DUC D'» AUMALE
Claude de Lorraine, troisième fils de Claude, premier duc de Guise , et d’Antoinette de Bourbon, né à Joinville le ier août i $26 , épousa à Fontainebleau, le ier août 1 547 ? Louise de Brézé, fille de Louis de Brézé , comte de Maulevrier, et de Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois. Henri II, qui avait protégé cette union , créa Claude, à cette occasion, duc d’Aumale.
Claude était d’un caractère bouillant : son courage à la guerre allait jusqu’à la témérité. En i55s, il accompagna Henri II dans son expédition de Lorraine en qualité de colonel-général de la cavalerie de France, et se trouva au siège de Metz. Albert, marquis de Brandebourg, qui était à la solde
du roi de France, ayant fait un accommodement
secret avec l’empereur Charles-Quint, le duc d’Aumale , indigné de cette perfidie , résolut de la punir. Suivi de deux cents hommes d’armes et des sept cents chevau-légers qu’il avait sous ses ordres. il chargea brusquement le corps d’armée du marquis de Brandebourg, rompit le premier régiment et mit les autres en désordre; mais, accablé par le nombre, il fut blessé, fait prisonnier et conduit en Allemagne. Le duc de Guise, qui défendait Metz , craignant que cet échec n’intimidât les assiégés et n’eut trop vivement mécontenté le roi, envoya vers Henri II un de ses confidens pour excuser l’impétuosité de son frère, et fit publier dans la ville qu’il avait encore assez de troupes et de munitions pour tenir pendant dix ans. Guéri de ses blessures, le duc d’Aumale racheta sa liberté, et revint en France. Il n’y fit pas un long séjour : son impatience de combattre lui fit prendre la poste pour se trouver en Piémont à une bataille que l’on regardait comme inévitable entre les impériaux et l’armée française , commandée par le maréchal de Brissac : l’affaire n’eut pas lieu , ou plutôt elle se borna à la prise d’une petite ville près de Turin , dans laquelle on massacra la garnison impériale.
En 1 555, ie duc d’Aumale fui chargé du commandement général des troupes françaises en Italie, à la place du maréchal de Brissac. Le duc d’Albe, qui commandait l’armée espagnole, se trouva en sa présence, mais iî crut prudent de ne point engager le combat. « Il aima mieux lui laisser pren- » dre Ulpian que de se frotter à un si rude joueur. » A l’assaut de cette place, le duc d’Aumale fit des prodiges de valeur, et fut parfaitement secondé par le prince de Condé et les ducs d’Enghien et de Nemours , qui exposèrent leur vie comme de simples soldats. Claude conduisit; ensuite son armée victorieuse devant Moncalquier , qu’il emporta cCemblée.
Il montra la meme intrépidité aux batailles de Dreux, de Saint-Denis et de Moncontour. Ce fut lui qui, à la bataille de Dreux, fit le prince de Condé prisonnier , et le présenta , le soir , au duc de Guise, son frère.
Sur la fin de l’année i 568, Catherine de Médicis, voyant que, par l’influence du cardinal de Lorraine, elle commençait à perdre la confiance de son fils, chercha à gagner le cardinal, et, pour lui plaire, donna au duc d’Aumale, son frère, le commandement de l’armée destinée à croiser les Aile-
mands que le duc des Deux-Ponts envoyait au secours des réformés. Le duc d’Aumale se rendit sur les frontières de la Lorraine, et défit, près de Saverne, les reîtres et les lansquenets : le capitaine Coche, qui les commandait, fut pris, amené à Metz et mis à mort. Dans cette expédition, le duc d’Aumale paya tribut aux idées fanatiques du temps, en faisant renverser plusieurs temples bâtis par les huguenots. Charles IX s’était rendu lui-même à Metz , afin de surveiller de plus près les opérations du duc d’Aumale : il assista avec toute sa cour au fameux sermon qui fut prêché dans la cathédrale par le cardinal de Lorraine. « Ce prélat avait pris » pour texte ces paroles d’Isaïe : Dites à la fille de * S ion: Voici ton roi qui vient à toi , débonnaire et » monté sur une ânesse , et prouva la royauté de » Jésus-Christ. Le soir, à onze heures, un cour- » rier apporta la nouvelle de la victoire remportée » à Jarnac par le duc d’Anjou sur les protestans. » A cette nouvelle, le roi, transporté de joie, se » jeta à bas de son lit, et ordonna que l’on sonnât » la cloche nommée Mute (qui pesait quinze mil- » liers), pour annoncer cette victoire à toute la » ville , et donner aux catholiques le signal et l’or- » dre de démolir le temple des protestans. »
En i573, le duc d’Aumale se rendit au siège de la Rochelle, chargé d’un commandement sous les ordres du duc d’Anjou. S’étant exposé avec sa témérité ordinaire , il reçut du haut des remparts un coup de feu qui le tua, le quinzième jour du mois de mars. Son corps fut transporté du camp de la Rochelle au château d’Anet. Henri 11 avait fait don à Diane de Poitiers de ce château, dont Voltaire parle ainsi dans sa Henriade :
« Il (l’Amour) voit les murs d’Anet, bâtis au bord de l’Eure : Lui-même en ordonna la superbe structure ; l'ar ses adroites mains avec art enlacés Les chiffres de Diane y sont encor tracés.
Sur sa tombe , en passant , les plaisirs et les grâces Répandirent les fleurs qui naissent sous leurs traces. »
Ce château passa de la duchesse de Valentinois à Louise de Brézé, sa fille et épouse de Claude duc d’Aumale.
Les restes du duc Claude furent , en 1 076, déposés à Aumale , dans le caveau destiné à la sépulture des princes de la maison de Lorraine; mais on lit dans une histoire manuscrite des ducs d’Aumale, par un officier de cette maison , « qu’en 1694 d’impies » scélérats ayant ouï dire que, lorsqu’on mettait les » princes et princesses dans le cercueil, (•était avec » une bague au doigt annulaire, enrichie de pierres
» précieuses, entrèrent dans ce tombeau, ouvri- » rent les cercueils de plomb des princes et des » princesses qui y reposaient , lesquels ils trouve- » rent encore tout entiers, les en tirèrent dehors » et en emportèrent le plomb : ces corps sont ainsi » demeurés spoliés de leurs cercueils et nus dans » leurs tombeaux. Je voudrais, ajoute l’auteur, » être un Tanneguy-Duchâtel , afin de rendre la » sépulture à mes princes , comme ce bon et loyal » seigneur revint tout exprès de Bretagne pour so- » lenniser à ses dépens la pompe funèbre du roi » son maître. Dans mon impuissance, je me suis » contenté de recouvrir ce tombeau, en attendant » que son altesse sérénissime (i), comme un autre » Josias , répare ces profanations. >» «
(1) M. le duc du Maine, auquel le château d’Anet avait été transmis; il passa depuis au duc de Penthièvre.