éducation de leurs enfans, lui dit : « Nous avons été long-temps conjoints ensemble » par le saint lien de foy et d’amitié , avec une en- » tière communion de toutes choses. Vous savez » que je vous ai toujours aymée et estimée autant » que femme peut estre. Je ne veux pas nier que

» les conseils et fragilités de la jeunesse ne m’ayent » quelques fois conduit à choses dont vous avez » peut estre été offensée; je vous prie me vouloir » les pardonner. Si veux-je bien dire que je ne suis » pas en cet endroit des plus grands pescheurs, ni » aussi des moindres. »

Un mémoire du temps ajoute qu’il reprocha quelques coquetteries à la duchesse; le sceptique Bayle, qui rapporte ce discours, doute de l’authenticité du reproche ; mais il semble regretter de n’en avoir pas trouvé la preuve.

Trois années après (en 1 566), Anne d’Est se remaria à Jacques de Savoie, duc de Nemours.

Elle vivait encore lorsque ses fils , le duc Henri le Balafré et le cardinal de Guise, furent assassinés à Blois : elle redemanda, mais en vain, leurs corps à Henri III (i). Elle était à cette époque révérée dans Paris comme la mère de deux saints martyrs; et « le petit Feuillant, prêchant un jour en sa présence, » fit, en se tournant vers elle, une apostrophe au » feu duc de Guise en ces termes : O saint et glo-

(1) Lorsque Henri III fut assassiné, la duchesse de Guise se promena dans Paris avec sa fille, madame la duchesse deMontpensier, dont elle partageait la joie ; puis, s’en étant allée aux Cordeliers, elle monta sur les degrés du grand autel , et harangua le peuple sur la mort de Henri de Valois, u montrant en cela la rage d’une femme , de mordre après la mort. »

« rieux martyr de Dieu, béni est le ventre qui t’a » porté et les mamelles qui t’ont allaité. »

\u milieu des factions civiles, ayant été conduite prisonnière au château de Blois, où l’on voyait la statue de Louis XII : « O mon père, s’écria-t-elle, » vous ne fîtes pas élever ce château pour y voir » gémir et périr les enfans de votre fdle. »

Elle mourut le 17 mai 1607; son cœur fut déposé à Joinville, à côté des restes du duc de Guise, son premier époux. C’est à cette princesse que Ronsard a consacré ces vers : *

« Vénus la sainte en ses grâces habite ;

» Tous les amours logent dans ses regards :

» Pou r ce à bon droit cette dame mérite

» D’avoir été femme de notre Mars. »

Pierre Mathieu, dans sa Guisiade, tragédie qu’il a composée sur les états de Blois, fait ainsi parler, au cinquième acte, la duchesse de Nemours, mère de Henri le Balafré :

« Tu m’as donque ravi, homme avide de sang ,

» Celui que j’ai nourri et porté en mon flanc?

» Tu as , ô Lestrigon ! ô barbare ! ô Sarmate !

» Caché sous ta promesse une âme tant ingrate î » Tu as donc , déloyal , sous la couleur d’amour,

» Attiré mon enfant pour le perdre à la cour î » O parjure î est-ce ainsi que d’un œil favorable » Tu lui voulois donner l’estât de connétable?

» Cruel ! tu présentois tes subjects à ces loups » Qui demandoient la peau de mon enfant sur tous.

O perte déplorable ! est-ce ainsi que les rois,

Mes ayeux , ont bâti pour un tel meurtre Blois ? Va , mon Dieu justicier ne lairra impunie Ta fière cruauté , ta blesme tyrannie.

Comme un second Caïn tu auras à tes pas L’ombre de mon enfant , en prenant ton repas ;

Le sang de ce grand duc fera bouffir tes veines ,

Tu seras escorché et mis entre les geines D’un renaissant remords : les paniques terreurs Combleront ton cerveau de craintes et d’horreurs ; Et , te mussant couard en un fort , la vengeance Ira toujours sommer ta pasle conscience! »

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