FRANÇOIS II
ROI DE FRANCE
Fl •ariçois II, fils de Henri II, roi de France, et de Catherine de Médicis, naquit à Fontainebleau en 1 543 , et eut pour parrains le pape Paul III, François I et la seigneurie de Venise. Il n’était âgé que de seize ans, lorsque, le 10 juillet i55q, il parvint à la couronne. Il fut sacré à Reims le 18 septembre suivant, par le cardinal Charles de Lorraine, « sans grande pompe, dit le journal de Brûlart, » d’autant qu’il étoit en deuil. «Cependant, voici ce que raconte l’auteur de l’Histoire de Lorraine : « Le » roi fut sacré avec toutes les cérémonies usitées en « pareilles rencontres. De Reims, S. M. ayant^fait » sa neuvaine à Saint- Marcou, selon la coutume, » pour obtenir de Dieu, par l’intercession du saint, » le pouvoir de guérir les écrouelles, partit pour » conduire la princesse Claude, sa sœur, duchesse
» de Lorraine , et le duc Char les , son époux , jusqu’à » Bar, où il assista, en manteau royal, avec le col- » lier de Saint-Michel , à une messe en musique qui » fut célébrée en grande pompe pour la fête de saint » Michel, ce qui sembla une répétition de la magni- » ficence du sacre. »
De retour dans sa capitale , François II , trop jeune et trop faible pour supporter le poids de la couronne et pour lutter contre les factions, abandonna les rênes du gouvernement aux Guises, oncles de Marie Stuart, que le monarque avait épousée avant de monter sur le trône , et dont l’esprit et les grâces faisaient le charme et l’admiration de la cour. Le connétable de Montmorency fut éloigné; le cardinal de Lorraine fit envelopper dans la même disgrâce la duchesse de Valentinois, dont il avait si ambitieusement exploité la faveur sous Henri l\. « Les Guises, dit Thouret dans ses judicieuses ob- » servations sur l’Histoire de France, furent plus » puissans qu’ils ne l’avaient encore été : tandis » qu’ils disgraciaient , exilaient , perdaient tous ceux » qui leur faisaient ombrage , il n’y eut de fortune » que pour leurs créatures; elles occupèrent les » places les plus importantes de la cour, dans la » capitale et dans les provinces; on croyait voir re-
» vivre l’ancienne mairie du palais. » Le prince de Condé et l’amiral Coligny tentèrent de renverser ce colosse de puissance : de là le dessein de surprendre la cour à Amboise, vers l’année i56o, pour se défaire des Guises, sous le prétexte d’affranchir le roi de leur tyrannie. Instruit du complot par l’avocat Avenelles, ami de la Renaudie, qui en était le directeur, le duc de Guise se fait nommer lieutenantgénéral du royaume; la Renaudie est arrêté, massacré en se défendant , et son corps, porté à Amboise , est attaché à une potence avec cette inscription : « Chef des rebelles. » Le cardinal de Lorraine accuse le prince de Condé d’avoir eu part à la conjuration ; le prince s’en justifie. Ce fut à cette occasion que la duchesse de Ferrare, croyant que le duc de Guise , son gendre, était d’accord avec le cardinal, lui dit « qu’il avait failli grandement, et que ce n’était pas » peu de chose que de traiter un prince du sang » de cette sorte. »
La découverte de cette première conspiration ne lit qu’irriter les haines, au lieu de les assoupir; cependant on chercha un nouveau moyen de rapprochement : une assemblée royale fut tenue à Fontainebleau le 21 août i56o; mais les chefs des deux partis ne firent entre eux qu’une réconciliation
plâtrée, et ne cessèrent pas de se surveiller, de se* menacer, et de préparer sourdement, chacun de leur côté, la destruction de leurs adversaires. Les états d’Orléans furent, peu de temps après, convoqués : c’était un piège tendu par les Guises aux princes de la maison de Bourbon. François II, depuis le moment qu’il était monté sur le trône, n’avait vu autour de lui que perfidie et trahison; on lui remplissait l’esprit d’idées funestes; et, consumé par une maladie de langueur avant l’âge de dix-huit ans, il voyait, pour ainsi dire, creuser son tombeau au milieu des conjurations de ses proches, et des complots sanguinaires des grands de son royaume. La tristesse et la mélancolie , suites des inquiétudes de la cour sur la santé du roi et sur les événemens qui se préparaient, rendirent son entrée dans Orléans sombre et lugubre; toute la ville fut remplie de soldats. Le prince de Condé se présente devant le roi ; François II lui reproche sévèrement les complots dont on l’accuse; et, sans écouter sa réponse, il le fait arrêter, et juger par un tribunal composé du chancelier et de commissaires tirés du parlement. En vain Eléonore de Roye, son épouse, se jette aux pieds du monarque : « Votre mari, répon- » dit-il froidement, à voulu m’ôter la couronne et
» la vie. » Condé est condamné à mort , et sans doute c’en était fait de lui, si François II n’eût pas été toutà-coup enlevé à la vie, le 5 décembre i56o. La promptitude et l’à-propos de ce trépas donnèrent quelque crédit à ces soupçons populaires qui entourent toujours les derniers momens des rois; on parla de poison. Il y a une tradition, « qu’un valet » de chambre écossais et huguenot empoisonna la » coiffe du bonnet de nuit du roi, à l’endroit qui » répondait à la fistule qu’il avait à l’oreille. » « Comme le coup d’œil de Henri II, disent les Mé- » moires de l’Estoile , avoit ouvert les yeux à plu- » sieurs , ainsy le coup d’oreille de cestuy-ci fit bais- » ser les oreilles à beaucoup de gens , et les crestes » aux plus grands, causant par toute la France un » notable changement. »
Il ne serait pas juste d’imputer à ce prince les troubles et les njalheurs de son règne. La faiblesse de sa santé , son extrême jeunesse , son inexpérience , expliquent assez la déplorable facilité avec laquelle il subissait le suprême ascendant des Guises. Cependant un instinct de justice et de bonté semblait l’avertir quelquefois, à travers les voiles dont on obscurcissait à ses yeux la vérité, que l’on abusait de son nom pour agiter son royaume. « Qu’ai-je fait
» à mon peuple, qui m’en veut ainsi? disait-il un » jour au duc de Guise et au cardinal. Je veux en- » tendre ses doléances et lui faire raison. Je ne sais, » mais j’entends qu’on n’en veut qu’à vous; je dé- » sirerais, pour un temps, que vous fussiez hors » d’ici, pour voir si c’est à vous ou à moi qu’on en » veut. » Les Guises étaient trop adroits pour risquer cette épreuve; François, trop faible pour les y soumettre. Cette espèce de servage d’un roi n’est pas moins honteux pour lui que funeste à la nation. « Aussi, observe le président Hénault d’après Gar- » nier, quoique le royaume tombât dans une mino- » rité par la mort de François II, ce prince ne fut » pas regretté , parce qu’on aimait mieux une mino- » rité véritable qu’une majorité imaginaire. »
Il ne se trouva point d’argent pour ses funérailles dans le trésor royal. Le corps du roi fut déposé dans une chapelle où il ne parut aucun, des grands-officiers de la couronne. Labrosse et Lausac furent seuls chargés de l’honneur de l’emmener à Saint- Denis.
On a remarqué que François II avait vécu dixsept ans et régné dix-sept mois dix-sept jours dixsept heures.
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