DUC D*>ELBEUF
René de Lorraine, marquis et duc d’Elbeuf, septième fils de Claude, premier duc de Guise, et d’Antoinette de Bourbon, général des galères de France, né à Joinville, le 14 août i536, n’était âgé que de dix-sept ans lorsqu’il servit avec honneur au siège de Metz, dirigé par le duc François de Guise, son frère. En 1 554? partageant l’impatience du due d’Aumale , il partit avec lui en poste pour l’Italie , où tout faisait présager une bataille contre les Impériaux, à laquelle il brûlait de se trouver. Il resta attaché à sa fortune militaire pendant son expédition du Piémont , et prit part à ses conquêtes : il commandait les Suisses.
En 1 558 , il assista à la prise de Calais par l’armée française sous les ordres du duc de Guise, et
revint promptement à Paris pour prendre part aux fêtes que la cour et la ville célébrèrent à l’occasion de ce grand événement : elles furent magnifiques. Le roi envoya demander à souper à T Hôtel-de-Ville pour le jeudi gras. Vingt-cinq bourgeoises, femmes et filles des principaux magistrats , furent choisies pour tenir compagnie à la famille royale ; les fils des principaux marchands, en uniformes de soie, se distribuèrent le service de la table. Les murailles étaient couvertes de riches tapisseries, surchargées des écussons du roi, de la reine, du duc de Guise , du cardinal de Lorraine, et, ce qui est à remarquer, de la duchesse de Valentinois. 11 paraît qu’alors, comme aujourd’hui, le plus grand ordre ne régnait pas dans ces fêtes. « Les plats étaient pillés avant » que d’arriver sur la table , et plusieurs se levèrent » sans boire ni manger. Le poète Jodelle avait pro*- » posé de donner une représentation de sa tragédie » d’Orphée : c’était une espèce d’opéra. Les acteurs » pressés par la foule pouvaient à peine se remuer » sur le théâtre; le principal était enrhumé , et, » malgré sa toux, voulait toujours continuer; on le » fit taire; les danses commencèrent, et tout le » monde se retira à onze heures du soir. » (C’est, de nos jours, l’heure à laquelle on arrive à ces sortes
de fêtes,!) Brantôme est tout émerveillé de ce genre de spectacle, qui réunissait aux paroles la musique, la danse et les décorations : « Chose, dit-il, qu’on » n’avoit pas encore vue en France; car auparavant » on ne parloit que des farceurs, des cornards de » Rouen, des joueurs de la Basoche; même il » n’y avoit pas long-temps que ces belles comédies » et gentilles facéties avoient été inventées, jouées » et représentées en Italie. »
Guise et ses frères furent applaudis avec ivresse.
Le duc d’Elbeuf mourut en 1 566 , dans sa trentième année. Il avait épousé Louise de Rieux , fille de Claude de Rieux, comte d’Harcourt, et devint la tige de la branche d’Elbeuf, qui forma trois autres branches, savoir celles d’Harcourt, d’Armagnac et de Marsan. Lorsque la postérité de ses frères s’éteignit en 1675 , la sienne subsistait encore.
C’est à ses noces que Catherine de Médicis fit jouer par les princesses ses filles et autres dames, demoiselles et gentilshommes de la cour, la Sophopisbe de Saint-Gelais.